‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 176 sur 320 · LE PRONOM LEQUEL · texte numérisé non relu

LE PRONOM LEQUEL

s'il est lourd, est souvent commode, et nous nous en servons encore avec profit.

Lequel s'emploie actuellement comme substantif oucomme adjectif, comme pronom conjoint ou comme pronom absolu, il se dit également des choses et des personnes. Ex. :

Connaissez-vous Vhomme auquel /a^ parlé?

Les factieux qui craindront la punition de leurs attend tats, lesquels ne leur paraissent jamais injustes* (Pascal, Prov,, XIV.)

Toutefois comme lequel est d'assez mauvais effet, on l'évite souvent dans le style élégant, où on le remplace par des équivalents.

La langue judiciaire seule, plus soucieuse de l'exactitude que de l'élégance, use sans crainte de ce pronom. Racine s'en moquait déjà dans les Plaideurs :

Voici le fait. Un chien vient dans une cuisine ; Il y trouve un chapon, lequel a bonne mine; Or celui pour lequel je parle est affamé ; Celui contre lequel je parle autem plumé; Et celui pour lequel je suis prend en cachette Celui contre lequel je parle

(Rac, Plaid., III, 3.)

Malgré cet exemple ironique, lequel est utile pour éviter des amphibologies, lorsque deux propositions relatives se suivent, qui n'ont pas le même sujet, comme dans l'exemple de Pascal cité plus haut.

Il est rare que notre pronom soit sujet comme il l'était en moyen français. On préfère qui et l'on ne dirait plus ;

Et Vavoit en celle istance li papes Innocens là envoiiet en légation, liquels papes*., prioit doucement à l'un roy et à Vautre. (Froiss., IV, 123, 4.)

Laissons les matières personneles, lesqueles ne se peur vent remuer sans pique, (D'Aub., H, 90.)

C'est surtout après les prépositions qu'on rencontre lequel^ remplaçant qui et quoi. On disait autrefois :

Mais dans ce grand projet, à quoi vous V occupez^ Il prévoit le péril des trônes usurpés.

(Rotr., Cosroès, I, 1.)

Nous dirions : auquel. De même on trouve, au xvi" et au xvii^ siècle, qui représentant des choses comme régime indirect. Ex. :

Une molle tranquillité.,, sans qui toute aultre volupté est esteinte. (Mont., I, 19.)

Ce sonnet a été fait pour une scarpoulette sur qui sa maîtresse se plaisoit d'aller (Malh., IV, 304, note 2.)

De semblables constructions étaient très fréquentes. On les a quelquefois imitées de nos jours. Ainsi Victor Hugo a dit:

Le champ couvert de morts sur qui tombait la nuit.

Dans la langue courante nous dirions : sur lequel tombait la nuit.

t84. Pronoms adverbiairix. — Dont, formé de la préposition de et de unde qui signifie : d'où, esl originairement un adverbe de lieu qui marque le lieu d'où Ton sort, et d'une façon générale : l'origine, la source. Ex. :

Et II roys se loja à Isles, dont il les avoit chaciés (chassés). (Joinv., XIX.) En la terre dont il estoit nez, (Id., LXXVIL) dont aussi vient que sainct Paul nomme Jésus Christ la fin de la Loy, (Galv., I^ 6, 2.)

RELATIFS ADVERBIAUX. 539

Cette lumière d'esprit dont vous êtes renommée, (Malh., IV, 196.)

Cette signification étymologique s'est peu à peu effacée et dont n'a gardé que la valeur d'un pronom relatif invariable qu'on substitue aux autres pronoms relatifs précédés de la préposition de. Dont est d'un usage très fréquent ; commode et léger, on le préfère aux formes : duquel, desquels-, et aussi à de qui, de quoi qui sont tombés en désuétude. En voici des exemples. D'Aubigné disait ;

Geste Myrrhe, de laquelle la singulière propriété est d'empescher les pourritures, (II, 123.)

Et Montaigne (I, 39) ; Quant a ce beau mot dequoy se couvre Vamhition et favarice, que nous ne sommes pas nés pour notre particulier, . .

Partout ici nous mettrions dont : Cette myrrhe dont la singulière propriété, etc..

D'où, formé à peu près comme le précédent, l'a remplacé partout où il s'agit de marquer ce que marquait originairement dont : le lieu d'où l'on sort, l'origine, etc. Ex. :

Ne regarde pas d'où tu viens; vois où tu vas: cela seul importe à chacun. (Beaum., Mar. de Figaro, III, 16, L.)

On le trouve aussi mis pour dont, par exemple dans ce vers de Racine (II, 230) :

De secrets d'où dépend le destin des humains. Mais en général d'où ne s'emploie que lorsqu'il s'agit de rapports de temps ou de lieu, il n'est pas devenu un véritable pronom relatif.

Où, en latin w6i, simple du précédent, est originairement un adverbe de lieu. Mais comme dont, où passa de bonne heure du rôle d'adverbe au rôle de pronom relatif. Toute-

fois, contrairement à dont^ où ne perdit jamais sa valeur et sa signification adverbiale.

On le trouve très anciennement employé comme pronom relatif, ainsi dans cette phrase de Froissart (VI, 197, 27) cil où leplus jem'affie [axiquelleiplus ]eme confie). Mais c'est au xvii^ siècle surtout que où devient très fréquent et remplace le pronom lequel, tombé alors, comme nous l'avons vu, dans le discrédit. A cette époque où se rencontre avec un antécédent personnel ou impersonnel, ayant la valeur d'un pronom relatif précédé de diverses prépositions : chez, parmi, en, par, et surtout à. Ex. :

Je m'acquitte des soins où Créon me destine.

(Rotrou, Sosies, I, 5, 383.) Quand f ai vu que ce commissaire où il nous renvoyoit étoit ce cher ami.,., (Sévigné, VII, 267.)

L'hôtesse où vous avez logés... ne manquera pas de V envoyer à Lyon. (Id., V, 289.) La voici. — Juste ciel! où va-t-il s'exposer?

(Rac, 11,524,5a;.)

La grammaire moderne veut qu'on n'emploie plus où que pour exprimer les rapports de lieu et de temps comme dans les exemples suivants :

Je souhaitai son lit, dans la seule pensée De vous laisser au trône où je serais placée.

(Rac, II, 310. Brit.) Encore en est-il bien, dans le siècle où nous sommes.

(Mol., Misanihr., I, 1.)

C'est vouloir beaucoup trop restreindre l'emploi d'un tour commode et élégant. La réaction est trop forte, aussi nombre d'auteurs modernes se sont-ils refusés à observer cette règle.

285. Accord dans les phrases relatives. — Les pronoms adverbiaux sont nécessairement invariables. Le pronom lequel s'accorde au contraire en genre et en nombre

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