ACCORD DANS LES PHRASES RELATIVES
avec son antécédent. Qui, étant à la fois du masculin et du féminin, du singulier et du pluriel, ne cliange pas.
Il est remarquable toutefois que mcdgré l'invariabilité du pronom lui-même, l'accord se fait dans les propositions relatives. On passe par-dessus le relatif et on accorde avec l'antécédent. S'il s'agit d'un adjectif ou d'un participe attribut, il prend le genre et le nombre de l'antécédent. S'il s'agit d'un verbe, il prend le nombre et la personne. Ex. :
Toi, qui de Benjamin comme moi descendue, Fus de mes premiers ans la compagne assidue,
(Rac, Esth., I, 1.) Beau chevalier qui partez pour la guerre, Qu'allez-vous faire Si loin d'ici ?
(Alf. de Musset, Ch, de Barberine.)
Cette règle n'est pas très ancienne ; du moins, au xvii^ siècle encore, elle n'était pas rigoureusement appliquée. Ex. :
Je n'ai trouvé que vous qui fût digne de moi,
(Corn., Psych., 1471.) Je ne vois plus que vous qui la puisse défendre. (Rac, III, 196, Iphig., 902.) Il n'y a que moi qui passe sa vie à être occupée et de la présence et du souvenir de la personne aimée. (Sév., VI, 285.)
Pourtant c'est vers cette époque que l'usage moderne a commencé à s'établir; Racine avait d'abord écrit (Ath.,
C'est toi qui me flattant d'une vengeance aisée. M'a vingt fois en un jour à moi-m^ême opposée.
Dans la troisième édition, m'a est corrigé en m'as. «86. Remarques. — 1* L'ancienne langue pouvait dans cer-
tains cas sous-entendre le relatif là où nous sommes obligés de l'exprimer, par exemple en cas de répétition du pronom, ou même lorsqu'il n'y avait qu'une phrase relative. Ex. :
En la citet nen ad remés païen
Ne seit ocis, o devient chrestiens. {Rol.^ 103.)
(En la cité il n'est pas resté de païen qui ne soit tué ou doyenne chrétien.)
2* Anciennement et même encore au xvii" siècle, on constrai^ sait volontiers deux propositions relatives en dépendance l'une de l'autre. Ex. :
Et menassoient ceulx qnHlz pensaient qui voulaient que le Boy tinst sa promesse. (Comm., VIII, 4.)
J'aime m^ieux vous croire^ qaeje sais qui écrivez avec poids, que les autres. (Malh., III, 100.)
On n'entend point celui qu'on ne veut pas qui vive.
(Rotrou, La Éague, V, 1, 156.)
Cinq propositions équivoques qu'on doutoit qui s'y trouvassent. (Rac, IV, 486.)
S» Une proposition relative pouvait également être suivie d'une proposition complétive. Ex. :
Le nom de sa chaste Marie Le travailloit d'une langueur Qu'il pensoit que pour sa longueur Jamxiis il ne verrait guérie,
(Malh., 1, 123.)
4* Une proposition infinitive commençant par une préposition pouvait être relative. Ex. :
Pour laquelle créer. (D'Aub.. III, 339.) Avant lesquelles tuer. (Id., Hist.., II, 255.)
5° Enfin une proposition conjonctionnelle renfermant des conjonctions comme afin que, pour que, etc., pouvait commencer par un relatif. Ex. :
lesquels quand le Seigneur a fait cesser, il n'a pas pourtant délaissé son Eglise. (Galv., IV, 19, 6.)
La langue moderne a abandonné toutes ces constructions lourdes et embarrassées. On ne rencontre plus que de très rares exemples de phrases comme celle-ci ;