‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 182 sur 320 · AUTRE, AUTRUI · texte numérisé non relu

AUTRE, AUTRUI

Je suis père, Seigneur, et foible comme un autre.

(Rac, Iph., I, 5.)

A remarquer particulièrement les locutions composées : Vun et Vautre, ni Vun ni Vautre.

Autrui est le régime de autre, et comme pendant longtemps la valeur casuelle de cette forme était encore sensible, on pouvait l'employer sans préposition, avec le sens d'un génitif : on disait : ^autrui femme (la femme d' autrui), yuand autrui régime n'était pas accompagné d'un substantif, mais seulement de l'article, le substantif sous-entendu était chose, rien, chatel (cheptel).

Vautrui signifiait la chose d'autrui. Ex. :

Au contraire, disoit-il (saint Louis) que maie (mauvaise) chose estoit de penre (prendre) de l'autrui. (Joinv.,

La violence et la convoitise d* usurier à force (par force) l'autruy. (Amyot, Numa, 6, L.)

Autrui est demeuré pronom dans la langue moderne ; il semble même qu'il y ait gardé quelque chose de son ancienne valeur de régime, car on le trouve rarement comme sujet. Des exemples comme celui-ci ne sont pas communs :

La gloire git'autruy donne est par autruy ravie, Celle qu'on prend de soy vit plus loing que la vie.

(D'Aub., IV, 114.)

Autrui est généralement régime d'un verbe ou d'une préposition. Ex. :

Venons à la liberté que Vauteur se donne de tailler dans le bien d'autrui ainsi que dans le sien propre, (La Font., Préf. des Contes.)

De quel front donner ois-je un exemple aujourd'hui

Que mes lois dès demain puniroient en autrui?

(Gorn., Perthar.^ II, 3J

295. Certain est à la fois adjectif et pronom. Gomme adjectif, il n'a le sens indéterminé que s'il précède k substantif. Comparez : Il y a de certaines vérités et Il y a des vérités certaines.

Quand certain indéterminé accompagne un substantif, ce substantif ne prend pas l'article défini, mais seulement l'article indéfini ou le partitif. Ex. :

Les Levantins en leur légende Disent qu'un certain rat, las des soins d'ici-bas,., (La Font., Fab., VII, 3.)

Certain ne se trouve guère comme pronom qu'au pluriel masculin, dans le sens de certains hommes, certaines gens.

t9«. Chaque représente le latin quisque, anc. fr. chasque. Combiné avec le pronom un il a formé chacun. On trouvait dans les Serments : in cadhuna cosa (en chacune chose). Mais cette forme cadun a cédé à chacun et pendant tout le Moyen Age chacun a servi à l'exclusion de chaque et de pronom et d'adjectif. Ex. :

Avoit cescune host (armée) avant-garde et amere" garde. (Froiss., V, 226, 2.)

Et, entre aultres choses gwechascun mestier peust avoir sa bannière, (Gomm., II, 4.)

Au xvi«, au XVII* siècle même, chacun est encore adjectif. Ex. :

Depuis ils nous ont payé les intérêts chacune année. (Malh., I, 339.)

Page 1