‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 183 sur 320 · CHAQUE, CHOSE, EL, MAINT · texte numérisé non relu

CHAQUE, CHOSE, EL, MAINT

Aujourd'hui nous remplacerions dans ces diverses phrases chacun par le simple chaque, qui a supplanté chacun comme adjectif. Toutefois ce changement est récent; c'est au XVI® siècle que chaque a commencé à s'introduire. Inconnu à Rabelais, il se rencontre dans Montaigne (I, 10) :

A chasque bout de champ ils sont prests.

Chacun se fait souvent précéder dans la langue populaire de wn, tout un. Ge sont là de vieilles constructions. On rencontre dans Calvin : une chascune a le titre et autorité (T Eglise (IV, 1,9).

Et dans d'Aubigné (II, 129) : en la conscience d'un chacun particulier .

Molière lui-même emploie cette expression pléonastique, pour bizarre qu'elle paraisse.

«91. Chose s'employait dans l'ancienne langue au sens de une chose, quelque chose, Ex. ;

Se il avoit faict ne dict chose qui fust contre l'honneur. (Gomm., I, 1.)

Mais il en était ainsi de beaucoup de substantifs qui ne peuvent pas être pour cela considérés comme des pronoms.

«98. El (latin aliud) était un neutre qui signifiait autre chose. Ex. : pur el venut nH estes. {Roi. y 3397.) (Pour autre chose n'y êtes venu.) Ge mot a totalement disparu.

299. Maint (d'origine germanique) est un adjectif variable en genre et en nombre, qui autrefois s'employait fréquemment avec le sens de beaucoup. Ex. :

Maint voisin charitable entretient ses ennuis.

(La Font., Filles de Min.)

Maint n'est plus guère usité aujourd'hui que cféns la locution : maintes fois; on en trouve, il est vrai, d'autres,

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exemples encore, mais ils sont assez rares. L'usage n'a pas entièrement accepté le jugement de ia Bruyère qui estimait, contre Vaugelas, « qu'on ne devait janiais l'abandonner ». (De quelques usages.)

300. Même représente un typfe latin metipsimum iormé \ met et de ipsimum. Ipsimum est le sii{)erlatif de ipse qui signifie: lui-même; il veut donc dire : tout à fait luimême, et met est une particule invariable qui a pour effet de renforcer encore ce sens. Metipsim^us ai. donné en aiieien français medismes, m^eismes, qui se déclinait régulièreitient et qui est devenu le français moderne mesme, même.

Nous venons de voir quel est le sens étymologique du mot m,ême, il en a depuis longtemps un autre, par exemple dans ce vers : Nous aimons tous deux la même femme, où même se traduit en latin non par ipsam, mais par eamdem.

Autrefois même pouvait avoir également l'un ou l'autre de ces sens, quelle que fût sa place dans la phrase; en parli'culieb mêm,e pouvait avoir le sens de lui-même quand il se trouvait devant le substantif. Au xvii" siècle oh rencônlrc encore dans Corneille :

Elle passe à vos yeux pour là même infamie.

(Rodog., II, 3,) Sais-tu que ce vieillard fut la même vertu? [Cid, II, 2.)

On pourrait citer beaucoup d'exemples semblables tirés de La Fontaine, Molière, Racine, et même des écrivains du -viii^ siècle, ainsi de Rousseau : Le temps vient où la Jiême nature prend soin d'éclairer son élève. (ÉtJi*, iv.)

Cette liberté de construction n'allait pas sans inconvénients, elle faisait naître des équivoques, car le contexte seul pouvait indiquer quel était le sens de même, La règle moderne a fait disparaître celte cause d'obscurité en assi-

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