‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 186 sur 320 · PERSONNE, PLUSIEURS, QUANT, QUELQUE. 5.VJ · texte numérisé non relu

PERSONNE, PLUSIEURS, QUANT, QUELQUE. 5.VJ

307. Plusieurs, autrefois au sujet plusor, sans s, suivant les règles générales de la déclinaison, est un pluriel qui représente le htin plurior es. Gomme l'original latin, ce pronom signifie d'abord un plus grand nombre, puis avec l'article, sous la forme li plusor^ il prend le sens de le plus grand nombre^ beaucoup. Il a déjà ce sens dans le vers de Roland :

De plusurs choses à remembrer liprist. (2377.)

De là la signification actuelle de : un assez grand nombre, quelques-uns. Ex. :

Nous vivons dans des temps où la foi de plusieurs a, fait naufrage. (Massillpn, Carême, Avenir, L.)

308. Quaist, du laùn quantuSj existait dans rancicnnc langue à l'état d'adjectif variable en genre, en nombre et en cas. Il fut d'un usage courant jusqu'au xvi^ siècle. Ex. :

Quantes et quelles conditions estoient requises à le faire saige? (Rabel., Y, Prol.)

Quant ne s'est conservé que dans la locution : toutes et et quantes fois. 'Ex, :

Elles étoient demeurées en état de se révolter toutes et quantes fois que bon leur sembler oit. (Malh., I, 427.)

309. Quel que est un juxtaposé formé du pronom quel et de la conjonction que. Originairement les deux éléments composants étaient séparables comme ils le sont encore aujourd'hui dans certains cas. On disait : quel homme que vous! quelle qu'e//e soit, quel part qn'il ait. Le sens était : quelque part qu'il aille.

Mais, comme il arrive souvent que quel et que se trouvent rapprochés, par exemple dans des phrases comme celle-ci : Quel que soit le chemin qu'il prenne^ au lieu do

dire simplement quel chemin qu'il prenne^ on en arrive à dire par analogie : quel({\\.Q chemin qu'i/ prenne, en répétant deux fois que. Une confusion s'est établie entre les deux constructions; la première a réagi sur la seconde, et on s'est habitué à considérer quelque comme un mot simple, ayant le sens qu'avait autrefois quel. De là notre usage moderne.

Le mot unique ainsi formé est arrivé à donner un pronom indéfini avec le sens de un certain nombre de. On comprend cette transformation. Dire : Avez -vous quelques ressources, c'est presque dire : Avez-vous des ressources quelconques, quelles qu'elles soient. On s'explique donc que quelque ait pris cette signification.

Il en a encore une autre qui peut être ra'.tachée à celle-ci; dans certains cas il est synonyme de environ, à peu près. Exemple : Le talent attique valoit quelques six cents écus de notre monnoie. (La Bruy., I, 78.)

En ce qui concerne l'accord, il faut distinguer trois périodes. Dans la première, quelque, considéré comme adjectif, est variable, mais comme les deux éléments ne sont pas soudés, le premier seul, qui est pronom, prend les flexions de genre et de nombre, le second ne change pas.

C'est encore la règle aujourd'hui quand quel que s'écrit en deux mots.

Ensuite quelque, devenu en général un mot unique, s'est accordé comme les autres adjectifs, qu'il fût adjectif ou adverbe; terminé par un e muet, il ne prenait naturellement pas Ve du féminin, mais il prenait le s du pluriel, quand il y avait lieu. Ex. :

Vos soupçons, quelques apparents qu'ils soyent. (D'Aub., I, 293.)

Quelques bonnes et sainctes qu'elles soyent. (Gaiv., IV, 10, 30.)

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