QUELQUE, QUELQUE CHOSE, QUELCONQUE
Il (ce peuple) est à quelques quarante-huit degrés d'élévation du pâle. (La Br., I, 328.)
Enfin les grammairiens ont imaginé de régler l'accord sur la fonction; quelque adverbe a dû demeurer invariable, ce qui fait qu'on dit : Quelques vains lauriers que promette la guerre (Boileau), mais au contraire : Quelque vains que soient les hommes.
Ces distinctions prétendues sont, on le voit, en contradiction formelle avec le génie de la langue, car on a toujours accordé quelque comme on accordait tous les adjectifs, en tenant compte de leur nature et non de leur (onction accidentelle.
3IO. — Quelque chose n'est pas Originairement une expression neutre comme aujourd'hui ; chose y conserve sa valeur de substantif, comme tout autre nom précédé de quelque, Simsi dams: quelque ami. quelque femme. Aussi, quand cette expression est suivie d'un adjectif, cet adjectif, dans l'ancienne langue, s'accorde avec le mot chose, c'est-à-dire qu'il se met au féminin. Ex. :
Si l'on peut nommer quelque chose plus vile. (Galv., Préf.)
31t. — Quelconque vient du latin qualiscumque, dont il a gardé le sens. Un moment, par suite d'une fausse étymologie singulière, on l'a décomposé en trois mots français quel, que, onques (quel que jamais) dont il semblait formé. Il s'ensuit qu'on déplaçait onques, on disait parfois : quel onques que ; de plus on accordait quel. Ex . :
Tûtes genz quelesquunques tu fesis vendrunt, et aorerunt devant tei. [Lib. psalm , LXXXV.) (Toutes nations quelles que tu les as faites, viendront et se prosterneront
dcvar.t toi )
Quelconque est encore en usage comme adjectif. (Voir à quiconque.)
Quiconque est un relatif indéfini dont nous avons déjà parlé. (Voir aux relatifs, page 336 )
3i«. — Qui est quelquefois indéfini disjonctif. Ex. ;
Les médecins ont raisonné là-dessus, et ils n'ont pas manqué de dire que cela procédoit, qui du cerveau, qui des entrailles, qui c/e la rate, qui du foie. (Mol., Mcd. malgré lui, II, 9. L.)
313. — Rien (lat. rem, chose) est originairement un substantif féminin qui signifie une chose et a par conséquent un sens positif. Rien conserve longtemps ce sens dans l'ancienne langue. Ex. :
Si n'avait nulle ville plus priés de là, où onpeuist ricr.s trouver, pour yaus aisier. (Froiss., I, 59, 16.)
(Pourtant il n'y avait nulle ville plus près de là où on pût trouver quelque chose pour se fournir.)
Messire Charles d'Amboise et quelques aultres se misrent plus avant que leur armée, pour veoir se Hz rencon^ treroient riens (qq. chose). (Gomm., I, 5.)
Tous ceux qui veulent rien adjouster, deroguent à son authorité. (Oalv., II, 15, 2.)
Puis l'habitude de joindre rien à la négation a amené à donner à ce mot la valeur négative, comme on la donnait aussi à aucun et à personne. Aujourd'hui rien est négatif par lui-même, il signifie aucune chose, néant. Ex. :
Et que disait-il? — Rien.
Rien? Et que faisait-il? — Il allait à la chasse. (V. Hugo, Ruy-Blas, IH, 3.)