‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 188 sur 320 · QUI, RIEN, TEL, TOUT · texte numérisé non relu

QUI, RIEN, TEL, TOUT

Dans d'autres • phrases où nen semble encore signifier quelque chose, il donne à la proposition, si on y regarde bien, un sens implicitement négatif, Ex. :

Cependant plus f y songe et plus je m' examine, Moins je trouve. Seigneur, à me reprocher rien.

(Corn., Agés., III, 1.)

G'est-à-dire : Je ne trouve pas, Seigneur, à me reprocher quelque chose. ^

314. — Tel s'emploie en qualité de pronom indéfini, il désigne un individu tout à fait indéterminé. Ex. :

Tel fiert (frappe) qui ne lue point.

Tel qui rit vendredi, dimanche pleurera.

(Rac, Plaid., l, 1.)

315. — Towt (du latin totum), que nous avons déjà rencontré comme adjectif (Voir page 268), sert aussi d'adjictif et de pronom indéfini, ou plutôt de nom de nombre indéfini, avec le sens de omnis en latin ; il désigne la totalité de l'individu ou des individus nommés par le substantif ou le pronom. Ex.:

Ils ne mouraient pas tous, mais tous étoient frappés.

(La Font., Animaux malades de la peste.) Dans le jar-Jin des morts où nous dormirons tous.

(V. Hugo, Les rayons et les ombres^ XIV.)

Employé comme adjectif, tout dans l'ancienne langue n'était pas suivi de l'article. On disait : tous hommes, tous jours. De là les mots : toujours (tous les jours), la Toussaint (la fête de tous les Saints). Aujourd'hui on peut encore dire à volonté tous deux ou tous les deux, tous trois ou tous les trois, sans qu'il y ait entre ces deux façons de parler de nuance appréciable. Mais l'emploi de l'article tend à se généraliser.

316. — Un, qui est nom de nombre et article, s'emploie aussi comme adjectif et comme pronom indéfini. Gomme adjectif, il a eu autrefois une signification d'indéterminé. Il équivalait souvent à : un certain. (Voir g 322.)

Gomme pronom, tantôt il est précédé de l'article, tantôt non ; sans article, on le rencontre suivi de la préposition de. Ex. : un d'eux, un de ces Messieurs. Avec l'article il est surtout opposé à Vautre dans les locutions l'un l'autre, l'un et Vautre, ni l'un ni Vautre,

Au moyen âge l'emploi de un était très fréquent. Ge mot était devenu un véritable pronom. Au xvi* siècle môme on le rencontre encore fort souvent. Ex. :

Comme un qui prend une coupe. (Rons., Odes, I, 2.) Les jEgyp liens, après leurs festins, faisoient présenter aux assistants une grande image de la m,ort par un qui leur crioit : « Boy et t'esiouy ; car, mort, tu seras tel. » (Mont., I, 19.)

Us tenaient pour larron un qui faict son mesnage.

(D'Aub., IV, 78.)

Un ne s'emploierait plus ainsi aujourd'hui. On ne dirait plus surtout, avec Marot (V, 59) :

A contempler ville ^ chasteaux^ citez.

Unes montans en grant prééminence, Aultres tuinbans en basse décadence.

Un n'a plus de pluriel, sauf quand il est précédé de l'article, comme dans les uns, les autres.

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