‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 190 sur 320 · Rôle et origine de l'article indéflnl. — L'article · texte numérisé non relu

Rôle et origine de l'article indéflnl. — L'article

iadéfini a, comme l'article défini, « pour mission de mettre en relief un objet comme individu » (Diez), mais il en diffère cependant sur un point essentiel. L'article défini, nous l'avons dit, accompagne les substantifs qui désignent des objets déterminés ; l'article indéfini, au contraire, s'emploie lorsqu'il s'agit d'objets ou d'êtres indéterminés. On dira par exemple : J'ai acheté une maison. Quelle maison? On ne sait ni où elle est, ni d'oii elle vient. Il s'agit d'une certaine maison qu'on ne définit pas autrement.

On s'explique par conséquent très facilement comment le rôle d'article indéfini est échu au mot un. Unus en latin signifiait un seul, et aussi quelquefois un en particulier, un surtout. Ex. : aderit una mulier lepida. (Plante, Pseudol.^ IV, 1,38.) (Il y diura. une jolie femme surtout, en particulier une jolie femme.) De là, par une extension toute naturelle, on passait au sens de : un certain, cl enfin au sens plus vague encore de l'indéfini français un. Unus a déjà ce sens dans quelques passages des auteurs latins, ainsi dans l'argument fort ancien du Mercator : is persegre unius redemit andllam hospitis (il a racheté la servante d'un hôte).

Un s'emploie en outre, et par extension, pour désigner l'individu indéterminé comme représentant de l'espèce. Ex.; Un sonnet sans défauts vaut seul un long poème. (Boileau, Art poét.) C'est en ce sens que l'article indéfini se rapproche le plus de l'article défini.

Un avait conservé dans l'ancienne langue une déclinaison assez complète que voici :

SINGULIER

MASCULIN. FÉMININ

Sujet. . . . uns (lat. unus), } n • n .

Régime. . . VAX (lat. unum). \ ^^^ "'"^1"«- • "^« ^^^^' ""«"^)-

INDÉFINI ET PARTITIK. 371

PLURIEL

Sujet. . . . un (lat. uni) / ^ ^ ^^^^ ^^^^

Régime. . . uns (lat. unos). )

Cette déclinaison a été profondément modifiée. L'article uns a perdu non seulement un de ses cas, mais un des de;x nombres. Le pluriel uns, unes ne se retrouve plus que dans certaines formes pronominales comme les uns^ quelquesunes.

Gomme article, un n'a plus d'autre pluriel que la forme des commune aux deux genres, qu'il emprunte au partitif (/w.

3i3. Origine de l'article partitif. — A ceS deuX premiers articles s'ajoute Varticle dit partitif, qu'on trouve dans des phrases comme celle-ci : Laissez-moi de la. place. Seigneur, donnez-moi des enfanls!

L'article partitif n'a d'autre fonction que d'annoncer que le nom qui le suit, s'il est au singulier, désigne une quantité indéterminée d'une chose, s'il est au pluriel, un nombre indéterminé de personnes ou de choses de l'espèce dont il s'agit. Il a donc à proprement parler le sens d'un article indéfini.

Et cependant, par une contradiction en apparence singulière, ses formes sont celles de l'article défini : du est pour del, de le. Quant à de la et à de les, il est visible que ce n'est là qu'une combinaison des articles la, les avec la préposition de,

Ge fait s'explique facilement. De avait, comme nous le verrons en parlant des prépositions, un sens partitif qu'il a encore en français dans des phrases comme celles-ci : deux de vous iront en avant, c'est-à-dire : deux d'entre vous, deux parmi vous. De en vint par suite à remplacer à peu près la locution une certaine Quantité de. Ex. : saci^i-

ficare de animalibus (Aug., Conf., III, 7), sacrifier des animaux. Capere de, par exemple, c'était prendre une certaine quantité de. Or, en français, le nom qui suivait, au moins en général, se faisait de plus en plus régulièrement accompagner d'un article, tantôt défini, tantôt indéfini. On disait donc : boire d'une eau pure, prendre de Veau bénite. La première de ces formes, composée avec de et l'indéfini un, a gardé son sens primitif. La seconde au contraire a vu le sien s'affaiblir peu à peu. Dans du, de la, le et la ont perdu leur valeur d'article défini, et se sont employés même quand le substantif qui suivait ne désignait nullement un objet déterminé, ainsi dans des phrases comme celle-ci : donnez-moi du pain, où il s'agit d'un pain quelconque. C'est l'analogie des phrases où le, la avaient originairement leur valeur qui a déterminé à la fois l'effacement du sens de cette formule et l'extension corrélative de son emploi, si bien que finalement il en est résulté une nouvelle forme de langage, notre partitif.

3«4. Emploi de l'article. Généralités. — L'article, né véritablement dans la période de transition entre le latin et le français, n'est pas cependant dès les origines de la langue en possession de tous ses emplois, il s'en faut ; si même on consulte les premiers textes, on s'aperçoit qu'il est absent presque partout où notre syntaxe moderne l'exigerait.

Ainsi on trouve dans les Serments : « Si Lodhuvigs sagrament, que son fradre Karlo jurât, conservât. » Si Louis garde serment, et non le serment, qu'il jure à son frère Charles.

Dans Sainte-Eulalie, 2 : Bel avret corpSy bellezour anima. Elle avait beau corps, âme plus belle, et non ; un beau corps, une âme plus belle.

Mais à mesure qu'on avance dans l'histoire de la langue

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