DU VERBE
330. Définition — On appelle verbe (du latin verhum, proprement : mot) un mot qui exprime l'idée d'une action que l'on énonce d'une personne ou d'une chose. Ainsi quand on dit : Paul grandit, on exprime que l'action de grandir se rapporte au sujet Paul.
Dans le verbe comme dans tout mot on distingue : la signification, la manière de signifier, la fonction.
I. Signification. Dans le verbe aimer, par exemple, est contenue l'idée générale à!amour, exprimée par le radical aim. C'est là la signification du verbe.
IL Manière de signifier. Les verbes signifient l'idée dont le radical est le signe comme déterminée en voix et en temps.
En voix, c'est-à-dire comme faite ou subie par le sujet.
Aôi FORMES ET SYNTAXE.
En temps, c'est-à-dire comme contemporaine, antérieure, ou postérieure relativement à un certain temps.
Ainsi /aime signifie l'action -d'aimer comme faite par le sujet (voix active) dans le temps présent.
J'ai été aimé signifie l'action d'aimer comme subie par le sujet (voix passive) dans le temps passé.
III. Fonction. La fonction du verbe est d'exprimer affirmativement l'attribut avec le rapport qui l'unit au sujet. Dans je vous aime, aime signifie que l'idée d'amour est attribuée au sujet je.
Cette idée du sujet est exprimée ou implicitement contenue dans la forme du verbe, c'est-à-dire qu'il y a des formes personnelles : j'aime, et des formes impersonnelles; aimer.
Les formes personnelles subissent trois modifications : de personnes, dénombres, de modes. S
A. De personnes. Ce sont les modifications subies suivant les rapports du sujet à l'acte de la parole.
Ainsi, dans la forme tu aimes, une particularité, la présence du s, indique que c'est au sujet que Ton parle.
B. De nombres. Ce sont les modifications subies suivant que la première, la deuxième, la troisième personne sont considérées comme étant seules ou avec d'autres.
G. De modes. Ce sont les modifications subies suivant les rapports de la cbose énoncée avec les vues de l'esprit ou les affections de l'âme de celui qui parle.
Ainsi quand on dit : viens, le verbe a subi une modification, il s'est mis au mode impératif pour exprimer que l'action de venir est l'objet d'un désir, d'une volonté de celui qui parle.
Les formes non personnelles sont celles que prend 1« verbe employé substantivement et adjectivement.
DE LA CONJUGAISON. 385
33 t. Histoire générale. — Du latin au français le verbe a conservé sa fonction et sa manière de signifier, sans quoi il ne serait plus le verbe : il a encore des voix, des temps, des nombres, des personnes, des modes, mais il y a eu des changements considérables dans leur quantité, leur forme et leur emploi. Nulle part mieux que dans cette histoire particulière du verbe on ne voit en présence les forces destructiveset recomposantes du langage, nulle part en particulier on ne distingue mieux le développement de l'esprit analytique qui a fait la langue française. La plupart des modifications de personnes, de voix, de temps, marquées en latin par des variations dans le radical ou la désinence des formes verbales, le sont en français par un mot spécial ajouté au verbe : pronom, auxiliaire, etc. D'autre part l'esprit de tradition conserve encore un grand nombre de formes synthétiques. Enfin l'analogie simplifie et embrouille à la fois tout cela en confondant des verbes que le latin ou l'ancien français conjuguait suivant des systèmes distincts. De là une extrême complexité des faits qui nous a obligés pour cette fois à renoncer à notre plan. Il n'était guère possible de mêler ici la syntaxe à l'étude des formes, nous traiterons donc à part d'abord de la conjugaison, ensuite de l'emploi et de la syntaxe des temps, modes, etc.
DE LA CONJUGAISON
33!8. Influence de l'analogie. — L'analogie, comme noUS venons de le dire, a exercé sur la conjugaison française une action considérable. Elle a tendu depuis les origines de la langue, et elle tend encore à introduire dans la variété extrême des formes un peu d'uniformité et de simplicité.
Nous verrons à chaque instant comment elle est inter-
venue pour modifier les radicaux ou les flexions directement et phonétiquement dérivés du latin.
Ainsi la loi du balancement de l'accent avait amené la différenciation en français d'un radical tonique et d'un radical atone dans une foule de verbes : on disait tu aimf^s et nous amons. Cette distinction s'efface peu à peu. Le même verbe arrive le plus souvent à n'avoir plus, malgré la phonétique, qu'un radical à toutes les personnes et à tous les temps.
Sur les flexions même action. L'exemple le plus curieux est celui que nous fournissent les deux premières personnes du pluriel. Aux flexions latines, qui étaient très variées, en amus, imuSy umus , atis^ itis, se substitue partout la même flexion ons pour la première personne, dérivée d'une forme ornes, de somes^ première personne du pluriel de l'indicatif du verbe être. A la seconde personne même résultat. La finale ez arrive plus lentement et plus tard, mais tout aussi complètement à supplanter la flexion m, d'un certain nombre de temps.
Nous n'avons pas besoin de citer d'autres exemple?, on en trouvera en foule dans ce qui va suivre.
L'action de l'analogie a eu pour résultat d'assimiler des personnes d'un même temps, des temps d'un même verbe, enfin même des verbes difTérents, l'un à l'autre. Ainsi le verbe criembre (tremere), qui avait sa conjugaison distincte, s'est changé en craindre sous l'influence des verbes en aindre, emdre, comme plaindre, teindre^ et il a fini par se conjuguer comme eux : je criem est devenu je crains, ainsi de suite.