‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 197 sur 320 · VARIATIONS DU RADICAL DES VERBES. 5S · texte numérisé non relu

VARIATIONS DU RADICAL DES VERBES. 5S

VARIATIOIVS DU BADICAl. DES VERBES 1.

333. La plupart des verbes dits irréguliers dans les grammaires classiques sont simplement des verbes à radical variable, leurs désinences sont régulières, mais leur radical varie suivant les personnes, suivant les temps. Ainsi on dira :

je viens et nous venons; je viens et je vins.

Le verbe vouloir offre un exemple plus caractérisque encore. Comparez : je veucc, je voulais, que je veuille et je voudrai

Ces modifications sont dues, comme nous le verrons par la suite, simplement à l'action des lois phonétiques. Elles se rapportent :

1° A une loi d'accentuation;

2<» A l'action de certaines voyelles ou de certaines consonnes sur les voyelles ou les consonnes du radical.

C'est donc dans la partie de cette grammaire qui traite de la phonétique qu'il eût fallu les étudier.

Mais nous n'avons voulu donner de la phonétique qu'une idée très sommaire, ensuite il importe de remarquer que, si originairement ces changements ne sont pas des changements flexionnels, ils n'en contribuent pas moins tout comme les flexions proprement dites à marquer la personne et le temps. Ils ne seront donc pas absolument déplacés ici.

1. Nous empruntons à M. Clédat l'idée de faire un cliapitre distinct de ces observations générales; sa grammaire nous a également fourni ios éiémenls de ce chapiire.

A. Radical tonique et radical atone.

334. Dans la conjugaison latine l'accent des verbes se déplaçait suivant la nature de la flexion qu'on ajoutait au radical. Soit, en efl*et, un verbe movere dont le radical est mov. A la 3^ personne de l'indicatif présent il fait môvët^ à la même personne de l'imparfait : môvëbàt. Suivant la règle générale d'accentuation, dans môvët l'accent tonique porte sur le radical môv ; dans movëbàt, il porte au contraire sur ë, première syllabe de la flexion. Le radical de môvet est donc tonique, celui de movébat est atone.

Ge fait a une importance considérable. Car on sait que les voyelles atones et les voyelles toniques ont un sort très différent. L'o tonique de movet devient en français eu, ïo atone de movebat devient ou. Il en résulte que le verbe movere, qui en latin n'avait qu'un seul et unique radical moVj à accentuation changeante, mais à voyelle constante, donnera naissance à un verbe français tnouvoir qui aura deux radicaux à voyelles distinctes, un radical tonique mew, un radical atone mou. Ex. : je meus, je mouvais.

Régulièrement le radical tonique doit se présenter dans les verbes français aux trois personnes du singulier et à la troisième personne du pluriel de l'indicatif et du subjonctif présent, à l'impératif singulier, et à l'infinitif des verbes en re. Le radical atone se rencontre partout ailleurs.

Les verbes où cette loi du balancement de l'accent devait produire deux radicaux étaient fort nombreux. Et en effet, dans l'ancienne langue, on compte une quantité considérable de verbes à double radical, tonique et atone. Mais l'action de l'analogie a beaucoup réduit le nombre primitif. Aimer, manger, pleurer, trouver, une foule d'autres n'ont plus aujourd'hui qu'un radical unique, ce qui fait paraître plus étranges les vieux verbes comme mourir qui suivent encore

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