Xombre des conjugaisons. — En apparence
et si l'on s'en tient à l'infinitif, la langue française semble avoir conservé distinctes les quatre conjugaisons latines et avoir :
1° Des verbes en er correspondant aux verbes en are latins. Ex. : aimer, de amare ;
2° Des verbes en oir correspondant aux verbes en ère latins. Ex. : avoÏT, de habëre ;
3° Des verbes en re correspondant aux verbes en ëre latins Ex. : rendve, de réddere ;
4« Des verbes en ir correspondant aux verbes en ire latins. Ex. : finir y àefinire.
De là la classification usuelle qui consiste à répartir entre ces quatre conjugaisons tous les verbes de la langue. Cette classification est tout à fait artificielle. En réalité, il y a en français deux espèces de conjugaisons :
1° Les conjugaisons mortes comprenant les verbes en oir, re et certains verbes en ir qui ne diffèrent que par l'infinitif;
2° Les conjugaisons vivantes, savoir celle des verbes on er et celles des verbes en ir dits ineboatifs.
1° Conjugaisons mortes.
331. Conjugaison en t-e. — En latin, la conjugaison la plus importante était la troisième, en ère, qui a donne des verbes français en re. Ex. : prendre (en latin prehendêré). Mais c'était celle qui était le plus tôt appelée à disparaître à cause des formes mêmes qu'elle présentait. A presque tous les temps, l'accent portait sur le radical ; par suite, la désinence, signe du rapport, n'étant pas accentuée, s'entendait peu, et il devenait difficile de distinguer les personnes et même les temps. Légit, il lit, se confondait presque avec légat, qu'il lise, et léget, il lira, légo, je lis, avec lége, lis.
Aussi cette conjugaison ne put demeurer à la place qu'elle occupait. Devenue incomplète de formes, et obligée même, pour subsister, d'emprunter à ses voisines, elle n'a plus aujourd'hui que l'infinitif qui lui soit propre, en outre elle ne comprend qu'un petit nombre de verbes.
33S. Conjugaisons en oif et en ir. — Deux autres conjugaisons, celle en ère et celle en ire, présentaient au contraire des formes accentuées, c'est-à-dire solides. Mais les verbes appartenant à la deuxième conjugaison (en ère) étaient en très petit nombre, la plupart ayant été ramenés à la conjugaison en ire. Ge sont les verbes français en air, comme avoir, devoir (en latin: habere, deberé). La langue en a conservé quelques-uns. Elle n'en a pas recréé sur ce modèle.
Enfin les verbes en ire subirent presque tous une transformation dont nous parlerons tout à l'heure et qui leur
COiNJUGAISONS VIVANTES. ro.)
donna des formes en partie nouvelles. Un certain nombre d'entre eux qui ne la subirent pas restèrent et appartiennent encore aujourd'hui au matériel de la langue, comme mowrir, servir. Mais ce type a été également abandonné.
2® Conjugaisons vivantes.
353. Conjugaison inehoati^e. — G'est à proprement parler une création nouvelle de la langue.
Le latin offrait un certain nombre de verbes dits inchoatifs (du mot latin mc/ioare, qui signifie commencer], qui indiquaient l'entrée dans l'état, le commencement de l'action exprimée par le verbe. Ainsi :
contremiscOf je commence à trembler, floresco, je commence à fleurir.
Ce qui donnait à ces verbes leur signification partieuliôre, c'était la présence de l'articulation se insérée à certains temps et modes entre le radical proprement dit et la flexion. Ainsi du radical no, qui fait au parfait novi, la langue avait tiré le présent no-sc-o qui signifie : je commence à connaître ; de sue (parfait sue-vi) , sue-sc-o, qui signifie : je m'accoutume.
La conjugaison de ces verbes ne différait en rien de celle des autres. Elle a cependant produit un nouveau type en français.
D'abord la syllabe inchoative a peu à peu aggloméré une voyelle appartenant originairement au radical, et qui était tantôt a (ex. : pa.sco, je pais), tantôt e (ex.: calesco, je chauffe), tantôt o (ex. : nosco, je connais), tantôt i (ex. : glisco, je glisse) ; elle est devenue uniformément isc et a donné en français iss, is. Ex. :
4t)0 FORMES ET SYNTAXE.
florescOy je fleuris, qui correspond à fîorisco.
Cette syllabe a en même temps perdu sa signiiitation propre et n'a plus indiqué le commencement de l'action. Elle a pu ainsi être introduite dans des formes qui orijsrinairement ne la comportaient pas et où le latin ne l'avait pas.
Certains temps, il est vrai, n'ont point reçu cette adjonction. Nous le verrons quand nous étudierons les formes de la conjugaison inchoative en détail. Néanmoins, présentant partout la syllabe is, ou au moins la voyelle caractéristique ^, les verbes inchoatifs ont formé un type complet que le français a développé. De là toute une classe de verbes en ir absolument distincts des verbes en ir provenant de types latins en ire, avec lesquels il ne faut pas les confondre, malgré la similitude de l'infinitif. Ainsi :
Emplir est un inchoatif et fait : Remplis. Servir est de la quatrième classe et fait : je sers.
Non seulement la langue a modelé sur le type inchoatif les verbes en ir qu'elle a acquis depuis sa naissance, mais elle y a ramené un certain nombre de ceux qui au début n'avaient pas la forme inchoative. Ce changement a commencé dès le xr siècle. Une foule de verbes l'ont subi : englouiiT, emplit, convertir, etc.... Il continue dans la langue popalaire. Le peuple dit :
Je hais et non je hais.
Les verbes en ir qui y ont échappé sont archaïques, c'est un type mort, et des deux conjugaisons en ir la seule inchoative est aujourd'hui vivante.
354. Conjugaison en «t*. — La première conjugaison latme en are a subsisté et s'est beaucoup développée en