C. Participes en u
36t. Ce participe en u vient, dans les verbes où il est étymologique, d'une forme latine en ûtum.
En effet, un certain nombre de verbes de la troisième conjugaison en ëre faisaient leur participe passé en Utum, Ex. ;
minûere, mmùtum absôlvere, absolûtum.
Ceux de ces participes qui passèrent en français s'y terminèrent régulièrement en w, le /, ïu et le m devant également tomber. 6'onsùtum devint donc : cousu.
Cette forme ne tarda pas à empiéter sur les autres. Les
participes en l et en s, moins sonores, furent remplacés par des participes en u.
Tous les verbes en oir (sauf astis de seoir) ont subi cette transformation. Ainsi, vouloir fait voulu, mouvoir^ mû (tandis qu'en latin le participe de movere était môtum).
Un grand nombre de verbes en ir ont pris par analogie la même forme :
venir fait veuM (tandis que le latin Q^Xventum)^ tenir — tenw. — tentum),
courir — couru — cursum).
Des verbes en re ont également le participe qr u.
Ainsi croître^ connaître font au participe cru, connu, tandis que le participe latin de crescere était cretum, celui de cognoscere, cognitum.
La langue laissée à elle-même aurait bientôt formé d'autres participes semblables. Il suffit pour s'en rendre compte d'écouter parler les enfants. Mort devient pour eux mouru. En effet, la forme en u tend incontestablement à devenir avec la forme en é et en i une des seules formes vivantes du participe passé français.
3©§. En règle générale u s'ajoute simplement au radical atone : cour -\-u= couru; ten -\- u=ztenu.
Cependant il semble que cette règle soit violée dans certains participes aujourd'hui monosyllabiques, comme crw, pw, vu, où on ne retrouve plus le radical. Ils ont néanmoins été formés suivant la règle, puis des contractions intérieures sont survenues qui ont fait disparaître les voyelles du radical qui se trouvaient en hiatus avec la flexion par suite de la chute des consonnes médiates.
Ainsi vu est pour veû, plus anciennement vedu, formé de Vu de flexion et du radical ved du verbe vedeir (latin videré).
Cru est pour creû, plus anciennement credu, formé de Vu et du radical cred du verbe credere.
Expliquez de même pu, anciennement pou, peu, et chu, anciennement cheû, où la chute d'une dentale avait mis en présence un w et un e muet.
Dans du, reçu, su, eu, c'est une labiale qui était tombée Lo verbe devoir (latin debere) avait un radical dev qui s'est réduit ;i de. De là un participe deû, aujourd'hui du. Le participe du verbe avoir, eu est le seul qui, ayant le même son que les autres, ait conservé dans son orthographe un souvenir de l'ancienne forme.
Vécu a été formé avec le radical du prétérit ancien véquis.
369. D'après ce que nous venons de voir, il»y a donc eu dans les transformations de la forme participiale deux étapes successives : 1° le type en ^ a cédé au type en s ou inversement; 2** le type faible a été, quel qu'il fût, supplanté par le type en u.
Il est arrivé, du reste, que malgré le triomphe de ce dernier, les anciens participes ont survécu, non pas à l'état de participes, mais à l'état de substantifs. Ainsi les trois participes du verbe tordre se retrouvent ;
*torsum a donné iorSj tortum — tort, *tordutum — tordu.
Ceux du verbe tendre subsistent également :
tensa/m dans toise (anciennement teise), tentam — tente *tendutum — tendu.
On pourrait citer d'autres exemples. A défaut de trois formes on en trouve souvent deux. Comparez dette et due, perte et perdue, rente et rendue, vente et vendue (Voir page 149).
Formes personnelles.