‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 224 sur 320 · TEMPS COMPOSES DU VERBE · texte numérisé non relu

TEMPS COMPOSES DU VERBE

Notre langue, comme les autres langues romanes, a créé un grand nombre de formes composées, soit pour exprimer des nuances de mode et de temps que le latin n'exprimait pas, soit pour remplacer des formes simples disparues.

D'une façon générale, ces formes complexes sont composées :

P De Y infinitif et d'un temps du verbe avoir comme le ïnXxxY aivYier-aiy correspondant à amare habeo, et le conditionnel aimer-ais, correspondant à amare hahebam;

2« Du participe passé du verbe et du verbe être ou avoir. Ex. : j'ai vu^ j'étais venu;

3^ Du participe d'un verbe qui s'a,]oute à un temps déjà composé des verbes auxiliaires. Ex. : j'aurais eu fini.

Cette formation a pris dès l'origine un grand développement. Elle a fourni toute une conjugaison du passif, qui en fiançais n'a plus qu'une forme simple, le participe passé. Ex. : vaincu, brisé.

Elle a envahi la conjugaison active, à laquelle elle a donné : un prétérit indéfini. Ex. : j'ai aimé; un prétérit antérieur. Ex. : feus aimé; un plus- que-parfait. Ex. : j'avais aimé; un futur. Ex. : j'aimerai; un futur antérieur. Ex. : j'aurai aimé; etc.

11 est inutile d'énumérer tous les temps ainsi composés, qui sont bien connus et dont l'analyse la plus superficielle découvre sans difficulté la structure.

La plupart sont de formation toute française, et n'ont pas de correspondant en latin. La langue, une fois en possession du procédé, l'a appliqué largement et d'une manière originale, mais en dernière analyse on retrouve facilement les types essentiels et primitifs des principaux de ces temps dans la conjugaison latine elle-même.

BRUMOT. ^

AU FORMES ET SYiNTÂXE

A. Temps composés devenus simples.

Futur et conditionnel.

893. Futur. — Outre la tendance générale qui poussait de plus en plus les langues issues du latin vers les formes analytiques, une nécessité particulière a amené cette création. En effet, à la suite de l'assourdissement des syllabes qui suivaient la tonique, le futur latin se distinguait très difficilement de l'imparfait de l'indicatit dans les premières conjugaisons, du présent dans les autres. Légit se confondait dans la prononciation avec légetj amàhit avec amàYÎt.

Pour redonner une forme caractéristique à un temps qui par sa nature même doit être soigneusement distingué du présent, on se servit d'un procédé déjà connu en latin vulgaire, et qui consistait à remplacer le futur synthétique par l'infinitif accompagné du verbe avoir. Au lieu de amabOy on dit amare habeo, au lieu de audiam^ audire habeo, proprement : j'ai à aimer ^ je dois aimer; j'ai à ouïr, je dois ouïr.

394. Conditionnel. — En même temps et par le même procédé dont la langue se servait pour former le futur, elle composa à ce futur un impariait.

On trouve déjà en latin des infinitifs de verbes passifs ofu neutres suivis du verbe habere à l'imparfait. Ex. :

Indubitate quod in omnem terram exire habebat prœdicatio apostolorum,, (Que la prédication des apôtres devait se répandre, se répandrait par toute la terre.) (TertuUien, Adv. Jud.y V.)

Le latin populaire et, après lui, le français retint ce tour

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