FUTUR ET CONDITIONNEL
et un nouveau temps naquit : l'imparfait du futur, devenu notre conditionnel. Seulement la prononciation laissa tomber le radical de l'imparfait du verbe habere pour ne garder que la flexion. De là :
i' aimer- oie ^ aimer-oiSj amer-ais,
tu aimei^-oieSy aimer-oiSj aimer-diis, etc....
395. Pas de difficulté en ce qui concerne les flexions. Celles du futur sont invariablement celles du présent du verbe avoir j celles du conditionnel sont celles de l'imparfait; seulement l'adjonction de ces désinences entraîne quelques modifications dans la forme de l'infinitif que nous allons examiner rapidement.
P A la première conjugaison, Va qui est tonique à l'infinitif devient atone quand on ajoute habeo, abeo.
Cantare-àbeOy devenu cantardbeo, -donnera donc non pas chantér-ai, mais chanter-ai.
Les verbes dont le thème se termine par n ont une tendance à supprimer l'e muet qui précède le n final; en ancien rançais ce 7i s'assimile ensuite au r. Exemples : ,
je donner-aiy ancien français : donr-ai, dorr-ai, je mèner-aiy — menr-ai, merr-ai,
La même contraction se produisait au futur des verbes pleurer et laisser, bien que leur radical ne fût pas terminé par n.
On disait : ]e plorr-ai pour pleurer-ai^ je laîrr-ai — laisser-ai.
Il nous reste de ces formes le futur du verbe envoyer, f enverrai.
2° Verbes ei^ oir. L'e dans debere-hàbeo devient atone, il doit donc tomber et le futur est devr-ai.
On trouve quelquefois la forme euphonique je dever-ai.
Dans aur-aietsaur-ai, v, pour des raisons phonétiques, a pris le son de u,
3^ Les verbes en re ajoutent ai à la suite du r. Ex. : je rendr-ai.
On trouve aussi des formes euphoniques : prender-ai^ amenées par l'analogie de la première conjugaison.
4« Verbes en ir. L'^ doit tomber : aud(i)r[eyhàbeo, donne régulièrement : odr-ai, orr-ai.
Ainsi cour-ir fait je courr-at^ mour-ir — je mourr-aL
Quand cette contraction amène un groupe de consonnes impossibles à prononcer, comme dans couvrr-ai (de couvrir), une voyelle euphonique subsiste; mais cette voyelle n'est pas un e muet suivant la règle générale, c'est Yi de l'infinitif : couvrir-ai,
50 Enfin, dans les verbes inchoatifs, Vi qui se trouve partout subsiste au futur et ces verbes ajoutent purement et simplement ai à l'infinitif.
Quelquefois, exceptionnellement et sous l'influence de l'infinitif, le radical tonique subsiste au futur dans la langue moderne. On disait régulièrement autrefois : je beyr-aiy j'asse^^-a^, aujourd'hui : je boir-ai, yassier-ai ou assoir-ai.
Ce sont des faits d'analogie. La forme de l'infinitif ou celle du présent a influencé celle du futur,
396. Il n'est pas difficile de prouver, soit par le raisonnement, soit par l'étude des exemples où ces formes se rencontrent, que originairement le verbe habeo conserve dans les expressions où il entre quelque chose de sa valeur propre. Cantare habeo signifie fai à chanter (quelque chose comme le françaises dois clianter).