CONJUGAISON PASSIVE
Mais peu à peu l'auxiliaire a été dépourvu de cette valeur, et de très bonne heure, avant que le français fût né à l'histoire. Il apparut alors comme une véritable flexion, et tandis que dans les temps vraiment composés il restait distinct et séparé de l'autre verbe, ainsi dans : fai aiméy dans le futur, au contraire, il fut placé après le verbe principal ; à la première et à la deuxième personne du pluriel du futur, à toutes les personnes dii conditionnel, il perdit son radical, enfin il fut joint si intimement au verbe, que jamais le français n'admet l'intercalation d'un complément ou d'un mot quelconque entre l'infinitif et l'auxiliaire ai, ais qui forme le futur ou le conditionnel. Les formes chanterai, chanterais^ originairement composées, sont devenues de véritables formes simples dont l'analyse historique seule a pu pénétrer l'origine.
B. Formes composées proprement dites,
i^ Conjugua ison passive.
39». Le latin avait un certain nombre de formes simples à la voix passive : ainsi : amari, être aimé, amor, je suis aimé, amabar, j'étais aimé, etc.. où des flexions spéciales marquaient la voix.
Mais il n'en était pas ainsi à tous les temps et à tous les modes, et le parfait, le plus-que-parfait de l'indicatif, par exemple, étaient rendus par des formes composées du participe passé et de l'auxiliaire être, Ex. : amatus fuit, il fut aimé.
Ces formes analytiques où l'idée du sujet était distinguée de celle de l'attribut étaient trop en harmonie avec l'esprit de la langue populaire, et ensuite des langues romanes, pour n'être point reprises et développées. Confinées en latin dans un certain nombre de temps, elles les envahi-
rent bientôt tous, et supplantèrent les formes simples amoT, amabar, etc.
Il ne resta plus dans la voix passive que des formes composées, sauf la forme simple du participe passé, qui entre dans la composition des autres.
t^ Conjugaison active.
Formes composées avec être.
898. Le latin avait un très grand nombre de verbes intransitifs actifs à forme déponente, c'est-à-dire passive, ainsi : profectus sum,, je suis parti; reversus sum, je suis revenu; et beaucoup d'autres.
D'autre part, les rapports de sens entre les verbes intransitifs et les verbes passifs étant très intimes, l'usage s'est vraisemblablement développé d'étendre à tous les verbes de cette nature le même système de conjugaison, et de dire : je suis pa/rti, je suis venu, je suis tombé,
399. En dehors de ces formes, il a existé en français un présent et un imparfait périphrastique, que possédaient des verbes actifs :
En latin déjà, on trouve sv/m uni à un participe présent pour exprimer l'idée de la permanence de l'action. Ex. :
8um dicens (je suis un horrvme qui parte); erat cernens magnalia Dei (il était voyant tes magnificences de Dieu).
Cette construction passa en français. Ex. :
A un home fu demandé por quoi il iert si taisans, ou
por sens, ou por folie, et il respondi que fox ne se puet taire. (A un homme fut demandé pourquoi il était si taisant, ou pour sens, ou pour folie, et il répondit qu'un fou ne se peut taire.) [Li Trésors, p. 518.)
Dans ces exemples, le participe ne se pourrait remplacer, et ce présent périphrastique indiquant une action qui dure n'est évidemment pas synonyme d'un présent simple.