Terbes transitifs et Intransitifs. — On sait qu'on
appelle verbes transitifs les verbes qui se construisent avec un terme exprimant Tobjet direct et immédiat de l'action qui se nomme complément direct. Ainsi : voir, deviner, savoir. On dit : je te vois, je devine tout, je ne sais rien.
Les verbes intransitifs sont ceux qui signifient un état ou une action dont on n'exprime pas l'objet direct ou immédiat. Ainsi : je viens, je cours, je suis. (On les appelle souvent aussi, mais improprement, verbes neutres.)
Beaucoup de verbes, dans le cours de l'bistoire de la langue, ont passé d'un état à l'autre. Ainsi : arriver, croistre^ crouler, échapper, écrier, exceller, fleurir, mourir, survivre, tomber, se sont employés transitivement.
Ex. : Cassandre le consent, je ne m'en défends plus,
(Rotrou, Venc, V, 9.) Le temps a creu le mal. (D'Aub., IV, 72.)
Li Gascon estaient fow^sené, pour le caitse de lewr mestre que on leur avoit mort. (Froiss., V, 214, 8.) En raproçant Bourdiavs. (Id., III, 93, 30.)
Ces changements s'expliquent facilement. D'abord un verbe transitif peut presque toujours se construire intransitivement. Il suffit pour cela de retrancher son complément. Au lieu de je le sais, je le vois^ dites je sais, je voiSy les deux verbes savoir et voir font dans les deux dernières phrases l'office de verbes intransitifs.
Les verbes intransitifs, de leur côté, prennent souvent un complément.
1» En ancien français, on peut, d'une façon générale, construire avec un verbe intransitif un complément direct, tiré de la même racine, et marquant la même idée. Ainsi :
Car il plouvoit adont une pluie pesant, (Guvel., Du Guesclin, 18283, L.)
Li veneor (veneurs) lor cors cornant, Leqex (lesquels) vont durement sonant.
Tôt le païs vont estonant.
(Ren., 5497.) Nous employons encore des expressions analogues : doV' mir son sommeily vivre sa vie, etc.
2<' Une foule de verbes intransitifs s'emploient avec la valeur dite factitive, ce qui signifie que le sujet fait faire à l'objet, c'est-à-dire au complément direct, l'action exprimée par le verbe. Ainsi : sortir quelqu'un d'embarras : c'est faire sortir quelqu'un d'embarras.
On pourrait citer beaucoup d'exemples analogues ;
Symons Tassiet lez lui, moût fu taisant et coie.
(Berte, GXVII, L.)
Si descendit habilement ses gens en terre de nuict, et alla mettre le feu dedans leur camp, (Amyot, Philop., p. 443, éd. cit.)