‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 238 sur 320 · VERBES IMPERSONNELS · texte numérisé non relu

VERBES IMPERSONNELS

Un certain nombre de verbes impersonnels fort usités dans l'ancienne langue ont aujourd'hui vieilli. Ainsi il me chaut, il me fâche, il m^ ennuie, il me souvient. D'autres sont complètement oubliés. Ex. : estoet (il est besoin), deult (cela fait de la peine), etc. Mais ce sont les mots qui ont disparu, la forme impersonnelle elle-même est toujours vivante.

Toutefois il serait exagéré de dire que les verbes impersonnels n'ont qu'une personne. En réalité on les rencontre assez fréquemment à la 3® personne du pluriel et même à la seconde (avec la valeur factitive). Ex. :

Pleuvez donCy je votes en conjure,

E^pleuvez à bonne mesure. (Scarron, Virg., V, L.)

Aux impersonnels proprement dits ou essentiels dont nous venons de parler il convient d'ajouter un assez grand nombre de verbes ordinaires qui peuvent accidentellement s'employer comme impersonnels. Tels sont : arriver^ être, sortir, venir. Ex. :

S'il arrive qu'Auguste avec lui la punisse.

(Gorn., Cinna, III, 1.)

La plupart des impersonnels sont construits avec avoir aux temps composés. Ex. : il a plu^ il a neigé. Cependant ceux qui sont réfléchis prennent tous l'auxiliaire être. Ex. . il s'en est fallu de peu.

413. Emploi du pronom dans les serbes impersonnels. — Nous avons déjà eu l'occasion de l'indiquer en passant, les verbes impersonnels se construisaient dans l'ancienne langue sans pronom. Ex. :

En la citet nen ad remès païen. (Roi., 101.) (Dans la cité il n'est pas resté un païen.)

S'est ki rdemandet, ne Testoet enseignier. [Ib., 119.)

(S'il est quelqu'un qui le demande, pas n'est besoin de l'enseigner.)

C'était la conséquence d'une règle générale dont nous avons déjà parlé: les verbes personnels se construisant sans pronom, il n'y avait aucune raison d'en ajouter un aux impersonnels, que la flexion suffisait à rendre reconnaissablés.

Puis, à mesure que les pronoms s'introduisent dans les autres formes du verbe, ils pénètrent aussi celle-là. Le verbe impersonnel est alors précédé du démonstratif ce ou du pronom il. (Voir § 245.)

Cependant on trouve longtemps encore des impersonnels sans pronom. Ex. :

Une fois à Poictiers avoit ung riche marchant. (Gr.

Parangon, 95.) Fait bon voir qui de l'un, qui de Vautre se vante. Qui met pour cestui-ci, qui met pour cestui-là, Et pour moins d^un escu dix cardinaux en vente,

(Du Bellay, Œuv. choisies, 225.) Et me souvient en mourant Des douces rives de Loyre. (/6., 144.)

De nos jours la langue populaire supprime encore volontiers le pronom. On dit : Fallait pas qu'il y aille. Mais il est difficile de savoir s'il faut voir là un reste des anciennes habitudes syntaxiques ou une ellipse d'origine récente.

414. Syntaxe désherbes Impersonnels. Ce«f, cemoni. — Le pronom, quand il est exprimé, n'est qu'un sujet grammatical, le véritable sujet de la phrase est le substantif qui suit. Ainsi dans : il arriva un malheur, le sujet logique est : un malheur et non il. De là certaines difficultés syntaxiques.

Dans les cas ordinaires, la langue accorde avec le sujet

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