‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 239 sur 320 · SYNTAXE DES VERBES IMPERSONNELS · texte numérisé non relu

SYNTAXE DES VERBES IMPERSONNELS

grammatical il; le verbe reste donc à la 3« personne du singulier. Ex. : il en sortait des flammes. Mais la règle n'est pas toujours aussi simple. On ne dira pas par exemple : c'est les Allemands, mais : ce sont les Allemands, Voici l'origine de cette complication.

Dans l'ancienne langue le pronom ce n'était pas considéré comme le sujet, mais comme l'attribut du verbe être. Ce verbe s'accordait donc en personne et en nombre avec son sujet. On conjuguait : ce suis-je, c'es-tu, c' est-il, etc.

Ce suis- je moy, dit le Seigneur, qui Vay deceu. (Galv-,

I, 18, 2.) Ce ne sommes-nous pas qui semons les erreurs.

(là., Déd.) Voi ces rochers au front audacieux, Cestoient jadis des plaines fromenleuses.

(Ronsard, 963. L.)

C'est là la construction la plus fréquente. Mais, en même temps, le verbe être précédé de ce se construisait aussi impersonnellement, ce était alors considéré comme sujet et le verbe restait invariablement à la 3« personne du singulier. Ex.:

Ce n'est pas les Troyens, c'est Hector qu'on poursuit,

(Rac, Androm., I, 2.)

Cette dernière façon de parler, qui avait pour elle l'analogie, l'emporta sur la première, on ne dit plus : ce sommes-nous, c'estes-^ous, mais : c'est nous, c'est vous. Ex. :

Ce que l'on aime en vous, madame, c'est vous-même. (Alf. de Musset, Namouna.)

Toutefois la forme impersonnelle n'a pas absolument

prévalu : Au xvii« siècle, au moment où la langue se fixe, il est d'usage d'accorder le verbe avec ce et de dire c'est, ce fut, même si le sujet est à la 3^ personne du pluriel. Ex. :

Puisque c'est eux qui en demeurent d'accord. (Sév., VIII, 1.)

Mais en même temps, par une contradiction en apparence singulière, il arrive aussi de faire l'accord avec l'attribut, comme on le faisait dans d'autres constructions. On dit donc :

Ce sont les ingrats, les menteurs, les flatteurs qui ont loué le vice. (Fénelon, Tél., XVIII, L.)

Il existe par conséquent à ce moment deux tours différents, ce qui permet de marquer une nuance, et d'insister particulièrement sur l'idée de l'attribut quand on accorde le verbe avec lui. On s'en rend bien compte dans cette phrase de La Bruyère : Un homme inégal n'est pas un seul homme, ce sont plusieurs. {De l'homme.) Mais la langue moderne n'a plus guère la possibilité de faire cette fine distinction. Sous l'influence des grammairiens l'accord avec l'attribut est devenu peu à peu obligatoire. On n'oserait plus guère écrire avec Bossuet (Hist., III, 3, L.) : C'est eux qui ont bâti ces douze palais. Bien que ce tour ne soit pas considéré comme incorrect, on hésite à s'en servir en écrivant.

En parlant, au contraire, on dit souvent c'est au lieu de ce sont. La langue populaire, en effet, ne connaît pas ce pluriel. Allant jusqu'au terme logique du mouvement commencé avant le xvii« siècle, elle a supprimé l'accord dans tous les cas, à la 3^ personne du pluriel comme ailleurs. Sur ce point la langue savante et la langue courante ont marché en sens directement inverse.

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