ACCORD DU VERBE AVEC LE SUJET
m. DES NOMBRES
4t5. Accord du verbe avec plusieurs sujets. — En
règle générale, dans l'ancienne langue comme dans la langue moderne, le verbe s'accorde en nombre avec le sujet. Mais certaines difficultés se présentent, et d'abord lorsqu'il y a deux ou plusieurs sujets. En ancien français l'accord se faisait généralement avec le dernier sujet seulement. Ex. :
Son miroir et quelqu'un luy remontrera. (Marg., Heptam.j 15.)
De qui l'embrasement Et la vie et la mort naît du ciel seulement.
(Desportes, Cartels et masquarades, I.)
Malherbe a condamné ces derniers vers; cependant il s'en laat bien qu'une règle nette se soit établie du jour où il a rendu cet arrêt. Bossuet dit encore, suivant en cela l'ancienne syntaxe :
Voilà tout ce qu'a, pu faire la magnificence et la
piété. [Or, fun. de Condé.) Ce grand homme (Moïse) a écrit les œuvres de Dieu
avec une exactitude et une simplicité qui attire
la croyance. (Htst.^ II, 3, L.)
D'après les règles aujourd'hui admises, on distingue si les deux sujets sont conjoints ou disjoints, c'est-à-dire si le verbe se rapporte aux deux sujets réunis ou à chacun d'eux séparément; dans le premier cas on met le pluriel, dans le second le singulier.
En théorie donc, deux sujets unis par et doivent être conjoints, et le pluriel est de rigueur. Ex. :
La tristesse et la peur leur étaient inconnues, (V.Hugo, Chat., Il, 7, i.)
C'est à peu près la seule partie de la règle qui soit simple et fixe. Encore faut-il compter avec les exceptions. Ainsi, on sait que le pronom Vun et Vautre se construit aussi bien avec le singulier qu'avec le pluriel. Ex. :
L'une et l'autre a esté perdue en -4c?am. (Galv., IL 1,6.)
Par le rapport des deux Testaments^ on prouve que l'un et l'autre est divin. (Boss., Hist., II, 13, L.)
Mais les difficultés véritables commencent quand les deux sujets sont unis par une autre conjonction que ef, ou quand ils ne sont pas unis du tout. C'est alors une question d'appréciation.
Ni est évidemment la conjonction la plus disjonctive. Deux sujets unis par elle sont généralement suivis d'un verbe au singulier. Ex. :
Ni mon grenier ni mon armoire.
Ne se remplit à babiller. (Lafont., Fab,f IV, 3.)
Mais on trouve aussi le pluriel :
Ni Vor ni la grandeur ne nous rendent heureux.
(là., Phil. et Baucis.)
A vrai dire^ ce nétoit pas son titre de roi^ ni toute la splendeur de son rang qui m'éblouissaient. (La Vallière d. Aubertin, Gr. des écriv.)
Avec ou mêmes hésitations. Le singulier est plus fréquent, mais le pluriel se rencontre. Ex. :
Le bonheur ou la témérité ont pu faire des héros, (Massillon, Pet, Car.^ L.)
Si les différents sujets ne sont unis par aucune conjonction, l'usage est à peu près libre ; quand on supprime la