‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 241 sur 320 · ACCORD DU VERBE AVEC LE SUJET · texte numérisé non relu

ACCORD DU VERBE AVEC LE SUJET

copule pour marquer la disjonction, il est logique de mettre en même temps le verbe au singulier. Ex. :

Ce n'est point la grandeur^ ce n'est point la bassesse. Le bien^ la pauvreté^ l'âge mûr, la vieillesse^ Qui fait ou l'infortune ou la félicité,

(Voltaire c. p. AuLertin, ib.)

Si au contraire il y a une énumération, le verbe sera au pluriel. Ex. ;

L'erreur du parti républicain^ l'illuèion du parti légitimiste, sont l'une et l'autre déplorables. (Chat., ib,)

416. Accord avec les collectifs. — Quand le sujet d'un verbe, tout en étant au singulier, renfermait l'idée d'une collectivité, l'ancienne langue, fidèle en cela à son principe, et faisant l'accord avec le sens, mettait généralement le verbe au pluriel. Ex. :

Toute celé gent qu£je avoiemandei estoient venu^

(Joinv., XXY.)

Cette règle était très étendue, au xvii^ siècle encore. Ex. :

La noblesse de Rennes et de Vitré l'ont élu malgré lui. (Sév., Vin, 533.)

Tout ce que nous connoissons de courtisans nous parurent indignes de vous être comparés. (Id., V, 531.)

La langue moderne a introduit là aussi des distinctions. Deux cas principalement sont à examiner.

1° Le sujet du verbe est un nom comme : force, foule, multitude, tas. On peut faire ou ne pas faire l'accord. Si l'idée porte sur le collectif, on met le singulier ; si elle

porte au contraire sur le complément qui est au pluriel on met le pluriel. Ex. :

Force gens croient être plaisants qui ne sont que ridicules, (Balzac, Let.^ YI, 4. L.) D'adorateurs zélés à peine un petit nombre Ose des premiers temps nous retracer quelque ombre.

(Rac, A th., I, 1.)

On comprend que dans ces deux vers Abner insiste surtout sur la faiblesse du nombre des Juifs encore fidèles ; le pluriel serait donc peu approprié. Mais les cas où la différence se marque avec cette netteté sont fort rares. En réalité le plus souvent le choix est libre, et la tendance générale, moins sensible qu'autrefois, mais toujours visible, est de mettre le pluriel, car les collectifs : une multitude, un grand nombre, etc., sont de véritables expressions quantitatives analogues à celles dont nous allons parler. (Comparez nombre de et beaucoup de.)

2° Le sujet du verbe est une locution exprimant la quantité : beaucoup, assez, peu, la plupart, etc. Le pluriel après ces mots est général.

On trouve quelques exceptions : le peu de, plus d'un^ se font quelquefois suivre du singulier, mais en somme l'ancien usage a subsisté. Ex. :

Regardez-les un peu : la plupart sont malsains,

(L. Veuillot, Les couleuvres,) Oh\ Combien de marins^ combien de capitaines.... Dans le morne horizon se sont évanouis !

(V. Hugo, Rayons et ombres, XLIL)

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