PRÉSENT
rV. DES TEMPS.
!'• Division de la durée.
417. Sommairement et logiquement le temps se divise, par rapport au moment où l'on parle, en trois portions : 1* ce moment même; 2® ce qui est antérieur; 3» ce qui est postérieur à ce moment.
Le verbe distingue ces trois premières divisions. Il a des temps marquant le présent^ le passé, et le futur, par rapport au moment où Ton parle.
418. Présent. — Le présent {y aime, je vois, nous chantons) signifie l'action comme présente au moment où Ton parle, et cela au sens le plus large des mots, c'est-àdire qu'on se servira par exemple du présent pour exprimer une idée générale vraie dans tous les temps, et particulièrement au moment où l'on parle :
Ex. : Tant va la cruche à Veau qu'à la fin elle se casse.
Le présent s'emploie en outre par figure là où l'on attendrait le passé ou le futur.
Ainsi on parlera au présent d'une action passée qui vient d'avoir lieu. Ex. : fentends (proprement J'ai entendu) ;
D'une action qui avait commencé avant le moment où l'on parle, mais qui dure encore à ce moment. Ex. :
Huit ans déjà passés^ une impie étrangère Du sceptre de David usurpe tous les droits, Se baigne impunément dans le sang de nos rois.
(Rac, Ath., I, 1.)
D'autre part on emploiera le. présent au lieu du futur lorsque l'action est indiquée comme si prochaine qu'elle paraît presque présente.
Ex. : on 1/ va ; fy vais, etc. (proprement : on va y aller, je vais y aller).
De même lorsque l'action s'acc(^mplira dans un espace de temps qui commence au moment où Ton parle. Ex. :
Il revient dans quinze jours.
Demain au Capitale il fait un sacrifice. (Corn., Cinna^ 1, 3.
De plus quand on annonce l'intention de faire une action dans un temps futur souvent indéterminé, on met encore le verbe au présent. Ex. :
Je vends mon fonds 20 000 francs.
Si Von n'est plus que mille, eh bien ! fen suis. (V.Hugo, Chât.,\\\, 16.)
419. Passé défini et indéfini. — Nous avons VU en parlant des formes du verbe que le français avait plusieurs temps pour marquer le passé par rapport au moment oii Ton parle. Remarquons ici d'une façon générale que tous les temps du passé ont été longtemps confondus dans leur emploi. « On les avait créés ou conservés, dit Ghabaneau, avec le sentiment confus de l'utilité distincte de chacun d'eux, on ne savait assigner d'emploi distinct à aucun d'eux. Gela ne devait se faire que graduellement, au fur et à mesure des progrès de la réflexion. G'est ainsi que l'entant naît muni de toutes les facultés qu'il doit développer un jour, et de tous les organes nécessaires à l'exercice de ces facultés, mais qu'il n'a pas plus conscience des uns qu'il ne connaît encore l'usage des autres. »
Voici un exemple parmi bien d'autres de ces confusions :
Après ico i est Naimes venuz ;
Meillur vassal n'aveit en la curt nul,
E dist a l'Rei : « Bien /'avez entendut;
Guenes li quens ça vus ad respondut. »
(Rol.y 230.)
(Après ceci y est Naimes venu.
Meilleur vassal n'avait en la cour nul,