PRÉTÉRIT ANTÉRIEUR ET PLUS-QUE-PARFAIT
Gentil eut le corps et les côtes eut larges,
Tant fut beau, que tous ses pairs l'en regardent.)
C'était un souvenir du latin. Le français l'a totalement perdu et ne se sert plus en pareil cas que de l'imparfait.
3° L'imparfait est aussi le temps qui marque qu'une action se répète, qu'elle est habituelle. Ex. :
Elle abattait sa jupe en renversant la tête. Et consultait mes yeux comme un dernier miroir^ Puis elle me glissait un furtif : Au revoir! Et belle, en souveraine^ elle entrait dans la fête, (SuUy-Prudh., Vaines tendr,, 35.)
423. Prétérit antérieur et plus-que-parfait. — Le français a deux temps pour exprimer que l'action est passée par rapport au moment où on parle, et en même temps qu'elle a été accomplie antérieurement à une autre action égale* ment passée. Ces deux temps sont le prétérit antérieur et le plus-que-parfait.
1° Prétérit antérieur. En voici un exemple : Quand /eus fini, je m,' en allai. Dans cette phrase le verbe aller marque une action passée qui a suivi l'accomplissement de l'action marquée par finir, à un moment déterminé.
Or la seconde action peut commencer dans un temps quelconque après l'accomplissement de l'action marquée par le premier verbe : ou bien immédiatement, ou bien au contraire longtemps après. Autrefois, dans un cas comme dans l'autre, on pouvait mettre le prétérit antérieur. Ex. :
Pois li comandet les renges de s'espede^ Et un anel dont il Tout esposede.
(Puis lui confie la ceinture de son épée Et un anneau dont il Veut épousée.)
(Saint Alexis, st. XV.)
Mais aujourd'hui le prétérit antérieur ne s'emploie plus aussi librement.
D'abord on ne le trouve plus que dans une phrase de subordination, en rapport avec d'autres temps, ordinairement avec le prétérit. Ex. :
Lorsque Alexandre eut détruit l'empire des Perses^ il voulut que l'on crût quil était fils de Jupiter. (Montesquieu, Lysimaque.)
De plus le prétérit antérieur ne s'emploie aujourd'hui que quand on veut marquer que l'action du verbe principal a commencé au moment précis où l'action du verbe au prétérit antérieur était finie. On le voit très nettement dans ces vers de Victor Hugo :
.... Quand V enfant de cet homme Eut ïeçu pour hochet la couronne de Rome, Lorsqu'on Teut revêtu d'un nom qui retentit^ Lorsqu'on eut bien montré son front royal qui tremble Au peuple émerveillé' qu'on puisse tout ensemble
Être si grand et si petit...
Un cosaque survint qui prit l'enfant en croupe,
Et l'emporta tout effaré,
{Napoléon IL) 2® Plus-que-parfait. — Le plus-que-parfait, composé d'un participe passé et d'un imparfait de l'auxiliaire, a une signification plus large que celle du prétérit antérieur. Si l'on dit : il avait fini quand j'entrai, le plus-que-parfaii avait fini marque que l'état qui était résulté de l'accom plissement de l'action de finir durait au moment où survini l'action passée marquée par entrai. Il n'indique ni que cv\ état durait depuis longtemps, ni qu'il venait de commencer, mais qu'il durait. Ex. ;
U est Gerarz de Russillun, H vielZf
Li duze Per que fdiveie laissiet? {Roi., 2409 )