‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 25 sur 320 · MALHERBE · texte numérisé non relu

MALHERBE

Ramus, sut y conformer son enseignement et ses écrits, en assura le succès. Cet homme, ce fut Malherbe, le poète grammairien, généralement considéré comme le fondateur, presque comme le créateur de la langue moderne.

SO. Malherbe. TVaissance de la langue moderne. —

Nous savons par ce qui précède qu'il ne faut pas entendre littéralement ces expressions de fondateur et de créateur. On doit reconnaître toutefois que de tous les écrivains français Malherbe est^-çelui^^qui a exercé sur notre Jangue l'action la plus profonde. A partir de lui et sous son influence le français entre dans une période nouvelle qui n'est pas

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On a peine à s'expliquer au premier abord comment un homme assez médiocre, qui ne paraissait à la cour qu'en qualité de poète courtisan, assez mal rétribué, et qui n'avait guère que quelques disciples (Maynard, Racan, Golomby), a pu jouer un pareil rôle. La raison principale est qu'il est venu à son heure. Il y avait longtemps que, comme le disait Montaigne en 1580, « le langage escoulait toujours des mains » ; tous les vingt ans une nouvelle école le troublait, le besoin d'un peu de fixité et d'ordre se faisait sentir, tout le monde * était prêt à accepter une règle, fût- elle rigide, telle qu'on la demande quand on a souffert des excès de la liberté, et la réforme telle que Malherbe la comprit répondait à merveille au désir général. Au lieu d'innover, il se borna à enregistrer l'usage et à défendre qu'une fois établi onje changeât. Il n'essaya pas de légiférer, il codifia. Là est le secret de son succès-.

1. Mademoiselle de Gournay attaquait moins Malherbe qu'elle ne défendait Montaigne, son père adoptif; Régnier, pour venger son oncle Desporles, se moquait du regratteur de mots, mais il écrivait une langue très semblable à celle de son adversaire.

2. Malherbe n'a laissé ni grammaire, ni traité quelconque sur ces sujets. Mais il est facile de découvrir ses idées et de reconstruire son

Jugeant que la première cause du désordre était la facilité laissée à chaque écrivain de modifier et de créer à sa guise, il s'attacha à imposer à tous une langue unique et uniforme, celle de Paris. Dans sa pensée, cette langue ne devait pas chercher à égaler les anciennes en souplesse et en ahondance, elle devait se distinguer avant tout par la régularité et les qualités qui en découlent, la clarté et la précision.

Pour cela il commença, comme il le dit lui-même, à placer les paroles à propos chacune en leur rang, c'est-à-dire à classer soigneusement les différentes parties de l'oraison ; il s'élèvera par exemple contre les grammairiens qui confondent sous le titre de nom l'adjectif et le substantif. Ils doivent être distingués l'un de l'autre, comme l'adjectif de l'adverbe, et l'article du pronom. Chacun doit avoir son rôle déterminé et ne pas empiéter sur le voisin. Il ne faut pas dire avec Ronsard :

Las, ce qu'on voit de mondain Jamais ferme ne se fonde.

{Odes, V, 3.)

Ferme est un adjectif et ne saurait tenir lieu d'un adverbe. On n'est pas libre non plus d'exprimer ou de retrancher arbitrairement un mot nécessaire comme un pronom ou un article. Des règles strictes de syntaxe doivent fixer l'emploi comme le rôle des différentes parties du discours.

Une autre nécessité, aux yeux de Malherbe, est d'arrêter l'invasion toujours croissante des termes nouveaux. Espriî lent et pauvre, toujours assuré d'avoir autant de mots que d'idées, il ne se préoccupe point comme ses prédécesseurs d'enrichir le lexique, au contraire, il condamne tous les procédés employés jusque-là pour y parvenir. U proscrit l'em-

système en recueillant les nombreuses observations éparses dans Je c Commentaire sur Desportes ».

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