EMPLOI DU CONDITIONNEL
Quelque chose de cette construction a subsisté jusqu'à nos jours.
On dit encore ; Tût-il duc oupnnce,je le chasserais. En outre, quand il y a deux ou plusieurs conditions énoncées, si la proposition est annoncée par la conjonction si, mais qu'à cette conjonction on substitue que devant le second verbe et les autres, ces verbes se mettent alors au subjonctif. C'est déjà la règle du moyen français :
S'il avoit dit quelque chosej et que ainsi le trouvast, il en ferait.,, (Gomm., I, 1.)
Encore aujourd'hui : Si je le rencontrais, et qu'^7 le voulût, je V emmènerais.
Si peut même être suivi directement du plus-que-parfait du subjonctif : s'il /'eût voulu.
'i'^ Mode de la proposition conditionnelle.
Outre le conditionnel, on a pu longtemps employer le mode subjonctif. Nous avons déjà cité la phrase : Qui me payast, je m'en allasse.
On pourrait en ajouter beaucoup d'autres. Aujourd'hui on ne trouve plus le subjonctif qu'au plus-que-parfait, nous avons dit pourquoi. Ex. ;
Si c'estoit péché de communiquer à la Cène avec un homme indigne, il nous eust certes commandé de regarder à Ventour de nous. (Galv., IV, 1, 15.) Us eussent, sans nul doute, escaladé les nues,
Si ces audacieux, En retournant les yeux dans leur course olympique, Avaient vu derrière eux la grande République Montrant du doigt les deux.
(V. Hugo, Chât.y n, 7.)
Remarque : On peut aussi mettre l'imparfait de l'indicatif, pour marquer avec plus de précision que l'idée exprimée par le verbe se réaliserait certainement, si la condition exprimée se réalisait elle-même. Ex. :
Disoit. ..si le roy se vouloit obliger de ne faire paix..,
que ledit duc de Millau donnoit au roy cent mil
ducats contans. (Gomm., V, 2.) Si le duc d'Orléans eust marché cent pas, ils pas-
soient outre la rivière. (Id., VIII, 4.) Et de même aujourd'hui : Si j'avais dit un mot, vous
étiez perdu.
455. Il faut examiner à part le cas où la proposition conditionnelle dépend d'une première proposition principale, dont le verbe est au conditionnel.
Dans ce cas le verbe subordonné peut être ou n'être pas au conditionnel, suivant les cas ; bien que l'idée de la proposition subordonnée soit conçue dans la même pensée modale, le conditionnel se trouvant déjà exprimé par le verbe principal, l'usage s'est introduit de mettre le verbe subordonné à l'indicatif :
Il n'y a pas longtemps qu'il en est ainsi. On trouve jusqu'au XVI i« siècle et encore à cette époque des phrases telles que celles-ci :
De douleurs vos parents
Diroient en me blâmant que fen serois la cause.
(Régn., Sa^,XIV.) Je croirois que la conquête d'un tel cœur ne seroit pas une victoire à dédaigner.
(Mol., Princ. d'EL, IV, 3.)
Aujourd'hui, dans ces exemples nous remplacerions les temps du conditionnel par des temps de l'indicatif.
. Diroient en me blâmant que j'en suis la cause.
On sent toutefois que l'idée n'est plus exprimée a'vec la même précision, et que la langue a perdu quelque chose à ce changement.