‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 263 sur 320 · DU PARTICIPE · texte numérisé non relu

DU PARTICIPE

pas dire ; Ceci certain, passons à autre chose; il y a dans ce dernier cas une ellipse trop forte, dont la phrase avec le participe est exempte.

465. Participe et gérondif. — Nous avons dit au paragraphe 358 que le gérondif avait en français la même forme que le participe. Il est facile toutefois de les distinguer au rôle qu'ils jouent dans la phrase. Le participe présent y a en effet la fonction d'un adjectif; le gérondif, au contraire, celle d'un substantif verbal.

Quand nous disons : un enfant naissant, naissant est l'équivalent d'une proposition relative : qui naît, et cette proposition relative est elle-même l'équivalent d'un adjectif, car elle qualifie le substantif enfant. Le participe naissant est donc un véritable adjectif.

Au contraire, dans ce vers de Boileau : Si son astre en naissant ne l'a formé poète, le gérondif naissant ou plutôt la locution en naissant ne saurait être remplacée ni par une phrase relative, ni par un qualificatif quelconque. Elle correspond aune proposition circonstancielle de temps : quand il est né, ou à un substantif précédé d'une préposition : à sa naissance.

Accord du participe présent.

466. Le gérondif, distinct du participe présent par son rôle, s'en sépare aussi par sa forme. Il est toujours invariable. Le participe présent, au contraire, un moment invariable, a reçu, dès l'ancien français, des flexions. (Voir § 360.)

Dès lors, il a suivi des règles d'accord, et s'est mis au même cas, au même nombre et ensuite au même genre que le mot auquel il se rapportait. Ex :

Plusieurs lettres adressantes à monseigneur de Normandie. (Gomm., II, 9.)

Frère Jan aperceut vingt et cinq ou trente jeunes andouilles... soy retirantes vers leurs villes.

(Rab., IV, 36.)

On a même pu remarquer dans la langue moderne quelques traces de l'ancien usage. On dit encore au Palais : La cour séante à Paris; séance tenante.

Toutefois, cette règle d'accord n'a jamais été appliquée d'une façon rigoureuse en ce qui concerne le genre. On accordait en nombre surtout. Les exemples qui le prouvent sont très nombreux et très anciens. Ainsi on trouve :

Et y avoit maintes ambassades allans et venans

(Gomm., I, 16); Les villes estans sur la rivière (Id., III, 1) ; Venans a estre vefves (veuves) (Mont., III, 6).

Palsgrave déclare même que le participe présent français n'a pas de féminin. Mais Malherbe veut plus de logique. Desportes ayant écrit :

Non^ pour mille vertus honorans ta jeunesse:

[El. y I, Discours) y

son commentateur ajoute : « C'est mal parlé, il fallait ici, un participe féminin. Or le participe féminin ne vaudrait "»ien, il devait donc user d'une autre façon de parler. »

Les grammairiens ont en partie donné raison à Malherbe. Au XVII® siècle, les auteurs font encore très souvent l'accord lu nombre. Ex. :

Et pour lier des mots si mal s'entraccordants, Prendre dans ce jardin la lune avec les dents.

(Boileau, Èp., XI.)

ACCORD DU PARTICIPE. 52i

Moitié secours des dievx, moitié peur, se hâtants. (La Font., Phil. et Bauc.)

Mais la suppression de l'accord du genre a fini par entraîner la suppression même de l'accord du nombre. L samedi 3 juin 1679, l'Académie décida qu'on ne déclinerait plus les participes actifs.

Le participe était donc assimilé au gérondif. On distingua toutefois les cas où il est adjectif verbal, c'est-à-dire toutes les fois qu'il exprime un état et non une action ; comme adjectif verbal, il est variable en genre et en nombre. Mais cette règle tout artificielle n'est pas même logique. Il est d'usage de dire : toute ville ayant plus de 20 000 âmes.

Le participe est invariable, et cependant il est évident que dans cette phrase il exprime un état durable et non une action transitoire.

Accord du participe passé.

Il 467. Participe avec êife. — Dans l'ancienne langue,

•• chaque fois que le participe passé est construit avec le verbe

être, il s'accorde avec le sujet du verbe en genre, en nombre

et en cas. Ex. :

E dist un mot : « Ne sui mie vencuz. » [Roi.. 2087.) (Et dit un mot : « Je ne suis pas vaincu ».) Quant Caries veit que tuit sunt mort paien. [Rol.^ 2476.) (Quand Charles voit que tous les païens sont morts.)

Quand la déclinaison disparaît, le participe continue à 3 'accorder en genre et en nombre ; la règle n'a pas changé elepuis.

^68. Participe passé avec avoif. — Le participe

construit avec l'auxiliaire avoir reproduit exactement le tour latin : Habeo cognitam amicitiam. J'ai connue Vamitié,

L'ancien français, comme le latin, avait la liberté de placer les différents termes dans un ordre quelconque, et de dire :

J'ai Vamitié connuey Vamitié ai connue, etc.

Quel que fût l'ordre adopté, à Torigine, le participe s'accordait avec le complément, suivant la syntaxe latine. Ex. :

Tôt est mudez, perdude at sa color. [Saint A lex., I, 4.)

Est tout changé, perdue a sa couleur.)

(Li Emperere out sa raisun fenie. [Roi., 193.)

(L'Empereur eut sa harangue finie,)

Vint i sis niés, out vestue sa brunie, (RoL, 384.)

(Son neveu vint là, avait vêtue sa hrogne.)

Desur sun piz, entre les dous furcheleSy

Cruisiées ad ses blanches mains, les bêles. (Bol., 224S.)

(Sur sa poitrine, entre les deux épaules,

Croisées a ses blanches mains, ses belles mains.

Cependant, dès l'origine, se révèle une tendance à ne plus considérer le participe passé que comme un élément d'une forme complexe mais unique d'un prétérit composé, à voir dans : fai connu, une forme correspondante à : cognitum habeo, équivalent de cognovi. Cette tendance entraînait la neutralisation du participe, autrement dit la suppression de l'accord.

Elle commença naturellement à se marquer dans des phrases oii le participe se présentait isolé du régime et rapproché du verbe. Ainsi on trouve déjà dans Roland (v. 2148) :

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