FORMES DES ADVERBES
2° D'autres sont des adverbes formés de plusieurs particules latines. Ex. : déjà (ie des et ja), jamais (de ja et mais proprement : jamais plus).
3° D'autres enfin ont été formés par dérivation. Au féminin des adjectifs on a ajouté le suffixe ment. (Voir au g 113.)
4° Il y a aussi en français un grand nombre d'adverbes ou de locutions adverbiales formées par juxtaposition. Ex. : à présent, aujourd'hui. Elles sont faites d'un adjectif et d'un substantif. Ex. : toujours, autrefois ; d'un verbe et d'un autre mot : substantif, verbe ou adverbe ; ce sont alors de véritables phrases, ainsi : pieça, qui a vécu jusqu'au XVIII® siècle (proprement : il y apièce^ il y a un moment^ il y a longtemps) ; naguère (proprement : il n'y a guère, iln'yapas longtemps); peut-être (proprement : cela peut être, il peut se faire) .
4lf'ï, Le « adverbial. — Nous verrons tout à l'heure, en passant en revue les principaux adverbes, que beaucoup d'entre eux ont subi des changements dans leur forme comme dans leur sens.
Mais un changement général s'est produit depuis Tancienne langue dans leur désinence. Ils ont perdu un s qui était autrefois la marque caractéristique de la plupart d'entre eux : ce s était comme une sorte de flexion de cette partie du discours. On le trouvait en effet dans une foule d'adverbes, ainsi dans : mais (de malum), sempres, de semper, oncques (de unquam), Ex. :
El destre hraz li morst uns urs si mais. (RoL, 727.) {Au bras droit un ours le mordit si cruellement.)
Sempres ferrai de Durendal granz colps, (RoL, 1055.)
D'où venait ce s ? C'est un problème qui n'est pas encore complètement résolu. On a dit qu'il était étymologique dans
quelques adverbes comme volontiers qui viendrait de voluntarios. Cette explication n'est pas absolument satisfaisante ; en tous cas le s s'était introduit par analogie dans un grand nombre d'adverbes où l'étymologie ne justifiait pa's sa présence. Il y est tombé la plupart du temps.
4*8. Adverbes de lîcu*. — On sait qu'en latin l'adverbe de lieu employé diffère suivant qu'il s'agit d'un lieu où l'on est, d'un lieu où l'on va, d'un lieu d'où l'on vient, d'un lieu par où l'on va. Il y a, comme on dit, quatre questions de lieu. Le français n'en connaît plus que trois. Que le verbe marque ou non mouvement, qu'il s'agisse du lieu où l'on est ou bien du lieu où l'on va, l'adverbe est le même. Ex. : sedeo hic : je suis assis ici ; veni hue ; je suis venu ici. A la question unde l'adverbe français se fait précéder de la proposition de, et à la question quâ de la préposition par. Ex. : Vendroit d'où je viens, Vendroit par où je passe. Mais en somme il n'a qu'une forme pour quatre que présente le latin.
Ici (lat. ecce hic) désigne le lieu où l'on est. Il est aussi ancien que la langue. Ex. :
E! reiSf amis, que vus ici nen estes! (RoL, 1697.) (Eh 1 roi, ami, que n'êtes-vous ici !)
Ici présente une forme abrégée ci qui est à la forme complète ce que celle est à icelle. Ci était fort usité autrefois. On le trouve encore dans la formule mortuaire : Ci-gît; et surtout dans une foule de composés : voici, celui-ci, de-ci de4à, par-ci par-là, ci-contre, ci-dessous, ci-devant. Mais partout ci accompagne un autre mot, sauf dans la comptabilité commerciale. Ex. : dix mètres d'étoffe^ ci : 50 fr.
1 . Nous continuons à classer les adverbes suivant l'ancienne méthode en adverbes de lieu, de temps, etc., tout en faisant remarquer qu'un grand nombre d'entre eux, ayant plusieurs significations, appartiennent à la fois à plusieurs catégories.
Çà est analogue à ci. C'est la forme abrégée de ecce hac. Ce mot signifiait étymologiquement : par ici; enclitique, il se joint à un autre mot, ex. : Tere majur mult est loinzça. devant, (Roi,, 1784.)
Çà s'est conservé dans quelques locutions : viens çà, çà et là, dans le composé deçà et dans quelques interjections : or çà \ah çkl
Çà combiné avec enz (de intus, dedans) avait formé le composé céans, qui signifiait : ici dedans. Très commun autrefois, céans se rencontre encore au xvii® siècle et même de nos jours. Ex. :
Je n'aime point céans tous vos gens à latin,
(Mol., F, sav,, II, 7.) Mes jeunes cavaliers, que faites-vous céans?
(V. Hugo, Hernani, I, 3.) Dans le langage usuel ce mot est tombé en désuétude.
Là (lat. illac) se rencontre dès les premiers textes. Il marque un lieu oii l'on n'est pas et s'oppose à ici. Toujours vivant, cet adverbe non seulement s'emploie seul, mais entre dans la composition de beaucoup d'autres mots.
Il avait en particulier donné naissance à un adverbe léans qui s'opposait à céans et signifiait : là-dedans, Ex. : Il estoit de sa propre maison, et avoit esté nourry léans. Comm., V, 16.) On le trouve encore dans La Fontaina (Mandrag.) :
Vépouse de léans, A dire vrai, recevoit bien les gens,
Illuec, iloec, ilec (lat. illo loco) s'employait autrefois en concurrence avec là et dans le même sens. Ex. :
Mais li quens Guenes iloec ne volsist (voudrait) estre,
(Roi,, 332.)
Illecques l'Abbes Adans de Saint-Urbain donna grant foison de biaus juiaus à moy et à neuf chevaliers que j'avoie, (Joinv., XXVII.)
La langue possède en outre une foule d'adverbes de lieu pour indiquer qu'une chose est dans le lieu, ou aux environs ou ailleurs, c'est-à-dire par-dessus, par-derrière, par-devant, etc.
Citons-en quelques-uns qui appartenaient à l'ancienne langue et ont disparu :
Enz (lat. intus) signifiait : dedans. Ex. : Les dis messages ad fait enz hosteler. (Roi., 160) (Les dix messagers il a fait héberger dedans, à Vintérieur.)
Enz en un broitl par sum les puis remestrent. (Ib., 714.) (Dans un bois à Vintérieur au sommet des montagnes ils s'arrêtèrent.)
Ce mot dont nous avons déjà vu les composés céans et léatis a disparu, après avoir formé la préposition dans et l'adverbe dedans qui sont restés.
Sus (lat. susum) signifiait : dessus. Ex. :
Sunt muntet sus ef palais altisme. {RoL, 2708.) (Sont montés dessus en le palais très haut.)
Sus est resté dans l'expression courir sus et dans les composés dessus, par-dessus.
Jus (lat. jusum) signifiait : en bas, à terre. Ex. :
Jus à ses piez. {Roi., 2291.)
Contremont, contreval avaient le sens d'amont et aval. Ils étaient du reste formés comme eux d'une préposition (contre) et des substantifs mont et val (vallée). Ex. :
Ambes ses mains en levât cuntremunt. {Roi., 419.) (Ses deux mains il en leva en Vair.)
De sa barbe H pendent contreval ti flocon. {Gui de Bourgogne, 2944.)
Contreval et contremont ont cédé à amont et aval; mais ces deux derniers adverbes eux-mêmes sont aujourd'hui d'un emploi assez rare.
Riere (lat. rétro) signifiait : en arrière. Il n'a survécu que dans ses composés derrière et arrière, déjà fort anciens. Ex. :
Einsi reviendrent arriéres en Vost et ala chascuns à sa héberge (Villeh., LXVIII. L.) (Ainsi ils revinrent en arrière h l'armée et chacun alla à son logis.)
Remarque. — Nous avons rangé à part les adverbes
pronoms dont nous avons déjà eu à parler : dont, en, où, y. En et y appartiennent à la même catégorie. Le premier vient de inde et signifie de /à, le second vient de ihi qui a cessé de marquer un mouvement et d'une façon générale signifie là. Ces deux adverbes ont ceci de commun qu'ils ne s'emploient pas en parlant d'un lieu quelconque; ce ne sont pas de simples synonymes des adverbes là et delà. Pour employer en et y, il faut que le lieu auquel on pense soit déjà déterminé, connu par avance. Sauf dans des expressions toutes faites (s'en aller) on ne peut pas dire /en viens, j'y vais en parlant d'un lieu quelconque, il faut que le lieu ait été antérieurement désigné. Alors, au lieu de le nommer à nouveau, on le rappelle par en ou y, suivant la question de lieu. Ex. : 8erez-vous à Paris? J'y serai, Irez-vous à Paris? J'en viens.
En réalité les mots en et y sont donc des adverbes suppléants, comme les pronoms sont des substantifs suppléants. Ils servent à remplacer d'autres adverbes de lieu ou des expressions locales quelconques. Cette analogie explique comment ces adverbes ont pu si facilement devenir pronoms.
On peut en dire à peu près autant des adverbes dont et où, avec cette observation particulière que dont ne peut s'employer que dans les phrases relatives, où dans les relatives et les interrogatives. (Voir g 285.)
499. Adverbes de temps. — Us peuvent se Subdiviser en cinq catégories.
1" Adverbes qui indiquent le présent.
Or, ores, ors (du latin hora -f- le s adverbial), aujourd'hui conjonction, était originairement un adverbe qui signifiait : à présent. Ex. ;
Or diet, nus Uorrum. {Roi., 424.) (Qu'il parle maintenant, nous l'écouterons.)
Or a formé les composés lors, alors, encore^ désormais^ dorénavant, mais il n'a pas survécu.
Maintenant est proprement le participe présent du verbe maintenir; il signifiait originairement : pendant qu'on tient la main, incontinent, sur-le-champ. Ex. :
Se nos alons en Surie, yvers en verra maintenant que nousyvenrons. (Villeh., LXXXIX, L.) Traduisez : l'hiver y viendra aussitôt que nous y viendrons.
Mais on le trouve dès le xiv« siècle avec le sens actuel.
A présent est une locution adverbiale de même sens que maintenant. Elle a été au xvii'* siècle l'objet de la répro* bation des grammairiens. Suivant Vaugelas, les courtisans qui l'avaient rencontrée dans un livre d'ailleurs très élégant, en quittaient la lecture : « On dit à cette heure, maintenant, présentement, et non pas à présent , qui n'est pas une façon de parler de la cour. » L'expression a pourtant survécu et elle est utile quand il s'agit de désigner un temps présent par rapport à un autre temps plus ou moins éloigné. Ex. :
Je vous hlâmots tantôt, je vous plains à présent.
(Gorn., Cid, I, :!.)
Aux adverbes énumérés plus haut il faut en ajouter un certain nombre d'autres, aujourd'hui disparus, et qui avaient un sens analogue, savoir : ades, aparmesmes, aparmain, errant, errantementj itant, aitant.
Ele n'apaisa mie, ainz crut ades et esforça. (Villeh., 226. G.) (Elle (la guerre) ne s'apaisa pas, mais s'accrut et se renforça aussitôt).
Dist H mesages : Aparmain le sarez. {Les Loherains, f» 24«. G.) (Dit le messager, aussitôt vous le saurez).
Errant prendenttes crois \n^i ont plus demoré. {Chans. d^Antioche, II, 49. G.)
Mais itant me faites doner Pain et vin. {Perceval, p. 7*. G.)
2° Adverbes qui marquent la simultanéité par rapport
à un temps quelconque j' passé ou futur, d'une action dont
on parle.
L'adverbe le plus usité en ce sens dans l'ancienne languo était dune, donc. Dune représente probablement le latin donique. Ex. :
Quant ço veit Guenes qu'ore s'en rit Rollanz , Dune ad tel doel, pur poi d'ire ne fent. (RoL,S2k,) (Quand Ganelon voit que Roland rit de lui, alors il éprouve un tel chagrin que de colère son cœur est près d'éclater.)
Donc est devenu conjonction. Il avait une autre forme idunc et un composé a idunc qui ont disparu. Ex. :
Sainz Innocenzert idonc apostolies. (Alexis, str. LXI.) (Saint Innocent était alors apôtre.)
On employait aussi dans un sens analogue : endementiers^ endementièreSy endementres, endementrues, qui signifiaient : sur ces entrefaites, pendant ce temps-là^ alors, Ex. ;
Endementrues i eut mainte j ouste, (Froiss., H, 326. Gr.)
Endementiers, dit Pasquier, avoit eu vogue jusqu'au temps de Jean le Maire des Belges (commencement du xvi^ siècle), il disparut à ce moment au profit des composés de l'averbe or, ores, lors, alors. On voit comment ces mots sont formés. Lors n'est que l'ancien adverbe ors qui a aggloméré l'article, aloi^s est le même mot précédé de la préposition à. Lors se rencontre encore fréquemment au xv!!** siècle. Ex. :
Elle vous traita lors en rivale odieuse.
(Gorn,, Rodog.^ 1,5.)
On le retrouve dans : pour lors, dès lors, lors de,lors
que, et dans alors qui a hérité des fonctions des adverbes qui précèdent.
3° Adverbes qui indiquent une portion déterminée du temps. L'ancienne langue avait un nombre assez considéraJDle d'averbes de ce genre qui signifiaient : cette année, ce jour, cette nuit, etc.
Uan, Oan, ouan (lat. hoc anno) voulait dire : cette année, et par extension maintenant, Ex. :
Vus n'irez pas uan de mei si luign, {Rol.^ 250.^ (Vous n'irez pas maintenant si loin de moi.)
Hoi, hui (lat. hodie) signifiait : aujourd'hui. Ex. :
Feluns Franceis, hoi justerez as noz. (RoLj 1191.) (Félons Français, aujourd'hui vous vous mesurerez avec nous.)
On trouve enorce ce mot dans la Fontaine, mais il n'a survécu que dans la locution judiciaire ce jour d'hui, et dans le composé au jour d'hui proprement : au jour d'aujourd'hui, qui a supplanté le simple.
Hui avait dans l'ancienne langue un autre composé : enqoi, encoi^ enqui, dont le sens était: maintenant. Ex. :
Lncoi avtmm un eschec bel e gent. [RoL, 1167.) [Aujourd'hui nous aurons un beau et gentil butin.)
Anoit, enoit, anquenuit, enquenuit signifiaient : cette
nuit. Ex. :
Enoit m'avint, par Vavisiun d'un angle, [RoLy 836.) (Cette nuit il m'advint, par la vision d'un ange.) Quant li rois vous devra enquennuit compagnier
(accompagner). (Berte, 317. G.)
Main (lat. mane) signifiait : le matin. Ex, :
Par main en l'albe,si cum li jurz esclairet. [Roi., 667.)
[Le matin à l'aube, sitôt que le jour point.)
Main a subsisté dans le composé demain dont le sens primitif est : au matin (prochain) et dans les surcomposés rendemain, lendemain, après-demain^ etc.
Le seul adverbe qui ait survécu parmi tous ceux de cette catégorie est le composé nncore, encore (lat. hinc ad horam) . Toutefois il a changé de sens, et cela très anciennement. En effet on le trouve déjà avec sa signification actuelle dans la Chanson de Roland (156) :
Uncore purrat guarir, ce qui signifie : il pourra encore se sauver.
La langue, comme on voit, s'est considérablement appauvrie; à la place de tous ces adverbes, aujourd'hui inusités, elle emploie des locutions adverbiales formées d'un nom : cette année, en ce jour^ cette nuit,
4« Adverbes qui m^arquent V antériorité ou la postériorité.
Hier (lat. heri) date des origines mêmes de la langue, où on le rencontre sous des formes diverses : er, ier^ her. Il avait autrefois, outre- le sens qu'il a aujourd'hui, une signification un peu plus étendue et voulait dire : un jour passée autrefois.
Combiné avec le pronon autre, il avait donné naissance à un composé altrier, autrier, qui fut en usage jusqu'au xvi^ siècle et qui voulait dire : Vautre jour. Ex. :
L'autrier avint (advint) en cel autre pais Cuns chevaliers ot (eut) une dame amee, (Quenes deBéthune, Bartsch, i?om. etpastour., I, 62.)
Piéçà, dont nous avons déjà vu l'étymologie, a vécu jusqu'au xvii^ siècle avec le sens de : ily a longtemps. Ex. :
Ingrat ne suis; son nom seroit piéçà Delà le ciel, si Von m'en vouloit croire.
(La F., Dizain pour madame de Sévigné.)
Einz, Ainz (lat. ante-+- le s adverbial) voulait dire auparavant. Ex. :
Une einz ne pois ne fut si forz e fiere. {RoL^ 3394.) (Jamais auparavant ni depuis il n'y en eut de si forte et de si fière.)
Einçois, ainçois (lat. *antius) se rattachait à la même racine et avait le même sens. Ex. :
Enceis ne Vvity si Vconut veirement. {RoL, 1596.) (Jamais auparavant il ne l'avait vu (Roland), pourtant il le reconnut sûrement.)
Ces deux adverbes ont été remplacés par avant et son composé auparavant.
Avant est très vieux dans la langue, mais, sauf dans la locution : en avant (désormais), il s'employait le plus souvent comme adverbe de lieu. Ex. : Guenes, venez avant {RoL, 280), ce qui veut dire : Ganelon, avancez-vous. Toutefois le sens actuel est également très ancien.
Les composés devant, en devant j çà devant ont été longtemps fort en usage. Ex. : avaient pris Carcassonne et pluiseurs villes en devant. (Froiss., IV, 168.)
Jà (lat. jam) a vécu jusqu'au xvii^ siècle. On le rencontre encore dans La Fontaine [Contes, « A femme avare galant escroc ») ;
Je rai jà dit : rien n'y font les soupirs.
Aujourd'hui il est tombé en désuétude. Il a toutefois laissé des composés ; déjà qui est synonyme du simple, jadis et jamais.
Jadis est composé de jà et de dis qui représente le latin '//es (jour); il peut venir aussi directement de yamo?m (depuis longtemps); les final serait alors le s adverbial, On
TencontvG jadis dès le xiii" siècle avec son sens actuel d'awtrefois. Ex. ;
A enherber (empoisonner) m'apprist jadis une Juise.
(Berte, LXXVI, L.)
Jamais est formé de jà et de mais et signifie proprement jamais plus, Ex. :
Dieux moTUt une fois^ mes jà mes ne morra.
(Jean de Meung, Test., 159. L.)
Naguère, qui remonte au moyen âge, avait été condamné par certains grammairiens du xvii^ siècle. Leur décision n'a point été sanctionnée par Fusage, et le mot a subsisté; il appartient même à la langue de la poésie et au style relevé.
Puis [ht.*postius) se rencontre dans les plus vieux textes avec sa valeur actuelle. Ex. :
Pois est muntez, eniret en sun veiage. [Roi. y 660.) [Puis il est monté (à cheval), entre en son voyage.)
Test, tôt (lat. tostumy brûlé, par allusion à la vitesse de la flamme?) est proprement un adverbe de manière qui signifie : rapidement. Mais son composé bientôt veut dire aussi Lien dans peu de temps que en peu de temps, il peut Jonc être compté parmi les adverbes de temps.
A tous ces adverbes il faut ajouter onques, onc (lat. unquam + s), qui pendant tout le moyen âge et le xvi« siècle a joué le rôle que joue aujourd'hui jamais. On le rencontre encore au xvii® siècle dans La Fontaine et jusque dans Saint- Simon. Ex. :
Et onques depuis il n^y eut plus là-dessus la plus légère difficulté, (I, 29. L.)
Quelques auteurs de notre siècle l'ont repris, mais par une affectation d'archaïsme. C'est un mot définitivement éteint, et qui n'a rien laissé.
480. Adverbes de quantité. — On pourrait classer les adverbes de quantité en deux catégories. En effet, les uns marquent la quantité d'une manière absolue, Ex. : assez, guère j peu; les autres, au contraire, marquent la quantité d'une manière relative : ils l'expriment non pas en soi, mais en la comparant à une autre quantité à laquelle la première est égale, inférieure ou supérieure. De ce nombre sont : plus, moins, autant. Quand on dit : La France a autant de ressources que r Allemagne, on n'évalue point directement combien elle a de ressources : autant ne marque la quantité que par comparaison.
Assez, asez (lat. adsatis) avait autrefois très souvent le sens de beaucoup: Ex. :
Asez i moerent (meurent) e des uns e des altres.
(RoL, 3477.) E furent si granz gens (si grandes masses) que il estoient diSSQZ plus que cil qui estoient devant Constantinoble. (Villeh., 229. G.)
Guères, guaires, guère (d'un mot germanique weiger) avait également le sens de beaucoup, qu'il a conservé pendant le moyen âge. Ex. :
(Ours) Qui mangée Vauront ains que soit guère tart,
{Berte, XXII, L.) SHl eust guerres vesqu (vécu), il eust conquis taule Italie. [Chr. de St-Denis, 11^ 145, Lac. de Ste-Palaye.)
Puis il est arrivé pour ce mot ce qui est arrivé pour des pronoms dont nous avons eu l'occasion de parler : personne, aucun, et d'autres. Joint très souvent à la négation,
guère a formé avec elle une locution ne guère qui a la valeur de peu. Quand ne est sous-entendu par une ellipse familière, guère n'en conserve pas moins le même sens. Ex. : La ville avait cinq lieues de tour ou guère moins. Donnez-moi du vin, mais guère.
Mais (lat. magis), qui n'est plus aujourd'hui qu'une conjonction, a été longtemps, comme en latin, un adverbe signifiant p/ws. Ex. :
De Sun tens n'i ad mais. [Rol.^ 3840.) iV'en parlez mais» sejo ne l'vus cumant (commande).
Ce sens s'est conservé dans le composé désormais (dès aujourd'hui plus) et dans la locution n'en pouvoir mais (n'en pouvoir plus, n'y pouvoir rien). Ex. :
Faut-il de vos chagrins sans cesse à moi vous prendre. Et puis- je mais des soins quon ne va pas vous
[rendre?
(Mol., Mis., m,' 5.)
Mais a été remplacé par plu^s qui, dès le latin populaire, se substituait à magis, par exemple dans l'expression du comparatif.
Moult (lat. multimi) était, en même temps qu'un adjectif indéfini, un adverbe très usité, aujourd'hui tombé en désuétude, sauf dans certaines provinces où il s'est maintenu sous l'influence des patois. On le trouve pendant tout le moyen âge. Ex :
Jo vus avm mult, Sire, dist aie a l'cunte.
(Roi., 635.)
La Bruyère avait raison quand il disait : « Moult, quoique latin, était dans son temps d'un môme mérite (que
maint), et je ne vois pas par où beaucoup VemipoTte sur lui. » (XIV.) Il n'en est pas moins vrai que le mot a disparu, avec d'autres qu'on a regrettés sans pouvoir les faire rentrer dans l'usage.
C'est beaucoup qui a prévalu. Beaucoup est proprement un nom de nombre indéfini. On voit comment il s'est formé par agglomération de l'adjectif ôeaw et du substantif coup. L'ancienne langue disait volontiers grand coup au sens de une grande quantité. Ex. : dont (par suite de quoi) H roys ot... grant coup de la terre le conte. (Joinv., XXIII.) Néanmoins beaucoup se rencontre dès le xiv^ siècle. Il est fréquent au xv^. Ex. :
Depuis quatre ans en avons veu beaucoup.
(Gomm., VII, 12.)
Par (iaX.per). L'ancienne langue avait fait de cette préposition un adverbe qui signifiait beaucoup, tout à fait, ce qui s'explique facilement si l'on songe au sens que per avait déjà en latin dans des composés comme -germagnus (très grand). (Voir au g 132.)
Par accompagnait généralement les verbes avoir et être, et il était ordinairement précédé de mult ou de tant, qu'il renforçait. Ex. : mult par out fier le vis (mot à mot : il eut moult très fier le visage). (Roi., 142.)
Mult par est grant la feste (Ib., 3745) (la fête est moult très grande). Cf. en fr. mod.: c'est par trop fort.
Par est donc, à proprement parler, plutôt une particule superlative qu'un véritable adverbe, car jamais on n*a dit : fen ai par.
Sous ce rapport on peut le rapprocher de très (lat. trans), Trans était en latin une préposition comme per et signifiait : au travers, et par suite : de part en part, tout à fait. (Voir au g 132). En ancien français, il s'employait soit de-
vant un adverbe, soit devant un adjectif, pour donner au mot qui suivait la valeur d'un superlatif. Ex. :
Ferez (frappez), paien, kar très bien les veintrum (nous les vaincrons) . ' (i^o/., 1535.)
Et sachiés que ce fu uns très biaus fais d'armes. ' (Jomv., XLVII.)
Cet usage s'est conservé ; très sert toujours à former les superlatifs, mais il n'est pas un véritable adverbe : on peut le considérer comme une particule séparable.
Poi, pou, peu (lat. paucum) n'a pas changé de sens depuis les origines de la langue. Ex. :
De noz Franceis m'i semblet aveir rault poi.
[RoL, 1050.)
Peu avait autrefois un certain nombre de synonymes : uniques, petit.
Auques, que nous avons déjà vu comme indéfini, s'employait surtout auprès d'un adjectif ou d'un adverbe. Ex. :
Li poil aveit auqs rouSy le vis apert e cler.
(Wace, i^ow, 2510, Gr.) (La barbe il avait un peu rousse, le visage ouvert et clair.)
Le diminutif auqiietes se rencontre également, mais il a disparu depuis longtemps avec le simple.
Un petit a vécu beaucoup plus tard, car on le rencontre encore souvent au xvii® siècle. Ex. :
Je commence^ à mon tour, à le croire un petit.
(Mol, Amph., 1,2.)
Aujourd'hui l'expression est tombée en désuétude; toutefois dans la langue familière elle s'est combinée avec l'adverbe peu pour donner une locution très usuelle : un petit peu, qui n'est pas encore reçue.
552 FORMES ET STOTAXE.
Trop se rapporte suivant quelques étymologistes au baslatin troppum (troupeau) ; ce serait donc un nom collectii pris dans le sens d'un nom de nombre indéfini. En effet, dans l'ancienne langue il signifia : une grande quantité, beaucoup. Ex. :
Li roys Richars,.. fist tant de granz faiz, que H Sarrazin le doutaient (redoutaient) trop.
(Joinv., XVII.)
Toutefois le mot trop se rencontre aussi dès les premiers textes avec sa signification actuelle. Ex. :
Caries respunt : Trop avez tendre cuer, (Rot., 298.)
C'est ce dernier sens qui a fini par l'emporter. Mais il n'est pas rare de trouver des exemples au milieu du XVI® siècle où l'ancien est conservé ;
Fascheuse de nature est toute adversité. Mais trop plus dangereuse est la félicité,
(Du Bellay, Œuv, ch., 141.)
Tant (lat. tantu/m) s'emploie devant les adverbes et les adjectifs avec le sens de tellement j si. Ex. :
Geste dulur ne démenez tant /bW. (Roi., 2946.)
En même temps le mot a conservé le sens qu'il avait en latin et il sert d'adverbe de comparaison. Ex. :
Il (l'ennemi, le diable) setravailleiSLUicommeilpuet.
(Joinv., VIII.) Sire..., m'ennuie tant comme il me puet ennuier.
(Id., IX.)
Gomme on a pu le remarquer dans ces exemples, tant en ce sens n'est plus suivi de quant comme en latin, mais de comme (quomodo). Les adverbes qui marquaient l'éga-
lité, la ressemblance : si, autant, etc., se construisaient généralement de même, et cet usage s'est conservé jusqu'aux origines de la langue moderne. On trouve encore dans Gommynes (III, 5) :
// ne se souciait point tant de la descente dudict conte de WarviCy comme faisoit le duc de Bourgongne.
Comparez Desportes (Angélique) :
Le messager y surpris d'une telle merveille,
Le suit tant comme il peut de Vœil et de l'oreille.
Malherbe, qui blâme cette façon d'écrire, en use pareillement en plusieurs endroits de ses œuvres. Ex. :
Les vents en l'Océan tant de vagues n' irritent ^ Comme j'ai de pensers. (I, 159, 19 et 20, var,) Il y a autant de gloire à celui qui reçoit un bienfait de le publier comme à celui qui le donne de n'en faire connaître que ce que celui qui l'a pris veut quon en sa'che. (II, 37.)
On trouve encore de semblables exemples en grand nombre dans nos classiques. Ex. :
Toi qui Vas honoré sur cette infamie rive. D'une flamme pieuse autant comme chétive.
(Gorn., Pomp., V, 1.) Il y a autant de divers deux comme il y a d'étoiles.
(Descartes, Monde, 8, L.) Ainsi comme nous en voyons passer d' autres devant nous, d'autres nous verront passer, qui doivent à leurs successeurs le même spectacle. (Boss., Serm. sur la mort.)
Mais, dans la langue moderne, que a complètemer-î
supplanté comme ; on a considéré que l'adverbe suffisait à marquer la comparaison sans qu'il fût besoin de la répéter en employant la conjonction comme. D'autre part, le développement général de la conjonction que n'a pas été sans influence sur ce cbangement.
Tant avait formé plusieurs composés, en particulier altre^ tant, autr étant (alterum, tantum) et autant (aliud tantum). Le premier était très commun dans les auteurs du moyen âge, il était à peu près synonyme du simple. Ex. : pour ce que chascuns aime autretant sa vie comme je faiz la moie. (Joinv.,II.)
Autant seul a survécu; entré en concurrence avec le simple tant, il l'a remplacé dans un certain nombre de tournures, ainsi on dira : djnnez-m'en autant et non donnezm'en tant.
Mais en revancbe autant a cédé à aussi (adverbe que nous retrouverons plus loin) chaque fois que le mot qui cuit est un adjectif. On disait très bien dans le moyen français :
Autant reformé à Sparte comme voluptueux en lonie. ^Mont., I, 185, L.)
Au XVII", au xviii^ siècle même, autant se trouve encore ainsi employé. Ex. :
Passons chez Octavie, et donnons-lui le reste D'un jour autant heureux que je Vai cru funeste.
(Rac, Brit., V, 3.) Un raffinement d'intempérance autant indigne de
mes éloges qu'une artificieuse simplicité. (J.-J. Rousseau,
Disc. c. les sciences, L.)
Cette façon de parler a vieilli ; cependant, quand l'adjectif précède l'adverbe au lieu de le suivre, autant s'emploie çncore très bien. Ex. :
Esope conte qu'un manant Charitable autant que peu sage.
/La Font., Fa6., VI, 13.)
Il nous resterait à noter un assez grand nombre d'adverbes commep/wSj moinSj etc., dont l'histoire ne présente aucune particularité.
,48t. Adverbes de manière. — Les adverbes de manière sont en nombre indéfini comme les manières d'être de la matière et de la pensée. A chaque adjectif correspond un adverbe qui peut être formé, s'il n'existe pas, au moyen du suffixe onent dont nous avons parlé. Citons seulement quelques-uns de ces adverbes qui méritent une mention particulière.
Si (lat. sic) signifiait : ainsi, comme son étymologie l'indique. Il a eu longtemps ce sens. Ex. :
Et il si firent. [Roi., 2155.) (Et ils firent ainsi.) Et il rist moût clernnent, et me dist que je les alasse guerre; et si fis-je. (Joinv., GX.)
Dans un sens très voisin, et que sic avait déjà en latm, $i voulait dire : à tel point, tellement. Ex. :
Après li dit : Culverz, cum fus si os Queme saisis? [Rot., 2292.) (Après il lui dit : Misérable, comment fus-tu assez osé pour m'empoigner?)
Par un développement tout naturel de cette signification, si en était arrivé à vouloir dire : à un très haut degré, extrêmement, beaucoup. Il était ainsi synonyme de très et de par. Ex. :
li se deffendoient des Turs si viguerousement» (Joinv.,
XL VI), c'est-à-dire : Ils se défendaient contre les Turcs très vigoureusement.
Le mot n'a pas conservé cette dernière valeur ; Le sens de à tel point, au contraire, lui est resté. Ex. :
// ne faut pas toujours être si délicat.
(LaFont.., Fa6., VIII, 17.) Ces conjectures ne sont pas si conjectures que tu penses. (J.nJ. Rousseau, HéL, V, 13, L.)
Nous retrouverons si comme conjonction; il a également, comme on vient de le voir, subsisté comme adverbe, mais en outre il a donné naissance à deux composés très usités : ainsi et aussi. Ainsi (anc. fr. ainsinc, issi)y d'après Littré, viendrait de in sic, d'après Diez, de aeque sic. Cette étymologie est encore discutée. Quant à aussi (anc. fr. alsi), il vient incontestablement de aliud sic, il est formé comme autant. Il avait dans l'ancienne langue comme concurrent une forme altresi formée de alterum sic comme altr étant était formé d'alterum tantum.
Altresi est commun dans les anciens textes. Ex. :
Li amiralz recleimet Apollin , •
E Tervagan e Mahum altresi [Roi., 3490.)
(L'Émir invoque Apollon et Tervagan et Mahomet aussi,) Desur lur brunies lur barbes unt getées Altresi blanches cume neif sur gelée. (Ib., 3318.)
(Sur leurs brognes ils ont jeté leurs barbes aicssi blanches que la neige sur la gelée.)
Ainsi est pynonyme du précédent. Ex. .
Se nous le faisons ainsinc, Nostre Sires nous donra plus de bien en cest siècle et en Vautre que nous ne sauriens devisier. (Joinv., VII.)
On sait que ce mot a gardé le même sens et qu'il a supplanté si dans plusieurs de ses emplois. On ne dirait plus : je fais si, mais : je fais ainsi. Au contraire aussi est devenu un adverbe de quantité qui signifie : également. Autrefois, soit sous la forme alsi, soit sous la forme alsinent, il signifiait : de la même façon, combine. Ex. :
Et s'ausi est (s'il en est ainsi) que pour lui (elle)
[mourir doie (doive), Ce est la mort dont mieux mourir devroie.
(Coud, p. 126, L.) Je le croy... aussi comme sainte Es§lise le nous en-seigne, (Joinv., X.)
Mais le sens actuellement conservé est également fort ancien. Ex. :
Le roy Flore son père regrete moût aussi.
[Berte, LIX, L.)
C'est celui-ci qui a fini par l'emporter au xvii^ siècle, et aussi est devenu un véritable adverbe de quantité. Toutefois, dans bien des cas, on peut encore le traduire par de même. Ex. :
Celui qui met un frein à la fureur des flots Sait aussi des méchants arrêter les complots.
(Rac, Ath., I, 1.)
Comme (lat. quomodo) est l'adverbe essentiel de comparaison en ce qui concerne la manière d'être; 1° il signifie, comme son étymologie l'indique, de la même façon que, de même que, ainsi que. Ex. :
Mais un monarque enfin comme un autre homme (Corn., Nicom.y IV, 3.) [expire.
De là une foule de sens dérivés ; comme veut dire : fresque^ environ, à peu près. Ex. :
Le ciel en sa faveur produit comme un miracle. (Mol., VÈtourdi, V, 14.) îl osta sa barrette, et s agenouilla, comme à demy pied de terre (à environmi demi-pied déterre) (Gomm., IV, 10.)
2*^ Comme avait en outre, dans l'ancienne langue, le sens de : c'est-à-dire, Ex. : estoit là avec... plusieurs de ses enfans, comme trois filles et ung filz. (Gomm., I, 2.) G'est de là sans doute qu'est venu le sens voisin de en tant que, en qualité de, que comme a depuis longtemps et qu'il a toujours conservé. Ex. :
A jjuoy ledict conte de Charolois... voulut respondre^ conme fort passionné de ceste injure. (Gomm., 1, 1.)
Comme sage, J'ai pesé mûrement toutes choses .
(Mol., Tart., II, 2.)
30 Comme signifie de quelle manière, à quel pomty combien. Ex. :
Je sais trop comme agit la vertu véritable.
(Gorn., Hor,, IV, 1.) Vous ne sauriez croire comme elle est affolée de ce Léandre. (Mol., Médecin malgré lui, III, 7.)
L'emploi de commue en ce sens était autrefois très libre. Il entrait dans les interrogations directes ou indirectes, mais aujourd'hui on le remplace généralement par comment. On ne dirait plus avec Molière : Qui sait comme en ses mains ce portrait est venu? (Sgan., 6.) Il faudrait dire : comment en ses mains ce portrait est venu.
En revanche le composé comfaitement a entièrement
ADVERBES D'AFFIRMATION ET DE DOUTE. î/o )
disparu. On le trouve assez souvent dans les vieux textes avec le sens de comment. Ex. :
Cumfaitement li manderum nuveles. {Bol., 1699.)
482. Degrés des adverbes. — Certains adverbes sont susceptibles d'un comparatif et d'un superlatif synthétiques comme des adjectifs. Ex. : mieiix^ pis.
Les autres en général font leur comparatif et leur superlatif avec pZws, très. Ex. : très bien, plus près ^ et tous les autres. Nous renvoyons au chapitre où nous avons traité de la formation du comparatif et du sunerlatif des adjectifs.
483. Adverbes d'afGrmation, de doute. — P En ancien français l'affirmation s'exprimait essentiellement par deux mots : Si et oïl.
Si n'est autre que l'adverbe de manière dont nous avons parlé plus haut et qui veut dire : ainsi. On sait que dans d'autres langues romanes, en italien par exemple, il est encore aujourd'hui le signe de l'affirmation. En français, nous ne l'employons que s'il s'agit de détruire par une affirmation une négation qui précède. Ex. : Tu n'y croiras pas. — Mais si. Oui dans une pareille phrase serait équivoque, il n'indiquerait pas si l'on y croira ou si l'on n'y croira pas.
Encore faut-il observer que si est banni en pareil cas de la conversation officielle. Il passe pour irrévérencieux, peut-être à cause même de sa signification nettement affirmative. On recourt alors à une périphrase plus vague, comme : Je vous demande bien pardon.
De si on a fait les locutions voisines : si fait, que si.
Oui (anciennement oïl, byl) est le signe général de l'affirmation. Il a servi, comme on sait, à caractériser autrefois la langue du nord de la France, que Dante a appelée langue à' oïl par opposition au provençal (langue d'oc) et à l'italien
5b0 FORMES ET SYNTAXE.
(langue de si). Oui, oïl est composé du pronom démonstratif o [ lat. hoc) et d'un autre pronom que nous avons vu également : il.
Originairement o, qui correspond à cesl cela, avait à lui seul le sens de oui. On trouve encore dans Raoul de Cambrai, 264 : ne dit ne o ne non.
Mais plus souvent, au lieu de construire ainsi o absolument, on le joignait aux^pronoms personnels. Mis au cassujet, le pronom personnel était alors sujet du verbe de la question, qu'on s'abstenait toutefois de répéter. Supposez le dialogue suivant : Viens-tu? ow^, je viens. Supprimez le verbe viens, vous avez l'ancienne construction : Viens-tu? 0 je. Vient-il? 0 il. On disait de même o nous, o vous. Exemple :
« Avés vos relenqui Mahomet, fille bêle?
Oie, che dist la da/me. (Aiol, 9680.) (Avez-vous renoncé à Mabomet, fille belle? Oui, je [l'ai fait], ce dit la dame.)
L'aveir Carlun est il appareilliet ?
E cil respunt : Oïl, Sire, asezbien. (Roi., 644.) (L'avoir de Charles est-il prêt, et l'autre répond : oui, il [l'est], Sire, très bien.)
Mais de très bonne heure le sentiment de cette construction se perd ; au lieu de changer de personne suivant que le verbe esta la 2^ ou 3« personnne, suivant qu'il est au pluriel ou au singulier, on se sert indistinctement de la forme oïl qui supplante toutes les autres. On dit oïl au lieu de oje, o nous. Ex. : Il me demanda se (si) je vouloie estre honorez en ce siècle... et je li diz : Oyl. (Joinv., III.)
Oyl à ce moment est réduit à un mot simple dissyllabique dont on ne devine plus la composition et qui apparaît comme le signe de l'affirmation pour tous les cas.
Il avait comme correspondant dans l'ancienne langue un
ADVERBES D'AFFIRMATION ET DE DOUTE. "^eA
mot formé comme lui : nen il, nennil, nenni. Nen était la négation non dont nous aurons à reparier, il était le pronom. Nenni a été en usage jusqu'au xvii^ siècle. Ex. :
Nenny desplait et cause grand soucy.
(Marot, Épig, de nenny.) Quoy donc? La vraye pénitence peut-elle consister sans foy? Nenni pas. (Galv., III, 3,5.)
Mais à partir de cette époque, nenm est abandonné aux patois, on ne le rencontre plus guère que dans Molière ou La Fontaine, quand ils affectent d'imiter le parler familier ou rustique. Nenni n'a point eu de retour de fortune, c'est aujourd'hui un mot de la langue provinciale et de la conversation intime, banni du style élevé.
L'ancienne langue avait d'autres expressions destinées à exprimer, à renforcer ou à préciser l'affirmation
Voir, voire (lat verum), qu'on trouve souvent écrit voirs ou voires et (^ui subsiste dans la langue moderne avec le sens de même, avait autrefois le sens qu'a aujourd'hui vrai. Ex. ;
Et comme les Normans sans luy respondre : voire.
(Régn., Sat.y III.)
Toutefois voir avait souvent un sens différent ; il restreignait une affirmation et équivalait à du moins.
Le dérivé voiremeni avait au contraire en général le sens de : en réalité.
Certes était très souvent remplacé autrefois par la locution plus complète à certes (sérieusement j certainement).
Peut-être avait dans l'ancienne langue un synonyme, c'était le mot espoir, première personne du singulier du verbe espérer, proprement : j'espère, j'attends; espoir avait pris le sens de probablement, peut-être, environ. Ex. •
Doutai (je craignis) que espoir c'estoit uns Assacis, uns mauvais hom. (Joinv., GXV.)
Une praierie espoir large de sis bonniers [environ ilO ares] (Froiss., YI, 199.)
De la négation.
484. iVégation simple. — La négation simple latine ^tait non. Cette particule s'est conservée en français sous >rois formes différentes : non, nen, ne.
I. Non se trouve dans le plus ancien français là où nous iiettrions aujourd'hui ne. Ex. :
Si... Karlus meos sendra nun los stanit. [Serm, de Strasb.) (Si Charles mon seigneur ne le tient pas.)
Nïule cose non lapouret omquepleier. (Sainte Eulalie, 9 .) (Aucune chose ne la pourrait jamais plier.)
Plus tard encore non se conserve dans un assez grand nombre de constructions. Ex. :
Nous amons miex avoirnostre abbaïe en voscre garde, que non à celi cui (de qui) H eritaiges [héritage] est.
(Joinv., CXXXVI.) On le rencontre surtout avec le verbe faire. Ex. :
Et il dirent que non feroient-il. (Joinv., VI.)
Et H roysrespondi: « Vraiement non fist.^^ (Id., CXV.)
On sait que non est toujours en usage. On l'emploie : P Pour nier un mot dans une proposition : Je veux de Vétoffe noire et non blanche. Je veux rêver et non pleurer. (Lam.) ; mais, dans la langue populaire, non est remplacé par joas dans ces antithèses : Je veux de la bière ei pas du vin.
2<* Non se met absolument. Ex. :
La voix qui dit : Malheur! la bouche qui dit : non I (V.Hugo, CM^, VII, 16.)
De la même façonnon remplace un adjectif, un substantif, un verhe, précédés de la négation et qu'on sous-entend, Ex. :
Sage ou non — Malice ou non.
8i de tous les hommes les uns mouroient, les autres non, ce seroit une désolante affliction que de mourir.
(La Bruy., XI.)
3'^ Non se rencontre aussi dans les locutions : non pas non que, non sansy non loin, non seulement, non plus, d'autres encore. Ex. :
IJon que je veuille à Rome imputer quelque crime,
(Gorn., Nicom.yY, 10.) Ayant déclaré non seulement hérétique, mais absurde le mouvement de la terre. (Volt., S. de Louis XIV, 31, L.)
k^ Enfin non entre comme particule composante dans un assez grand nombre de mots. (Voir page 175.)
II. Nen est une autre forme de non où Yo s'est affaibli en e. On trouve nen très fréquemment danj les textes du moyen âge. Ex. :
Plus est isnels que nen est uns falcun. (Roi., 1529.)
(Il est plus rapide que n'est un faucon.)
Li phisicien (médecins) me disoient que favoie une grosse teste... et que je nen avoie pooir (pouvoir) de enyvrer. (Joinv., III.)
Nen avait formé la négation nennil, nanil, nenni dont nous avons parlé plus haut. Mais simple et composé ont également disparu.