‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 273 sur 320 · SIGNIFICATION DES PRÉPOSITIONS · texte numérisé non relu

SIGNIFICATION DES PRÉPOSITIONS

Veu la deffetion de leur seigneur. (V, 1 1 .) Y assortit on toutes les meilleures pièces, excepté les bombardes et autres grosses pièces. (Id., I, 9.) J'ai, passé huit jours, oy dire Que je ne say quel grant seigneur. . .

(Arn. Greban, Myst. Passion, 4827.)

4« Il faut ajouter à cette liste les locutions prépositives formées d'adverbes, de locutions adverbiales, de substantifs ou d'adjectifs suivis des prépositions de, à, avec et précédés ou non d'une autre préposition. Ex. : hors de, loin de, rapport à, faute de, en face de, vis-à-vis de.,,

489. Sii unification des prépositions. — Les prépositions marquent, nous l'avons dit, les rapports adverbiaux : de lieu, de temps, de cause, de moyen, de manière. Il ne s'ensuit pas du tout qu'on puisse les classer suivant leur signification.

Car une préposition marque souvent non seulement un seul de ces rapports, mais plusieurs, et même tous ces rapports à la fois. On pourrait bien, en se reportant à leur origine, les diviser suivant leurs significations premières et fondamentales, mais l'ordre qu'on établirait ainsi serait constamment bouleversé.

On peut dire cependant d'une manière générale que les prépositions marquent d'abord essentiellement, — et ceci est surtout vrai des prépositions latines, — des rapports de lieu et par métaphore, de temps. L'emploi abstrait et figuré est le résultat d'un développement postérieur.

490. A. — A^ par son étymologie, remonte à la préposition latine ad. Mais, par ses emplois, elle correspond non seulement à ad, mais aussi à la préposition apud et même quelquefois à la préposition ab.

Nous examinerons séparément ces différents cas. P A correspond au latin ad.

Remarque. — Il ne faut pas entendre par là que dans tous les cas que nous allons exposer à français pourrait se traduire par ad dans la latinité classique. Nous avons vu, en faisant la théorie des cas, que la langue latine avait un cas nommé datif qui suffisait à exprimer des rapports marqués en français par la préposition à. Dans le latin de la bonne époque : fai donné un livre à Pierre se disait : lihrum dedi Petro et non pas lihrum dedi ad Petrum. Nous avons même vu en parlant de la déclinaison des substantifs et des pronoms (g 209), que l'ancienne langue française s'est encore quelque temps servie du datif sans préposition dans un certain nombre de cas. Mais, en général, dès l'époque latine le datif est supplanté par l'accusatif précédé de ad. Déjà dans la traduction latine de la Bible on trouve des expressions comme donare ad (donner à), dicere ad (dire à), d'autres encore. Cet usage va se généralisant, et bientôt, sauf les cas exceptionnels, on ne trouve plus dans la langue populaire de datif, mais à sa place le cas régime précédé de ad.

Lors donc que nous parlons des emplois de à correspondant à ad, il faut entendre ces mots dans le sens le plus large et comprendre que à correspond alors non seulement kadetk l'accusatif, mais aussi au datif latin supplanté par cette construction.

Si toutefois on veut distinguer le cas où à représente exactement ad du latin classique, on pourra se servir du moyen pratique proposé par Diez. On remplacera le substantif régime de la préposition, par un pronom, puisque les pronoms ont conservé un datif (régime indirect). Quand on peut mettre ce datif sans préposition, c'est qu'on a affaire au datif latin. Ex. :

Je donne à Dieu ma vie. Remplacez dans cette phrase à Dieu par le pronom /wi, vous pouvez dire correctement : je lui donne ma vie, à Dieu correspond donc au datif latin : Deo.

Soit au contraire la phrase : je viens à Dieu. Faites la même substitution. Vous ne pouvez, pas dire je lui viens, à lemplaee donc une préposition latine.

La règle n'est pas absolue, mais convient dans bien des cas.

a. A correspondant au latin ad marque essentiellement mouvement vers un lieu, un objet. Ex. : je vais à Paris.

En ce sens, l'ancienne langue employait à très librement. Ex. :

Seignurs baruns, a Carlemagne irez, {RoL, 70.)

Nous dirions aujourd'hui : vers Gharlemagne. Néanmoins à marque toujours la direction. Ex. : marcher au canon, à r ennemi; faire un voyage à Londres, etc.

Par analogie à marque une direction, non plus dans l'espace, mais dans le temps, ainsi dans : renvoyer à huir taine.

On dira de même : remettre au lendemain ; marcher jusqu'au soir.

Figurément à dans le même sens marquera une direction morale; il se mettra donc devant les mots qui marquent le but, l'intention, la destinaLon. Ex. :

Ne passa onques deus mois que il n'assemblassent a parlement a Compaigne. (Villeh., 11, G.)

De même dans la langue moderne : Je l'ai acheté à votre intention] je vous forcerai bien au travail; il vend du tabac à fumer, du papier à lettres.

Or le régime de à peut être en pareil cas non seulement

un substantif, mais aussi un infinitif, comme nous l'avons vu dans l'exemple tabac à fumer. Les infinitifs marquant un but et précédés de à se rencontrent très fréquemment dans Tancienne langue. Ex. :

Or poez (pouvez) savoir que mult de cels del ost alerent a veoir Constantinople. (Villeh., f« 455*. Gr.)

Ainsi que sHls estaient nés seulement a boire et a manger, (A Ghartier, Œuv,, 316, Gr.)

11 en résulte que peu à peu on en arrive à construire ainsi l'infinitif avec la préposition à dans des phrases où le but, l'intention sont moins marqués, et bientôt dans d'autres où ils ne sont pas marqués du tout ; à ne sert plus alors qu'à annoncer l'infinitif. Ex. :

Et s\donc) aim je miex a languir.

(A. de la Halle, Chans.y G.) Ele ne lor sot (sut) a dire qui ele estoit.

[Aucass. et Nicolette, Ib.)

Ge tour est beaucoup moins usité qu'autrefois. Les infinitifs que l'ancienne langue faisait précéder de à sont aujourd'hui souvent construits sans préposition, ou annoncés par de. Nous ne disons plus convenir, souffrir, défendre^ désirer à, mais convenir de, etc. (Voir au § 495, 9.)

Gependant l'ancienne construction est restée après les verbes : venir, arriver aboutir, penser, songer, et d'autres. Ex. :

Gand tombe avant qyHon pense à le munir.

(Boss., Mar.-Thér., L.)

p. A marque une situation dans l'espace, une position dans un lieu. Ex. : il est à table,

A est encore fort usité en ce sens. On dit : L'ennemi est à terre; je demeure à Paris; ainsi de suite.

Par analogie à marque une situation dans le temps. Ex. : // est arrivé à l'heure; à la saison des roses; au printemps^ etc.

Toutefois il arrive souvent maintenant que nous ne faisons précéder l'expression qui marque le temps d'aucune préposition. On dit : l'hiver^ Vété, le soir, l'après-dîner^ mais non plus à l'hiver , à Vété, au soir. L'usage à cet égard est plein de caprices.

Figurément à, en ce sens, marque une situation auprès d'une personne, d'une chose, et par suite exprime l'idée d'attribution, d'appartenance. A était autrefois très-usité dans ces différents emplois. Ex. ;

Filie ad un comte de Rome la citet,

(St Alexis, st. IX.)

Quant cil de la cité virent venir l'ost a Vempereour

Henri^ si senfoirent es montaignes. (Villeh., 164. G-.)

Nous disons encore très bien : tout à vous; je suis à toi; c'est affaire à vous. Cependant l'emploi de à est plus restreint qu'autrefois. Ce n'est que dans la langue familière qu'on continue à dire : un oncle à moi, la femme à César.

A ce premier chapitre de la syntaxe de à se rattache l'emploi de cette préposition avec les adjectifs comme utile ou prompt. Parmi ces adjectifs, les uns, comme utilis, se construisaient en latin avec le datif, les autres avec l'accusatif précédé de ad. Pour les raisons générales que nous avons données, les uns et les autres prennent à en français. Ex. : utile à VÈtat; prompt au combat; commun à tous, conforme à la règle. Ceux qui ne remontent pas à un adjectif latin ont réglé leur syntaxe sur l'analogie des autres.

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