‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 276 sur 320 · ATOUT, AVEC, AINS, AVANT · texte numérisé non relu

ATOUT, AVEC, AINS, AVANT

usité comme préposition. Cet adverbe, que nous avons également rencontré déjà, n'a pendant longtemps été qu'un adverbe, qui s'employait seul ou dans la locution conjonctive avant que. Puis, vers l'époque du moyen français, il a commencé à se répancjye comme préposition^ et il est devenu commun au xvi® sicoie. i

A ce moment le régime de avant se construisait de plusieurs façons. On pouvait dire : avant moi, avant de moi ou avant que moi. Le choix était libre entre ces trois constructions, quel que fût le régime, substantif, pronom ou infinitif. Toutefois c'était la première et la troisième qui étaient de beaucoup les plus usuelles.

A l'époque classique, il y a lieu, pour déterminer la syntaxe, de considérer la nature du régime.

Quand ce régime est un substantif ou un pronom, on le place immédiatement après avant sans que ni de. Ex. :

Avant la naissance du monde, (Rac, Plaid. ^ III, 3.)

D'autre part, quand le régime est un infinitif, on peut encore user de l'ancienne liberté et choisir entre les deux tours : avant respondre et avant que respondre. Ex. :

Pour moi, je n'en conçois que de mauvais augures. Et quels? — Qu'avant mourir, par un vaillant effort, Il en aura fait deux compagnons de sa mort.

(Gorn., I, 301. Clit., II, 3, var.) Mais avant que sortir, viens, que ton roi f embrasse.

(là.,Cid,lY,k,) Laisse-m'en rire encore avant que te le dire.

(Mol., rÉL, II, 14.)

En outre, comme l'usage d'annoncer par de un infinitif quelconque s'était de plus en plus étendu, cette préposition avait fini par s'introduire entre avant que et l'infinitif. De là un nouveau tour : avant que de respondre.

Cette construction eut une très rapide fortune, et dès le commencement du xvii« siècle elle se rencontre beaucoup plus fréquemment que les autres. Ex. :

Avant que de combattre ils s'estiment perdus.

(Gorn., Cid.lY, 3.) Avant donc que d'écrire apprenez à penser.

(Boil., A. poét., I.)

Ge fut en faveur de avant que de que le choix des grammairiens se prononça: Vaugelas déclare « qu'il faut dire avant que de mourir^ et non pas avant que mourir, et beaucoup moins encore avant mourir ^ comme disent quelques-uns, en langage barbare. » Gette décision fut adoptée ; avant que mourir vécut encore quelque temps; avant mourir disparut. Gorneille même corrigea le passage que nous avons cité.

Mais une nouvelle tournure allait naître encore, c'est : avant de mourir. On ne rencontre nulle part cette façon de parler chez les grands écrivains du xvii« siècle, mais seulement chez quelques auteurs de second ordre où elle est relevée et blâmée. Un dictionnaire néologique de 1726 la signale comme une nouveauté. Cependant elle gagna si bien qu'on la rencontre chez Voltaire et après lui chez tous les auteurs du xix^ siècle. Elle est auiourd'hui tout à fait usuelle. Ex. :

Avant de me dire ta peine^ 0 poète ^ en es-tu guéri?

(Alf. de Musset, La nuit dt octobre,)

Avant avait en outre formé plusieurs composés : paravant, et devant.

Paravant était adverbe et préposition en même temps.

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