‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 277 sur 320 · CONTRE · texte numérisé non relu

CONTRE

Ja estaient paravant lassault ces Liégeois fort las

et matz, (Gomm.j II, 13.)

Paravant ne s'est conservé que dans son composé au. paravant, aujourd'hui adverbe, mais qui a été longtemps préposition. Ex. :

Je V estimai jadis, et je l'aime et V estimée Plus que je ne faisois auparavant son crime,

(Gorn., I, 213, Mél, IV, 2.)

Vaugelas a blâmé ceux qui faisaient de ce mot une préposition, et la plupart des grammairiens de son temps le suivirent, si bien que son avis a fini par l'emporter.

Devant, qui vient de de ah ante, est à avant ce que avant lui-même est à ant, forme simple aujourd'hui disparue. De reprend d'une façon plus forte l'idée du point de départ déjà marquée par ah dans ah anie (avant.)

Devant est encore aujourd'hui une préposition qui marque un rapport de lieu. Pendant longtemps elle a marqué en outre un rapport de temps. Ex. :

Encor que vous partiez heaucoup devant le jour, Fottô ne serez jamiais assez tôt de retour.

(Gorn., n, 281.)

Vaugelas admet encore cette expression tout en constatant que avant « plus de la cour, est plus en usage ».

494. Contre (latin contra) marque dans le lieu un voisinage immédiat. Ex. : c'est tout contre chez vous. On le rencontre fort anciennement :

Le povre hom>me estoit couché tout plat contre terre

et faisoit le mort. (Gomm., IV, 4.) Mais en outre et surtout, contre signifie : en face de, en opposition d, et par extension en échange de, Ex. :

Y eut il division du peuple contre celluy qui règne aujourd'huy?- (Gomm.j V, 19).

Il a échangé ceci contre un tableau.

Il faut noter que dans l'ancienne langue le sens local de contre s'était beaucoup affaibli. Cette préposition signifiait très souvent dans la direction de, vers. Ex. :

Estoient couchié contre orient, en la manière que Von met les cors en terre. (Joinv., GXXVI.)

Contre Blanchefteur vont, qui moût grant duel (deuil) [Berte, LXXVIII, L.) [aura.

49». De vient du latin de, qui avait des sens très divers; en outre il représente deux des cas latins, le génitif et l'ablatif, auxquels, comme nous le verrons, on substitua, à l'époque de la décadence, le cas régime précédé de de. Il en résulte que le de français marque un très grand nombre de rapports différents ; cependant il est facile de découvrir que le rôle originel de cette préposition est de marquer le point d'où part une action. Ex. : je viens de Paris. Quant aux significations dérivées, sans les énumérer toutes, nous allons essayer de les classer en un certain nombre de catégories. 1° Dans le temps de marque :

a. le point de départ, la succession. Ex. :

Ji'ist di en avant [Serm. de Strasb.) (A partir de ce jour.)

Uan mille de VIncarnation (à compter de l'Incarnation), p. la durée. Ex. :

Je ne me coucherai pas de trois jours. Je n'ai rien fait de la journée.

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