le moment de l'action. Ex
Il s'est levé de bonne heure.
2° Sens figurés.
a. De marque l'origine. Ex. :
Je crois en Jésus-Christ, né de la Vierge Marie. Cet homme vient de Dieu.
Nous reviendrons plus tard, en parlant de la préposition pttr, sur ce sens qui est fort important. En effet, l'ancienne langue considérait l'auteur d'une action comme son origine, et quand le verbe était au passif, le nom de l'auteur, qui était nécessairement complément indirect, se faisait précéder de la préposition de, qui marquait l'origine. Les noms de chose suivaient la même syntaxe que les noms d'hommes. Ex. :
Le lieu est deffendu d'une petite rivière. (Gomm., VII, 15.)
L'usage a changé, néanmoins il est resté quelque chose de l'ancienne syntaxe. (Voy. au paragraphe 501.) p. De marque la cause. Ex. :
Des morz qu'il troevet cumencet àplurer. (i?o/., 2856.) Si avoit l'Empereur une lettre faicte de la main de
ladicte damoiselle, du commandement (sur l'ordre) de
son père. (Gomm., VI, 2.)
Le cœur sautant de joye et triste d'aparence.
(Régnier, Sat., VIE.) Moi seule en être cause et mourir de plaisir.
(Gorn., Hor., IV, 5.)
y. De marque l'instrument, le moyen. Ex. :
Fier de ta lance, et jo de Durendal. (Roi., 1120.) Qu'elle-même sur soi renverse ses murailles Et de ses propres mains déchire ses entrailles!
(Gorn., Hor., IV, 5.)
Prosternée aux pieds de Jésus-Christ, elle les arrosa de ses larmes, elle les essuya de ses cheveux, (Bourdal., Respect hum., 2« Avent, L.)
t. De marque la manière. Ex. :
Résistez virilement et de courage contre les desseings des ligueurs, (Lett. miss, de Henri IV, II, 196. G.)
Comme vous les traitiez d'une haute façon!
{V. Hugo, Ruy Bios, m, 3.) Silencieux abîmée où je vais redescendre, Pourquoi laissas-tu V homme échapper de ta main? De quel som/meil profond je dormais dans ton sein! (Lamartine, Médit. ,1, 18.)
De là Tusage de faire construire de avec un grand nombre d'adjectifs. Ex. : de nouveau, de même, de vrai,
6, De marque la matière. Ex. :
Sur un perrun de marbre bloi (bleu) se culchet.
{RoL, 12.) Je vis de bonne soupe et non de beau langage.
(Mol., Femm, sav.. Il, 7.) ç. De marque la quantité, le prix. Ex. :
Bien sont creu (augmenté) de trente mile,
[Part, de Blois, 2317.) Sans me faire payer son salut de mon cœur.
(Rac, Andr., I, 4.)
En particulier, après un comparatif qui exprime la supériorité ou l'infériorité, de marquera la mesure de la différence. Ex. : Cette maison est plies élevée que la voisine de dix mètres.
T). De marque le côté, la partie par laquelle une qualité convient à un objet. Ex. :
Biax (beau) estait et gens et grans et bien tailliés de ganbesetàepiés et de cors et de bras, (Auc. et NicoL, 381.)
Nous disons de même : la/rge d'épaules, fort des bras, etc.
S"" De a le sens pa/rtitif.
Nous avons déjà eu occasion de signaler cet emploi de la préposition de en parlant des origines de l'article partitif (Voy. g 323 et 328). En dehors de cette forme de l'article, de s'emploie toujours pour marquer que le complément est un tout dont on distrait une partie. Ex. :
Vemperieres Alexis de Costantinoble prist de son trésor ce qu'il en pot porter. (Villeh., 182.)
De quatre galies que H roys avoit là, il n't ot onques galiequi delà saprochast, (Joinv., GXXII.)
Des trois les deux sont morts, son époux seulvousreste,
(Gorn., Hor., III, 6.)
C'est là encore aujourd'hui un des emplois les plus fréquents de la préposition de; comme les autres, il peut se ramener au sens primitif, car là aussi de marque une séparation, c'est-à-dire un éloignement.
4'* De correspond au génitif possessif ou subjectif.
C'est ici le lieu de compléter les indications sommaires que nous avons données au paragraphe 212 sur la substitution de la préposition de au génitif latin.
On sait que, outre d'autres rapports dont nous aurons à parler plus loin, le génitif marquait un rapport de propriété, de cause, de contenu, de dépendance, de réciprocité, de parenté. Ex. : legiones Caesaris (les légions de César); Hectoris Andromache (Andromaque, femme d'Hector),
On sait aussi, d'après ce que nous avons dit à propos de la déclinaison, que le maintien d'un cas-régime en français permettait de marquer par ce cas-régime seul les rapports exprimés par le génitif subjectif latin. D'une façon générale, si le complément était un nom de personne ou un nom assimilé, il s'unissait au terme complété sans l'intermédiaire d'une préposition. Ex. : Hum sui Rollant (je suis l'homme de Roland). (RoL, 801.)
Mais en même temps une autre construction s'était développée dans le latin de la décadence. Le rapport d'appartenance et d'une façon générale les autres rapports indiqués plus haut se marquaient par de. Ex. : Maria minester de tempulo Gerosale (Inscript. , 542, A. dans Glairin, 205), c'est-à-dire : Marie ministre du temple de Jérusalem. De tempulo remplace le latin classique templi.
De même : Per hostium (ostium) de ipsas (ipsius) domus,... et ramos de illas arbores. (Roz., 312. GGLVIII.) (Par la porte de la maison... et les branches de ces arbres.)
En français, dès les origines, lorsque le complément est un nom de chose, il s'unit ainsi au terme complété, à l'aide de la préposition de. Ex. :
N'ad tel vassal suz (sous) la cape (chape) de Vciel.
[Roi, 54.5.)
Bientôt cette construction, mieux en harmonie avec l'esprit général de la langue, réagit sur celle des noms propres. Bien que Joinville reste encore fidèle en général à l'ancienne syntaxe, on trouve dans son Histoire des phrases comme celle-ci :
Par la grâce de Dieu roy de Navarre. (I.) Plusours gens des Aubigois vindrent au conte de Montfortf qui lors gardait la terre des Aubigois. (X.)
C'est déjà la syntaxe moderne; elle triompha absolument
au siècle suivant, sauf dans les quelques cas que nous avons indiqués page 256.
b^He annonce loy personne ou la chose dont il s'agit. — De équivaut au génitif objectif .
On disait en latin : de vita heata Senecae liber (le livre de Sénèque sur le bonheur.) Cette construction passa en français. Ex. :
C'est A'Aucasin et de Nicolete.
Ils obtinrent un arrêt du conseil ^ qui défendit auparlement de connaître de cette affaire. (Pasc, Prov., XIX.)
Nous n'employons plus de en ce sens qu'après un nombre de verbes assez restreint : connaître, parler, traiter, et quelques autres; en revanche, c'est par un développement de ce sens que de est arrivé à remplacer le génitif objectif. Ce génitif, appelé objectif, par opposition au génitif subjectif, servait à marquer le rapport qui unissait deux noms, ou bien un nom et un pronom, dont l'un exprimait une action ou un sentiment, dont l'autre était l'objet de cette action ou de ce sentiment. Soit les deux noms : la crainte de Pompée, le mot crainte indique un sentiment. Quel est l'objet de ce sentiment, c'est-à-dire qui craint-on? Pompée. Ce terme se mettait au génitif. Ex. : metus Pompeii. Comparez : taedium iauais, le dégoût de la gloire; inscriptio nominis, l'inscription d'un nom.
Le génitif disparaissant, ce fut de qui le remplaça, on comprend pourquoi. Craindre Pompée, c'est avoir des craintes au sujet de Pompée. De signifiant au sujet de n'eut qu'à subir une légère extension de sens pour pouvoir se substituer au cas qui s'éteignait. On trouve en effet dans le latin de la décadence des constructions comme celle-ci :
Si non fideliter. de ipsa tarditate remédia praestantur. (Cyprien, Ep., 31,7.) (Si on ne donne pas fidèlement des remèdes contre, au sujet de cette lenteur.)
C'est encore presque l'emploi latin. Voici des tours où de a un sens plus effacé, et qui annoncent déjà la syntaxe française.
Desiderium de illo paradyso (Rozière, 236, GXGVIII) (le désir de ce paradis).
Vinditio de villa (Id., 329, GGLXVIII) (la vente de la villa).
De là notre tournure : la peur de la mort; le désir de vivre; V amour de Dieu; elle a été étendue à tous les • emplois du génitif latin et sert indistinctement, que le complément soit un nom, un pronom, ou un infinitif.
6° De remplace le génitif de qualité.
Souvent en latin, surtout avec des mots de signification générale : vir {homme) y miles (soldat), imper ator (général), etc., on mettait un substantif au génitif, substantif accompagné d'un qualificatif quelconque, adjectif ou autre, qui formait une sorte d'épithète. Ex. : Natura humana aevi brevis. (Sali., Jug.^ I.) [La race humaine à la vie courte.)
Le génitif était alors en concurrence avec l'ablatif. L'un et l'autre de ces deux cas devaient être remplacés en français par la préposition de, Ex. :
Li Amiralz est mult de grant vertut, (Roi., 3602.)
Gette forme est devenue plus rare en français moderne, à de on substitue souvent à. Ex. : Berte diux grands pieds. Toutefois nous disons encore : un homme de cœur^ une femme de tête, un général de grande valeur, etc.
70 De remplace le génitif d'apposition.
En latin, quand un substantif exprimait une idée générale, on pouvait le déterminer par un autre d'une signification plus particulière qui se mettait au génitif. Ex. : Flumen Rhodani (le fleuve du Rhône).
En bas-latin le génitif fut remplacé par de, en français par de. Ex. :
Ilnagierent (naviguèrent) tant qu'il avivèrent desor le dté de Cartage, (Auc. et Nie.)
Nous disons de même : Vile de Corse., ce diable ô.'hommej une drôle de fille. Au xvi® siècle on construisait ainsi un certain nombre de noms en les faisant précéder des titres Monsieur ou Monseigneur. Ex. :
Monsieur du Corbeau, ce Monseigneur du lion-là. Il y a des titres prétendus nobiliaires qui n'ont d'autre origine que cette règle de syntaxe.
En même temps la langue fait des appositions sans préposition de même que le latin accolait deux noms au nominatif. Ex. : le mont Etna, Paris la capitale. Mais il faut remarquer qu'en ce cas c'est le nom particulier qui précède généralement et le nom général à déterminer qui suit.
8" De précède le complément des adjectifs.
De joue ici un rôle différent suivant le sens même de l'adjectif qui le précède; il marque un grand nombre de rapports : l'origine, la mesure, etc., il remplace un génitif subjectif ou objectif, en un mot il a les sens très divers que nous avons indiqués et qu'il est inutile d'énumérer à nouveau.
Remarquons toutefois que les adjectifs ainsi construits sont de deux classes. Les uns, comme désireux, ne peuvent se passer du complément qu'on leur ajoute par l'intermédiaire de la préposition de ; les autres, comme curieux^ triste^ peuvent s'employer seuls.
Il faut observer en outre que les adjectifs qui se font suivre de de étaient plus nombreux autrefois qu'aujourd'hui. Nous disons aujourd'hui contraire à, pareil à; on disait autrefois contraire de, pareil de.
9** De annonce Vinfinitif.
Cet emploi de la préposition de est un des plus importants si l'on considère le nombre des phrases où il se rencontre, en même temps c'est un des plus caractéristiques, car sur ce point la syntaxe latine et la syntaxe française se sont entièrement séparées.
Le latin disait : Turpe est mentiri; le français dit: 7/ est honteux de mentir.
Voici comment ce changement peut s'expliquer. Dans une phrase comme bonne chose est de paix (Joinv.), l'ancienne langue considère la paix comme l'origine, la source du bien qui en résulte; elle dit donc bonne chose est de paix comme bonne chose vient de paix, en faisant précéder le sujet de la préposition de, qui marque l'origine. Si ce sujet est un infinitif, la construction reste la même. Ex.:
De rober (voler) ordené c'est grans pichiés (péché).
[Aiol et Mir., 78.) Apensa que moût estoit belle chose... d'amender le royaume de France. (Joinv., G.)
Ne vous caiit (chaut) de vanter. (Huon de B.,-p. 261.) De même dans une phrase relative :
C'est mes solaz et mes confors, Que de mon filz et de ma fille.
(Méon, II, 247,361.)
G'est-à-dire : c'est ma consolation et ma force que celle qui me vient de mon fils et de ma fille. On dirait de même avec un infinitif : c'est ma consolation que d'avoir une fille.
On rencontre d'autres constructions encore où l'on s'explique comment de s'est introduit avec son sens propre à l'origine.
Puis le sentiment de la construction originelle alla se perdant au fur et à mesure que le sens de de s'affaiblissait et que ces tournures se multipliaient. Il en résulta qu'on
prit l'habitude de faire précéder l'infinitif complément comme l'infinitif attribut de la préposition de qui semblait liée à lui, et pendant qu'on construisait le nom régime immédiatement après un verbe transitif, on fit précéder l'infinitif régime de de. On dit craindre DieUj mais craindre de périr, cesser son ouvrage, mais cesser de crier, et ainsi de suite. Ex. :
Qui de la tesle perdre crient (craint).
{Chev. aulyon, 1514.) A tant cessad Saut de prophetizer. (Rois, I, 34.)
L'infinitif de narration lui-même, qui ne dépend d'aucun autre verbe, fut accompagné de la préposition. Ex. :
Grenouilles aussitôt de sauter dans les ondes. Grenouilles de rentrer dans leurs grottes profondes.
(La F., Fab., II, 14.)
Resterait à énumérer quels sont les verbes qui se construisent avec de. Nous ne pouvons entrer dans le détail de cette histoire. Indiquons seulement d'une façon générale qu'il y a trois constructions possibles de l'infinitif. On dit ;
J'espère venir.
Je crains de me tromper ,
Je tiens à. savoir.
Ces trois constructions sont depuis longtemps en concurrence. La première a reculé devant les deux autres. Quant à celles-ci, elles se partagent le grand nombre des verbes français. Beaucoup même se sont construits avec de qui se font aujourd'hui suivre de à et réciproquement. Enfin il en est aussi qui gardent les deux constructions. On dit tâcher à et tâcher de, et l'usage a fini par créer une dislinction de sens entre les deux tournures.
Mais d'une façon générale, si elles alternent si facilement, c'est que ni à ni de n'ont là de valeur bien sensible. Cette dernière préposition surtout, ailleurs si significative, semble n'être plus dans bien des cas qu'une particule grammaticale et abstraite, destinée à marquer que deux mots sont en rapport entre eux, et qui pourrait être supprimée sans que le sens y perde rien.