EN
Au moustier si comme elle soloit
Geta en son dos sa chemise. (Ruteb., II, 136.)
En n'a pas gardé ce sens dans la langue moderne. Tous les emplois divers qu'il y a comme préposition marquant une situation dans le lieu doivent donc être rapportés au sens primitif de en tel que nous l'avons indiqué dans l'alinéa précédent.
3° Dans le temps en s'emploie encore très librement. Ex. :
En ce temps-là c'était une ville tombée
Au pouvoir des Anglais, maîtres des vastes mers.
(V.Hugo, Chat,, I, 2.) Ceux qui sont morts en 1871.
En a alors deux sens distincts : ou bien il indique un point de la durée. Ex. : en hiver; ou bien il marque une direction. Ex. : d'aujourd'hui en huit. Dans les deux sens il se trouve en concurrence avec à, qui l'a chassé de quelques-uns de ses emplois.
4° Outre ces significations concrètes, en a une foule de sens figurés. D'abord, par une image encore facile à saisir, une personne, ou un sentiment, une opinion, un acte de cette personne est assimilé à une sorte de lieu moral. Ainsi on dira qu'un élève est haut placé dans l'estime de ses m^aîtres. L'estime est en quelque sorte l'endroit même où cet élève est placé. Or l'ancienne langue faisait précéder ces noms de lieu-là comme les autres de en et non de dans.
Il nous en reste une multitude de tours fort en usage. Ex. : être en peine, mettre en joie, avoir en grande estime, prendre en affection, avoir en horreur.
b^ Nous avons déjà indiqué au chapitre des participes la construction de en avec un participe gérondif qui indi-
que la cause, le moyen, l'instrument, la matière, etc. Ex. :
Vivre en travaillant j ou mourir en combattant. [Devise des Canuts lyonnais.)
Mais ce n'est pas seulement avec un gérondif que en se construit de la sorte, on le trouve en ce sens avec un grand nombre de substantifs, remplaçant tour à tour, à, de, par. Ex. :
Il périt en punition de ses crimes.
L'institution chrétienne de Calvin fut d'abord écrite en latin.
J'ai acheté une montre en or.
Remarque. — Ce dernier emploi, d'après les grammairiens, n'est pas correct. Il faut dire : cette robe est de soie, ce porte-bouquet est A' onyx. Inutile d'observer combien cette façon de parler serait prétentieuse. L'usage a décidé que certains noms de matière se construisent fort bien avec en, et les exemples des auteurs autorisent cette façon de parler. On ne dira pas : un couvert en argent, un lit en fer, bien qu'il n'y ait rien là qui choque l'oreille, mais il est reçu de dire : une pipe en terre, un coffre en bois, etc.
49*. Dans (composé de de et enz [intus']) est aujourd'hui fort usité. Et cependant c'est un mot relativement récent dans la langue. On en compte les exemples jusqu'au xv** siècle, et il ne devient fréquent que dans la dernière moitié du xvi^ A partir de ce moment il tend à supplanter en qui a sensiblement reculé devant lui. Nous disons aujourd'hui ; s'enfermer dans Paris et non en Paris. Dans une foule d'autres cas, si dans n'est pas obligatoire, il est plus usuel que eyi. Les poètes surtout usent de ce dernier mot; en prose on préfère souvent dans. Ex. :