DANS, DEDANS
Serai-je moins brave et moins beau Que CyruSj roi d'Ur et de Sarde?
Cette reine dans son tombeau Vaut-elle Jeanne en sa mansarde ?
(V. Hugo, Ch. des rues et des bois, III, 3.) On mit V aïeul au centre en une tour de pierre,
(V. Hugo, Lég. des siècles, 1, 2.)
On sent qu'il y a dans ces tournures quelque chose d'archaïque. Avec un régime déterminé comme il l'est ici, dans la langue courante il faudrait mettre dans. En effet, les deux prépositions concurrentes ne sont pas tout à fait synonymes, ou plus exactement, ne se construisant pas de la même manière, elles donnent un sens un peu différent à la phrase. £'n, ne se faisant pas suivre de l'article, s'emploie quand il s'agit d'une chose indéterminée. Ainsi on dira : en temps opportun; en lieu sur. Au contraire, dans suivi de l'article ne peut précéder que des mots déterminés. Ex. : il est venu dans le délai prescrit. Ceci se trouve dans l'acte IL
498. Dedans, qui correspond proprement à de de intus, est un composé très ancien. Il était autrefois tantôt adverbe, tantôt préposition. Ex. :
Li chevaliers s'en vint au roy, et dist que il avoii estet dedans les maisons au soudanc (du sultan).
(Joinv., XXXV.)
Vous commandons que vous en râlez (vous vous en retourniez) vers vostre signour, et dedens quinzainne vous soies ci-arière. (Joinv., LXXXIX.)
Gomme ces exemples le montrent, dedans était alors en concurrence avec en comme préposition. Il en fut encore longtemps ainsi, et jusqu'au xvii« siècle dedans se rencontre avec un régime. Ex. :
Chascun craignait très fort cest assault, pour le grant nombre de peuple qui estoit dedans la ville.
(Gomm., II, 13.) ,. .D'être inconsolable et dedans sarnémoire Enfermer un ennui
N'est-ce pas se haïr? (Malh., I, 41, v. 45,)
Mon argent bien-aimé, rentrez dedans ma poche.
(Mol., Étourdi, II, 6.) Il est vrai^ cest tomber d'un mal dedans un pire.
(Ib., I, 2.)
On pourrait citer une foule de passages semblables tir^-s des auteurs classiques. Néanmoins, dès le xvii^ siècle, les écrivains commencent à préférer dans à dedans comme préposition, on ne sait trop pourquoi.
Furetière déclare même dans son dictionnaire que dedans n'est préposition que lorsqu'il est précédé d'une autre préposition comme par. En effet, dans tous les autres cas, dedans n'est plus qu'adverbe.
499. Fors (lat. foris), à la fois adverbe et préposition, a remplacé estre qui venait du latin extra^ et qu'on rencontre dans quelques textes. Ex. : Estre son gret. (St-Léger, 61.)
Par un changement phonétique assez étrange le f de fors 8*est changé en h et le mot a eu deux formes : fors et hors, toutes deux usitées comme prépositions. Ex. :
Je H requis qu'il vousist que je et ma gent alissiens jusques hors de Vost. (Joinv., XXXVII.) Tuit cil sont fors de la foi qui n'i croient.
(Id., Credo, LU.)
La forme hors a fini par éliminer l'autre qui au xvii* siècle déjà était devenue rare. Le sens de cette préposition s'est enrichi. En latin elle ne