‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 283 sur 320 · PAR · texte numérisé non relu

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2» PaVy dans le temps, marque la durée, le moment. Ex.:

Par main en Valhe, si cum H jurz esclairet. (RoL, 667.) (Au matin, à Faube, dès que le jour point.)

Ainsi... Vay je veu par toutes ces saisons dont jô parle. (Gomm., I, 16.)

C'était, il m'en souvient, par une nuit d'automne

Triste et froide, à peu près semblable à celle-ci.

(Alf. de Musset, La nuit d'octobre,)

Z^ Au figuré par a des sens très divers ; d'abord il marque l'intermédiaire, puis l'instrument, le moyen, la manière. Ex.:

Deus li mandat par sun angle [Roi., 2319.) ("Dieu lui manda par l'intermédiaire de son ange.)

Jérusalem prist j a ^diT traïsun. (Ib., 1523.) (Jérusalem il prit déjà au moyen de la trahison.)

Puis si chevalchent, Deus! par si grant fiertet. (Ib., 1183.) (Puis ils chevauchent, Dieu 1 avec quelle grande fierté!)

En particulier, par exprime la cause. Ex. :

Que dulce France parnws ne seit hunie. [Roi., 1927.) Evêque, je meurs par vous. (Mot attribué à Jeanne d'Arc.)

... Fis auront ce pouvoir

Que ce qu'on ne fait par devoir,

On le fera par leur exemple. (Malh., I, 300.)

Ce dernier sens mérite d'être particulièrement signalé. On sait en effet qu'aujourd'hui, dans la plupart des cas, le complément indirect de cause, qui se mettait en latin ~à l'ablatif, se fait précéder en français de la préposition par. Voici d'où vient ce changement.

Le complément indirect d'un verbe passif, quand il exprime la cause de l'action énoncée par le verbe, peut être considéré de deux façons, ou bien comme le point de départ de cette action, comme sa source, son origine, ou bien comme l'instrument, le moyen par lequel elle s'accomplit. Supposons une phrase comme celle-ci : Henri IV fut assassiné par Ravaillac^ on peut considérer Ravaillac comme l'origine ou aussi comme l'instrument de la mort du roi. Il en résulte que deux constructions sont possibles.

Le latin considérait l'auteur de l'action comme la source, l'origine de cette action et faisait précéder son nom de la préposition qui marquait le point de départ ; ab.

L'ancien français, se plaçant au même point de vue, avait seulement changé la préposition à qui correspondait plutôt à ad qu'à ab pour la préposition de, qui marquait, elle aussi, le point de départ. Il en est resté certains tours encore en usage ; après des verbes qui ne marquent pas une action dont le terme est limité, le complément de cause se fait précéder de la préposition de. Ex. : un homme aimé de tout le monde, estimé de tout son quartier ; un balcon orné de fleurs, etc.

En ce temps-là c'était une ville tombée Au pouvoir des Anglais, maîtres des vastes mers^ Qui, du canon battue et de terreur courbée. Disparaissait dans les éclairs.

(V.Hugo, Chat., 1,2.)

Mais en même temps la cause de l'action était considérée aussi par la langue, non plus comme l'origine, mais comme l'instrument de cette action. Son nom devait donc être précédé de à ou de par. C'est cette dernière construction qui a prévalu. Aujourd'hui, avec tous les verbes passifs qui marquent une action instantanée ou de durée déterminée, le complément de cause se fait précéder de par^ que ce soit un nom d'homme ou de chose.

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