POUR
Claude vous adopta, vaincu par ses discours.
(Rac, Brit.,lY, 2.) Par mes ordres trompeurs tout le peuple excité. Du prince déjà mort demandoit la santé.
(id., ib.)
Notons en outre que par se joint à un certain nombre d'autres mots invariables pour former des locutions comme : par delà, par dessits, par devant, par derrière, etc. On remarquera en particulier l'expression de par qu'on a inexactement expliquée en disant que par était pour part et que de par le roi signifiait : de la part du roi. Par est bien ici la préposition à laquelle on a joint, par un de ces redoublements dont nous avons donné tant d'exemples, la préposition voisine de. Ex. :
Sur cela vindrent gens députez de par eulx au conte de Charolois. (Gomm., II, 1.)
50». Pour vient du latin pro, qui marquait encore un rapport de lieu. Ainsi pro aris stare signifiait se tenir devant les autels (en leur tournant le dos). Mais pour a complètement perdu ce sens, et, à ce point de vue, fournit un des seuls types de la véritable préposition des langues analytiques, dénuée de toute valeur concrète et réservée uniquement à l'expression d'un rapport abstrait.
Pour signifie 1® dans l'intérêt de. Ex. :
Pur sun seignur deit hum suffrir destreiz. (Roi. , 1010.) (Pour son seigneur on doit souffrir des difficultés.) Le curé de Bazeille est mort pour son pays.
(Déroulède, Ch. du soldat.)
De là un sens très voisin du premier : dans Vintention de, par ce motif que. Ex. :
Je H vi quaii e foiz mettre son cors en avanture de
mort... pour espar gnier le doumaige (dommage) de son peuple. (Joinv., I.)
Pour seureté de tenir cecy mieulx... p^^omisrent bailler trois cens ostaiges. (Gomm., II, 1.)
Des 'prêtres, comme toi revêtus de Vétole, Pour être cardinaux, pour être sénateurs.
{V. Hugo, Chat., I, 8.)
C'est à ces différents sens qu'il faut rattacher l'emploi àepour après certains adjectifs, comme: favorable, indulgent, propice^ etc. Ex. :
Estoient séparez, et en lieu propice pour les Liégeois.
(Gomm., II, 1.)
G'est par là aussi qu'il faut expliquer la locution être pour, si fréquente encore dans Gorneille, et qui signifie : être capable de, propre à. Ex. :
Cesse de m' outrager, ou le respect des dames N'est plus pour contenir celui que tu diffames.
(Gorn., I, 497, la Veuve, V, 9.) 2° Pour équivaut k: à la place de, en échange de. Ex. : Enfin, pour cet amour charnel Dont l'impure chaleur souille ce qu'elle enflamme, Seigneur, allume dans mon âme Celui de ton nom éternel. (Gorn., VIII, 403, var.)
Il en résulte que pour marque le prix auquel on vend, on achète, on loue un objet. Ex. :
Tant pour les coups de fouet qu'il reçut à la porte! César! tant pour l'amen! tant pour l' alléluia! Tant pour la pierre où vint heurter sa tête morte, Tant pour le drap rougi que sa barbe essuya. (V. Hugo, Chat., I, 8. A un martyr.)