PUIS, DEPUIS
3° Dans un sens voisin du précédent et qui en dérive, pour indique la cause. On voit bien la transition; ainsi dans cette phrase de Joinville (I) :
Et me semble-il que on ne H fist mie assez, quant on ne le mist ou nombre des martirs, pour les granspeinnes que il souffri ou pélerinaige de la croiz,
pour peut se traduire également par à cause de et en échange de.
De ce premier développement en est résulté un autre non moins curieux : pour signifiant à cause de en est arrivé à vouloir dire malgré. Mais ici encore il est facile de suivre les modifications du sens. Soit une phrase comme celle-ci : Pour être dévot, je n'en suis pas moins homme; pour y a son sens de parce que : parce que je suis dévot; mais, comme il y a antithèse entre les deux propositions, pour peut se traduire par : sous prétexte que, quoique, malgré que.
Quoi qu'il en soit, pour a pris ce sens de bien que, quoique, quelque que, et se construit ainsi avec des verbes àl'infinitif, des noms, des adjectifs.
Un roi n'est pas moins roi pour se laisser charmer, (Gorn., YI, 43. Perthar., II, 3.)
J'ai cru toujours que, pour belle que fût une pensée, tomber en soupçon de la tenir d'un autre^c' est V acheter plus qu'elle ne vaut. (Id., I, 264.)
4° Pour signifie : en proportion de. C'est un sens que pro avait déjà en latin dans les tournures comme pro parte virili (pour ma part). On dira de même en français : il donnait quatre pour cent d'intérêt; pour ce temps-là, ce fut un grand savant.
cios. Puis vient du [aiim* postius. C'était autrefois une préposition en même temps qu'un adverbe. Ex. :
Comme vous pavez veoir par les roys nommez en la Bible^ et par ce que puis peu d'années en avez veu en ceste Angleterre. (Gomm., I, 7.)
C'est vers le xvi^ siècle que puis a été remplacé par depuis qui s'emploie très librement, que le régime soit un substantif ou un infinitif.
Et depuis quand, seigneur, tenez-vous ce Icmgage?
(Rac, Iphig., I, 1.) Depuis avoir connu feu M. votre père..,, fai voyagé par tout le monde. (Mol., Bourg. Gent., IV, 5.)
Puis a en outre été remplacé par après. Après est composé de près qui dérive de pressum, participe passé du verbe premo ; il signifie proprement : pressé.
Près et après sont également prépositions, mais n'ont pas le même sens. Près désigne essentiellement la proximité dans l'espace. Ex. : cet homme habite -près de l'église. Il a comme synonyme en ce sens auprès.
Au contraire après se dit en parlant du temps. On le rencontre fort anciennement. Ex. :
Vous conterai-je ce que je vi et oy de ses saintes paroles pour ce qu'il soient trouvei li uns après l'autre, pour edefier (édifier) ceuz qui les orront. (Joinv., III.)
Après s'employait aussi autrefois dans le sens que nous donnons aujourd'hui à d'après. Ex. :
Y en a assez (beaucoup) qui ne parlent que après les aultres, sans gueres entendre aux matières.
(Gomm., II, 2.)
Notons en outre un sens assez curieux de après, qui signifie à la poursuite de. On le construit d'abord avec des verbes comme courir, ainsi : courir après les hon-
APRÈS, RIÈRE, SOUS. 607
neuTs; par analogie après se met à la suite d'un grand nombre de verbes : s' acharner^ enrager, soupirer, etc. Ex. :
Les dames avecque vœux
Soupiroient après son visage. (Malh., I, 113.)
C'est ainsi qu'il faut expliquer l'expression être après : être à la poursuite de, être occupé à. Ex. :
Je ne veux pas examiner V affaire... Les livres n'en apprennent rien ; et je m^' assure que les Jésuites, que vous me dites être après, en savent aussi peu que les Cordeliers (Malh.,IY, 7.)
504. Rière (lat. retro) a fourni le composé arrière, qui s'est employé comme préposition, mais qui a cédé à derrière, formé avec la préposition de comme arrière avec à. Ex. :
Ertaus, qui aloit darière liy dist au povre chevalier. (Joinv., XX.)
La locution en derrière a disparu; par derrière au contraire est toujours en usage, soit comme adverbe, soit comme préposition. Ex. :
Les troupes du maréchal se débandèrent et couru^ rent à travers champs pour dépasser la droite de la ligne ennemie^ par derrière laquelle elles arrivaient.
(Ségur, Hist. de Nap., X, 5.)
505. Sous (lat. subtus) marque essentiellement la situation d'une chose à Tég^ard d'une autre qui est par-dessus.
A lez en est en un vergier suz Vumbre. {Roi., 11.)
Figurément, sous exprime l'infériorité, la dépendance. Ex.:
Je vous ai vu combattre et commander sous moi.
(Gorn., Cidj I, 3.)
Ensuite cette signification primitive s'est singulièrement étendue. -Sous se dit de ce qui couvre, de ce qui cache, d(' ce qui enferme. Ex. : être sous les armées, mettre isous clef; il marque le temps où une chose s'est passée, ex. : sous Vempire, sous la monarchie de Juillet. Mais il est assez facile de suivre ce développement du sens. Ainsi on dira qu'un homme a vécu sous l'empire ; en effet, c'était le moment où un empereur régnait, ses sujets étaient sous lui, et par conséquent par une métaphore un peu hardie on peut leur assimiler tout ce qui n'était pas alors soumis à l'empereur, comme les étrangers ou les événements. On dira donc qu'un fait s'est passé sous l'empire, comme on dit d'un homme qu'il y a vécu.
Le composé dessous, aujourd'hui adverbe, a été longtemps une préposition (Gf. dedans, § 498) ; on le trouve encore très souvent en cette qualité dans les auteurs classiques. Ex. :
Si dessous sa valeur ce grand guerrier s'abat.
(Gorn., Cid, II, 5.) Le lièvre étoit gîté dessous un maître chou.
(La F., Fab., IV, 4.)
Les puristes ont décidé au xvii^ siècle, on ne sait trop pourquoi, que dessous ne serait plus qu'adverbe. Il est néanmoins demeuré comme préposition dans la langue populaire. Des auteurs contemporains ont même tenté de le reprendre. Ex. :
Us s'en vont raisonnant de l'ogive et du cintre
Devant un vieux portail; Ou, soudain, à loisir changeant de fantaisie^