‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 293 sur 320 · Premier que et premièrement que se trouvent · texte numérisé non relu

Premier que et premièrement que se trouvent

très souvent en remplacement de avant que, ainsi que. Ex. :

Nous laissons tout par desespoir, et hayons (haïssons) les lettres premier que les ayons goustées, ou commencé à les aim,er. (Du Bellay, Œuvres chois. y 23.)

// nous faut premièrement que d'estre saincts adhérer à luy. (Galv., III, 6, 2.)

S39. Quand (latin quando) et lorsque sont synonymes. Quand est plus ancien dans la langue, mais lorsque est tout aussi usité que lui aujourd'hui. Les distinctions qu'on a voulu établir entre ces deux mots sont contredites par l'usage, car on voit les deux conjonctions alterner dans un grand nombre de passages des meilleurs auteurs qui ne font aucune différence entre elles. Ex. :

Et qui s'honoreroit de l'appui d'Agrippine, Lorsque Néron lui-même annonce ma ruine^ Lorsque de sa présence il semble me bannir y Quand Burrhus à sa porte ose me retenir?

(Rac, Brit.j I, 2.)

538. Que. — Gomme on a pu le remarquer dans tout ce chapitre, dans la composition du plus grand nombre des conjonctions en usage entre le mot que, qui est lui-môme une conjonction et la plus usitée d'entre elles-

L'étymologie de que a été discutée. Il semble cependant qu'on doive rapporter ce mot non au latin quod, mais à l'interrogatif quid, dont nous avons déjà parlé, qui s'est transformé en un relatif neutre (voir § 287) et qui est arrivé, tout comme quod^ à jouer le rôle d'une véritable conjonction. Quid se trouve, en effet, avec cette valeur dans des extes bas-latins. Ex. :

Si cuicumque fuerit imputatum quid perjurasi^et. (Loi salique,} (Si à quelqu'un il a été imputé qu'il n parjuré.)

Ce qui confirme cette hypothèse, c'est que rancienne forme française de que est qued. Ex. :

El li enortet, dont lei nonque chielt Qued elle fuiet lo nom christiien.

(Sainte Eulalie, 13.) (Il l'exhorte, ce dont jamais il ne lui chaut, qu'elle fuie le nom chrétien.)

Quoi qu'il en soit, que est devenu en français la conjonction par excellence.

1« D'un emploi très fréquent, que a d'abord ses sens propres, et ils sont nombreux, que représentant à lui seul un grand nombre de particules latines : ut^ ne, quin, quominus, etc. Ex. :

// faut qu'27 vive ; en latin : Oportet ut vivat.

J'ai peur que personne ne me comprenne; en latin :

Vereor ne me nemo intelligat.

On ne peut pas douter qu'il n'y ait eu des poètes

avant Homère; en latin : Non dubitari débet quin

fuerint ante Homerum poetœ.

César apprit qu'il dépendait d'Afranius qu'on n'en

vînt pas aux mains; en latin : Cœsar cognovit per

Afranium stare quominus prselio dimicaretur.

2** Que s'emploie elliptiquement pour une foule d'autres conjonctions : afin que, de peur que, avant que, pendant que, si bien que, lorsque, depuis que, autant que, etc. Ex. :

Faites, faites entrer ce héros d'importance,

Que (afin que) je fasse un essai de mon obéissance.

(Gorn., Sertor., II, 2.) Fuyez que (de peur que) à ses soupçons il ne vous (Id., Médée, I, 5). [sacrifie.

La vie s'achève que (lorsque) Von a à peine ébauché

son ouvrage. (La Bruy., II.) La voiture aux provisions est venue que (pendant

que) fêtais malade. (J.-J. Rousseau, Let., 3 nov,

3® Encore n'est-ce là qu'une partie des emplois de que. En effet, que est un de ces mots suppléants, comme il s'en trouve dans plusieurs langues et dont on use quand on ne veut pas répéter une conjonction antérieurement exprimée. Il y a un verbe du même genre, c'est le verbe faire. Que est aux autres conjonctions ce que faire est, ou plutôt était aux autres verbes. Il peut les remplacer toutes. Ex. :

Puisqu'il sait tout cela, puisqu'il peut toute chose, Que ses doigts font jaillir les effets de la cause Comme un noyau d'un fruit.

(V. Hugo, Chat., Lux, 4.) Comme tout le bien appartient à Dieu, et que V homme n'est rien de lui-même..,. (Boss., Sur l'honneur du monde, 3* point.) Si je n'ai pas eu des sentiments humbles, et que j'aie élevé mon âme. Seigneur, ne me regardez pas, (Boss., Polit., X, 6, L.)

4® Enfin, que remplace fort souvent un pronom conjonctif précédé d'une préposition, ou le pronom adverbial où. Ex. :

Monsieur, il est trop vrai, le moment déplorable {^-Vielle a su son trépas a terminé ses jours.

(Gorn-, I, 219.) Madame, j'ai porté mes pas et mes sanglots Du côté que le vent poussoit encor les flots.

(Id., IV, 88.) De la façon enfin qu'auec toi j'ai vécu.

Les vainqueurs sont jaloux du bonheur du vaincu.

(Gorn., III, 449.) V Église nous interdit la comédie, en l'état qu'elle est.

(Rac, IV, 334.)

Ces que, tenant la place de relatifs plus lourds, formaient un certain nombre de tours faciles et commodes, dont plusieurs malheureusement sont perdus. Ceux qui restent sont moins usités qu'au xvii« siècle.

(Voir pour l'emploi de que = pourquoi, § 289; pour l'emploi de que après les comparatifs, § 227 ; pour l'ellipse de que devant le subjonctif, § 442.)

53». Si se rencontre non seulement dans des propositions subordonnées marquant une hypothèse, mais dans des phrases principales et indépendantes, qui expriment un regret, un souhait, et où il y a en général une ellipse très sensible. Ex. :

Mais, Madame, pourquoi? Si tu venois d'entendre Quel funeste dessein Roxane vient de prendre!

(Rac, Baj,, 1, 4.) Oh! l'empire! r empire! Quelque chose me dit : Tu l'auras! — Je l'aurai. — Si je l'avais !

(V. Hugo, Hernani, IV, 2 )

540. Tandis que, comme conjonction temporelle, a deux sens distincts. Elle équivaut à tant que et à pendant que^ Ex. :

Tandis que vous vivrez, le sort, qui toujours change, Ne vous a point promis un bonheur sans mélange,

(Rac, Iph., I, 1.)

Ce premier emploi a un peu vieilli. Au contraire, au sens de pendant que, tandis que est toujours très usité. Ex. ;

Tandis qu'échevelée^ et sans voix, sans paupières, Ta tête blême est là, sur un infâme pieu, Livrée aux vils affronts, meurtrie à coups de pierres^ Ici, derrière toi, martyr, on vend ton Dieu.

(V. Hugo, Chat,, I, 8.)

Par suite d'un développement de ce dernier sens, tandis que en est venu à marquer une opposition, un contraste. Toutefois il n'y a pas longtemps qu'il en est ainsi; la vieille langue, en pareil cas, se servait régulièrement de au lieu que, un peu négligé aujourd'hui, quoique cette locution se trouve dans les meilleurs auteurs. Ex. :

Tu es savant, Gil Blas, avant que d'être médecin, au lieu que les autres sont longtemps médecins... avant que d'être savants. (Le Sage, GilBlas,Jl, 3.)

Les deux locutions ne sont pourtant pas synonymes, car au lieu que marque l'opposition d'une manière plus forte.

54t. De tant que avait cédé à d'autant que, COmme tant

à autant. Mais cette dernière conjonction, fort en usage au xvi'^ et au xvii^ siècle, a elle-même bien vieilli aujourd'hui. Nous ne dirions plus avec Bossuet :

D'autant que (vu que) il m'a semblé inutile de chercher bien loin des raisons, je me suis résolu..., (Bonté et rig. de Dieu, L.)

Nous emploierions plutôt attendu que, vu que, qui sont aussi fort anciens.

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