I. Le verbe est le verbe substantif
a) Dès les origines de la langue le substantif attribut se place généralement après le verbe. Ex. :
Caries mis sire nus est guarani tuz dis. [RoL, 1254.) (Charles mon seigneur est toujours notre appui.)
On ne trouve l'attribut déplacé que dans les phrases relatives ou bien dans celles qui ne renferment pas de sujet exprimé. Ex. :
Aleman sunt (ce sont des Allemands). (RoL, 3038.) Mis parrastre est. {RoL, 1027.) (C'est mon beau-père.]
La langue moderne a régularisé tout cela en attribuant à l'attribut une place fixe derrière le verbe, même dans les phrases relatives. Ex. :
La France honorera ces soldats qui ont été des héros.
p) L'adjectif et le participe attributs se mettaient de préférence en latin devant le verbe sum. Dans le plus ancien français on trouve de nombreux exemples d-e la même construction. Ex. :
Qui fai lo (le) bien, laudaz (loué) en er (sera).
(Saint-Léger.)
Mais déjà dans la Chanson de Roland l'ordre des termes
est renversé et rattribul se trouve le plus souvent après le verbe. Ex. :
E li quens Guenes en fut mult anguisables.
[Roi, 301.) Tant par futhels, tuit siperrenesguardent(regSiràGni).
(Ib., 306.)
C'est la construction qui a définitivement triomphé. Toutefois, jusqu'au xvi« siècle, il était toujours permis de laisser l'attribut en tête de la phrase et de le mettre ainsi en relief. Ex. :
Barbares... estoyent nommez ceux qui ineptement parloyent grec. (Du Bellay, Œuv. ch,, 5.)
Nous sommes obligés aujourd'hui d'avoir recours à des artifices, de détacher par exemple l'attribut en le plaçant hors de la proposition. Ex. : brave, honnête, il Vest; sage, Une Vest pas. Quant à l'inversion proprement dite, elle se trouve encore quelquefois chez les poètes :
Fière est cette forêt dans sa beauté tranquille^
Et fier aiissi mon cœur. (Alf. de Musset, Souvenir.)