PLACE DES PRONOMS, DE L'ADVERBE
Par trois fois il les mena en ma nef, (Joinv. , XXXIII.)
Cependant on trouve quelquefois les noms de nombre après le substantif. L'ancienne langue disait ; Louis douzième, et la langue moderne en substituant le nombre cardinal au nombre ordinal a gardé l'ordre ancien. Ex. : Louis douze, François deux. Cette exception s'explique facilement. Vaugelas croyait à une ellipse et supposait que Louis douzième était pour Louis douzième du nom. Il n'y a rien de cela. En réalité douze et douzième sont ici des adjectifs déterminatifs destinés à distinguer une personne en la qualifiant. Ils se mettent après le nom comme tous les autres adjectifs en pareil cas. On dit Louis douze comme Frédéric le Sage, François premier commQ Napoléon le grand.
Place de l'adverbe.
566. D'une façon générale l'adverbe, en latin, se plaçait auprès du mot qu'il modifiait, verbe ou adjectif, sans toutefois avoir une position bien fixe, car ce mot, comme les autres, se transportait sans difficulté d'un bout à l'autre de la phrase, suivant l'intention de l'écrivain. En ancien français on avait de même une grande liberté, et on mettait les adverbes un peu partout dans la phrase, que ce fussent des adverbes de lieu, de temps ou de manière. Ex. :
Hier fut ocis H bons vassals Rollanz...
Li duze Per, que Caries amat tant. (RoL, 3185.)
En particulier l'adverbe se plaçait auprès de l'adjectif, du verbe, ou en général du mot qu'il devait modifier. Ex. :
E vint e quatre de luz les miéïz preisiez. {Ib,, 1872.) Scecedinsque jevous ai AeYaninommei, (Joinv., XLII.)
Toutefois il faut remarquer une tendance très nette à
placer l'adverbe, et particulièrement TadverLe de manière en tête de la phrase. Ex. :
Là vus sivrat, ço dist mis avoez. (RoL, 136.) Tenez mun helme, unkes meillur ne vi. (Ib., 629.) Dist l'Arcevesques : « Asez le faites bien ». (76., 1876.)
En français moderne Tusage est encore très variable et, suivant qu'on veut ou non insister sur l'idée marquée par un adverbe, on le place plus ou moins en vue, tantôt au milieu des autres mots, tantôt détaché au milieu de la phrase. Ex. :
... Parfois, en cette vie^
Une chanson nous berce et nous aide à souffrir,
(Alf. de Musset, Idylle.) Il arrive au sommet des Hautes-Pyrénées, Là, dans Vespace immense il regarde en rêvant*
(V. Hugo, Lég. d. siècles^ IV, 3.) Soudain le mort s'abat et le cadavre frappe,,, Eviradnus est seul. Et Von entend le bruit De deux spectres tombant ensemble dans la nuit.
(Id., i6.,V,2, 17.) Sans doute il est bien tard pour parler encor d'elle, (Alf. de Musset, la Malibran.)
Seul l'adverbe négatif ne demeure presque constamment auprès du mot qu'il nie; il en était déjà de même dans l'ancienne langue, et en latin aussi. Ses compléments pas, point, qui autrefois pouvaient être rejetés assez loin, sont toujours rapprochés aujourd'hui, tout comme la négation même, du mot qu'il s'agit de nier. Ex. :
Li Beduyn ne demeurent en villes y ne en cités.
(Joinv., LI.) Li baron firent tuit (tous) si grant joie que on ne pooit goûte oïr, (Id., LXV.)