‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 314 sur 320 · PLACE DU COMPLEMENT CIRCONSTANCIEL · texte numérisé non relu

PLACE DU COMPLEMENT CIRCONSTANCIEL

Il n'a pas voulu vivre et mériter sa haine.

(Gorn., Ciel, V, 1.) Allez j vengeance, amour, qui troublez mes esprits. Vous n'avez point pour moi de douceurs à ce prix.

(Id., ib., V, 4.)

Place du complément circonstanciel.

567. Le complément circonstanciel, exprimant dans quelles circonstances de temps, de lieu, etc. se fait l'action, peut être rapproché de l'adverbe qui a souvent le même rôle.

Dans l'ancienne langue on le trouve placé à différents endroits de la phrase, là où le sens l'appelle, au milieu ou à la fin, mais particulièrement au début, de façon à fixer l'esprit du lecteur sur les circonstances mêmes avant d'énoncer l'action. Ex. :

Après ces choses je requis à Guillemin,,, qu'il me rendist conte. (Joinv., LXXXI.)

A l'autre dy manche revenimes tuit devant le roy,

(Id., LXXXV.) A ceste cause luy mesme n'estime pas que les yeux de nostre entendement soyent bien illuminez,

(Galv., III, 2, 16.)

Aujourd'hui le complément circonstanciel se place très souvent après le verbe, surtout en prose. Ex. *

Après vous avoir dit en passant ces deux mots pour le Cid du théâtre, je vous donne en faveur de la Chimène de l'histoire les deux romances que je vous ai promises. (Corn., Avertiss. du Cid,)

Ce poème a tant d'avantages du côté du sujet.... (Id., Examen du Cid,]

Vous veniez d'essayer pour la première fois Ce beau luth éploré qui vibre sons vos doigts, (Alf. de Musset, Lettre à Lamartine,)

Mais la règle est loin d'être générale, le complément circonstanciel se déplace et l'inversion est si facile qu'elle se remarque à peine. Ex. :

Lui (Byron) qui rassasié de la grandeur humaine. Comme un cygne à son chant sentant sa mort prochaine. Sur terre autour de lui cherchait pour qui mourir. (Alf. de Musset, Lett, à Lam.)

On pourrait citer d'autres exemples en grand nombre. Ceux-ci, pris dans une seule pièce, montrent de quelle liberté poètes et prosateurs jouissent encore. Il y a un usage, mais auquel on peut déroger chaque fois que le sens l'exige, et il serait à souhaiter que les autres éléments de la phrase fussent restés d'une semblable mobilité» La langue unirait ainsi l'ordre à la variété, la souplesse à la régularité. Or il faut bien le reconnaître, elle a dû sacrifier un peu ses qualités au fur et à mesure que le développement de l'esprit d'analyse lui a imposé une construction de la phrase de plus en plus fixe.

Fin

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