‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 33 sur 320 · DES VOYELLES · texte numérisé non relu

DES VOYELLES

Or, grâce à la structure de l'appareil vocal, le son produit dans le larynx humain peut être soumis à l'influence de divers genres de résonances, car c'est principalement la cavité de la bouche qui fait l'office de caisse de résonance, et la mobilité des joues, des mâchoires, de la langue, des lèvres, permet d'en varier la forme. Le son modifié par la résonance prend chaque fois un timbre différent, même au cas où il ne varie ni en hauteur, ni en intensité ; chaque fois il donne naissance à une voix ou voyelle différente.

Or, la longueur, la largeur, la forme intérieure du tuyau d'émission pouvant être variées à l'infini, et une voyelle correspondant à chacune des dispositions de ce tuyau, il en résulte que le nombre des voyelles possibles est à peu près indéterminé.

31. A. Il y a d'abord les voyelles fondamentales et typiques, qu'on retrouve dans toutes les langues : u (ou), o, a, e, i, qui sont liées entre elles par une série presque indéfinie de transitions peu sensibles. Ainsi, quand on -avance les lèvres le plus possible en les arrondissant, la langue €* le larynx étant tout à fait baissés, on entend le son ou. Pum, à mesure qu'on relève le larynx et la langue, et qu'on ouvre les lèvres en diminuant la longueur de la cavité buccale, du son de ou on passe aux sons de o fermé encore très grave, comme dans apdtre, puis de 0 ouvert, comme dans note, ensuite on arrive à l'a.

A ce moment, les lèvres ont été ramenées en arrière et légèrement ouvertes, le larynx est à la hauteur normale. On est au milieu de la chaîne. Si la progression continue et qu'on élève de plus en plus le larynx et la langue en ouvrant les lèvres, on passe à i'e d'abord, enfin à l'i, quand le tuyau tout à l'heure très allongé a atteint la moindre longueur possible.

L'a est donc au milieu, Vi et Vu (ou) aux deux extrémités de de la chaîne des sons voyelles.

Aucune langue ne possède la série complète de ces sons voyelles, mais toutes en ont un bien plus grand nombre que leur alphabet ne le ferait supposer. De même qu'en fraiiçais la lettre o sert à la fois à représenter les deux sons très difierents qu'on entend l'un dans clore, l'autre dans clos, en latin déjà des voyelles distinctes étaient confondues dans l'écriture. U y avait un son d'à ouvert et un autre d'à fermé, etc., et quand on dit que le latin vulgaire avait Vu (ou), l'o^ Vn>, etc., il faut en-

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tendre que chacun de ces caractères représente moins une voyelle qu'un groupe de voyelles.

3». B. A côté de cette première série de voyelles, les langues ont des sons mixtes, comme Vu et Veu français, qui se produisent lorsqu'on prononce une voyelle en donnant au creux des lèvres la forme qui conviendrait à une autre voyelle, de façon k disposer une partie des organes pour prononcer l'une, l'autre partie pour prononcer l'autre.

Ainsi, ouvrez la bouche comme pour Vou et dites i, le son que vous faites entendre est un u [u français). Le latin ne connaissait pas le son de ew, intermédiaire entre o et e, mais il avait dans quelques mots étrangers Vil représenté par y grec. Les voyelles se présentent donc dans l'ordre suivant :

o - eu - e

u (ou) — u (u) — i

Dans tous les cas que nous avons examinés, la résonance ayant lieu uniquement dans la cavité buccale, tous les sons dont nous avons parlé sont purs. Mais si le voile du palais, au lieu d'être élevé, ne ferme plus les fosses nasales, à la résonance de la bouche s'ajoute une résonance particulière produite dans cette seconde cavité. Les voyelles, de pures qu'elles étaient, deviennent nasales ; ainsi a dans champ ^ o dans f}ont.

33. Quantité des voyelles. — Les voyelles peuvent ise prononcer vite ou lentement; a se prononce plus vite dans patte que dans pâte. Bans le premier cas elle est dite brèvey dans le second longue. Une même voyelle change ainsi de quantité suivant les cas^

La quantité, un peu indéterminée en français, était très strictement réglée en latin classique, et c'est sur elle que reposait, comme on sait, le système de versification des Latins. Mais en latin vulgaire la distinction de quantité était devenue une distinction de qualité, c'est-à-dire que la différence de longueur était devenue une différence de

1. Nous marquerons les longues du signe ', les brèves du signe ",

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