Les suffixes changent de forme
Nous ne parlons pas, bien entendu, des transformations phonétiques que subissent les sons qui les composent, mais de modifications d'un tout autre genre. La plupart sont dues à l'influence de l'analogie.
Ainsi, la première conjugaison ayant influé sur les autres, cette action s*est étendue à la dérivation. Le suffixe latin ihilis (sauf dans les mots où il n'était plus reconnu) a passé à abilis.
C'est pourquoi credibilem a donné croyable (credabilem)^ vendibilem, vendaLble^ etc.
De même le suffixe mentum est devenu amenturrif le fi ançais partant de types comme delectaLmentum et considérant a comme appartenant au suffixe. De là bannissement j par exemple, tandis que blanchiment, qui est de formation savante, reproduit le type latin.
C'est encore par analogie que les suffixes s'agglomèrent ou agglutinent des lettres parasites. En effet, les langues romanes intercalent volontiers des suffixes entre le radical et un autre suffixe. Ainsi :
roi donne roi-t-el, puis roi-t-el-et.
lientôt les deux suffixes sont ajoutés tout d'un coup ;
aigre pluse/e^ donne aigrelet; elet est devenu un véri- Lable suffixe composé des deux autres.
Quelquefois ce sont simplement des consonnes qu'on intercale, suivant l'exemple du latin. Autrefois la vieille langue introduisait volontiers un c.
De noir elle tirait noir-c-ir, de dur ^- dur-c-ir^ de clair — éclair-c-ir.
Aujourd'hui encore on emploie Vr dans mouche-r-on^ aile-r-on; le t dans ahri-t-er, bijou-t-ier.
Puis il arrive que peu à peu la lettre intercalée fait corps avec le suffixe et en devient inséparable. Les suffixes on, eau, ie, se transforment alors en eron, ereau, ene; ier, er en tier^ ter ; ainsi de suite.
t06. Les suffixes changent d'emploi.
Certains suffixes supposent primitivement une certaine catégorie de mots : verbes, substantifs ou autres. Ainsi :
oir, âge supposent un radical verbal : grattoir, grattage viennent de gratter; fer-moir, de fermer;
esse suppose un radical adjectif: tendr-esse vient de tendre; sagesse, de sage.
Mais peu à peu on passe par-dessus cette loi. Quand un certain nombre de mots en âge, par exemple, existent, on formera directement des dérivés analogues sans passer par le verbe correspondant.
De facteur on fera factage; et le verbe facter n'existe pas; équité donnera équitable sans l'intermédiaire d'un verbe
i07. Les suffixes peuvent changer de signification. Ainsi