DES SUFFIXES
le suffixe alis, alla a désigné une réunion de choses. Il représentait une idée collective :
la coraille signifiait: ce qui entoure le cœur; les entrailles, tous les viscères de l'intérieur.
Puis aille a pris une signification péjorative dans certains mots comme : la canaille, la prêtraille.
Un grand nombre de suffixes sont dans le même cas; soit qu'ils aient perdu leur signification première, soit qu'ils l'aient gardée, ils en ont acquis une ou plusieurs autres.
108. En revanche, il arrive souvent qu'au lieu de se développer et de s'enrichir, le sens d'un suffixe se restreint ou devient de plus en plus vague, au point qu'il finit par s'effacer.
Ainsi, dans les mots trava^/, épouvanta^/, qui éveillent aujourd'hui une image simple, on ne voit plus que le suffixe ail^ qui y entre, apporte une idée quelconque. Aussi ce suffixe peut être considéré comme mort ; aie, eil, bien d'autres encore le sont également; quel que soit le nombre des mots où ils figurent, ils ne serviront plus à en créer de nouveaux, parce qu'on ne sent plus leur valeur propre. D'autres les remplacent qui ont hérité de leur fécondité.
t09. liCs snfflxes français. — Le français n'a pas conservé tous les suffixes du latin ; d'abord pour des raisons phonétiques. Tout suffixe^ pour passer en français, doit être syllabique et accentué. Aussi les suffixes comme : eus, ius, us, etc. n'ont rien donné en français; d'autres, qui eussent pu produire, n'ont pas passé; ainsi : uscus^ iscus, etc..
En revanche, le français a un grand nombre de suffixes que ni le latin classique ni le latin populaire n'ont connus.
En tout, il en possède environ quatre-vingt-dix, c'est-à-dire assez pour trouver dans la dérivation un moyen inépuisable d'augmenter son vocabulaire.
110. On classe souvent les suffixes d'après leur signification, en faisant deux catégories spéciales pour les augmentatif s QilQ^ diminutifs: les premiers ajoutant au radical ridée de grandeur, les seconds l'idée de petitesse.
Mais cette division, bonne en soi, convient mal au français. D'abord notre langue n'a pas, à proprement parler, d'augmentatifs, car les suffixes comme on, ard, qui marquent augmentation, marquent souvent aussi diminution. En second lieu, les diminutifs n'ont pas, pour la plupart du moins, un sens absolument net et unique. L'idée de petitesse qu'ils expriment est voisine, tantôt de l'idée de grâce et de gentillesse, tantôt de l'idée d'imperfection. Il en résulte que les dérivés formés d'un suffixe diminutif sont quelquefois des termes de caresse. Ex. : pauvret, ôé^asse; d'autrefois, au contraire, renferment une idée défavorable et deviennent, comme disent les grammairiens, des péjoratifs, Ex. : noiraud, rfowceâtre.
Pour ne pas trop multiplier les divisions, nous donnons les principaux suffixes dans l'ordre alphabétique, en mettant seulement à part les suffixes nominaux, verbaux et adverbiaux,
lit. Suffixes nominaux :
able (du lat. ahilem^ cbiLem, ibilem) se joint au radical des verbes ou des substantifs pour donner des adjectifs. Ex. : croyable, charitable. Ajouté aux verbes, il marque la possibilité. Ainsi : défendable (qui peut être défendu).
ade (du lat. atam, suffixe étranger emprunté au xvi' siècle, passé depuis dans la langue populaire). Il a remplacé l'ancien français ée, dérivé aussi de atam. Ex. : œillade, fusil-