‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 83 sur 320 · LES SUFFIXES POPULAIRES · texte numérisé non relu

LES SUFFIXES POPULAIRES

«ade. Ce suffixe a dans certains mots un caractère péjoratif, ainsi dans bravade.

âge (du lat. aticum) formait à l'origine des adjectifs. On disait du lait fromage {pour formage, proprement: du lait caillé dans une forme). L'adjectif pris au neutre devint ensuite un nom de chose concret : le fromage, Vherbage, Aujourd'hui âge sert à former principalement des noms abstraits d'action. Ex. : monnayage, mouillage.

agne, aigne (du lat. aneam) est mort aujourd'hui. Il a servi à former des noms concrets. Ex. : montagne.

aie, oie (du lat. etam) est également mort ou à peu près. Il, désignait une collection, une plantation. Ex. : awnaie (un lieu planté d'aunes).

ail (du lat. aculum) est mort. On le retrouve dans : travail, épouvantdjl.

aille (du lat. alia) donne des noms féminins qui désignent une collectivité. Ex. : marmaille (réunion de marmots). Ce suffixe a aussi une signification péjorative. Ainsi dans : valetaiWe.

ain, aine (du lat. anum, anam), conservé dans a/"ncain, douzaine, est mort aujourd'hui.

ais (du lat. ensem, esem) paraît aussi sous la forme ois dans les noms de peuples. Ex. : Hollandais, Danois.

aison (du lat. ationem) est aujourd'hui remplacé par le suffixe savant ation qui a la même origine latine. Il servait jadis à former des noms abstraits et concrets. Ex. : déclinaison, salaison,

al, el (du lat. alem) sont encore très féconds. Ils entrent dans une foule d'adjectifs. Ex. : royal, postal, mortel, insurrectionnel.

ant (du lat. antem) se retrouve dans tous les participes présents français. Ex. : choquant (Voy. aux participes).

ance (du lat. antiam) s'est joint au radical d'un grand nombre de verbes. Il marque l'action ou le résultat de l'action. Ex. : vengeance, croyance. Ce suffixe est encore vivant, mais il s'emploie plus rarement aujourd'hui qu'autrefois.

ande (du lat. andam et endam) a disparu aujourd'hui devant le suffixe savant ende. On le trouve dans : viande, offrande.

andier (dérivé du précédent) désigne celui qui fait l'action marquée parle verbe auquel on joint le suffixe. Ex. : lavandière^ taillandier.

ange (du lat. emiam), qu'on trouve dans vendange, louange, et ange (du lat. aneuni), qui entre dans étrange, sont éteints.

ard (du germanique hart) a figuré d'abord dans des noms propres : Renard, Bernard. 11 forme des noms communs de choses ou de personnes comme richard, canard ; des adjectifs, ainsi : bavard, pillard. Il donne à beaucoup des mots où il entre un caractère péjoratif, témoin : mouchard, communard. Aussi les Savoyards prennent-ils volontiers le nom de Savoisiens. Ce suffixe tend à se confondre avec are qu'on trouve dans ignaie.

as, asse, ace, ache (du lat. aceum, aceam)-, is, isse, iche (du lat. iceum, iceam, icium, iciam) ; oclie (du lat. oceum, oceam)', uche (du lat. uceum, uceam), ont formé des adjectifs et des substantifs auxquels ils ont donné en général une signification collective, augmentative ou péjorative. Ex. : coutelas, molasse, bravache, cailloutis, caniche, sacoche, perruche.

âtre (du lat. asterum) signifie : gui a des airs de. De là des adjectifs et des substantifs qui renferment une idée péjorative. Ex. : paràtre, bellâtre.

aud, aude (du germ. wald, anc. franc. : ald, aide) entre d'abord dans des noms propres. Ex. : Penaud. De là dans des noms communs et des adjectifs auxquels il donne en général une valeur péjorative. Ex. : nigaud, salaud.

é, ée (du lat. atum, atam) marque la possession. Il sert à former des adjectifs. Ex. : fortuné, étoile. (Gompar. ade) .

eau, elle (du lat. ellum, ellam, anciennement el) a une valeur diminutive encore très sensible. Ex. : lionceau, tyranneau- Il tend à disparaître devant ereau, erelle et oteau, qui en dérivent et qu'on trouve dans poétereau, diabloteau.

ement (du lat. amentum pour mentum) est un suffixe très fécond. Il forme des dérivés de verbes qui expriment soit l'action, soit le résultat de l'action signifiée par le radical. Ex. : déraillement, engloutissement.

erie est dérivé de ie, qu'il a aujouid'hui supplanté. Joint au thème des adjectifs et des verbes, il forme des substantifs

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