‹ Précis de grammaire historique de la langue française; avec une introduction sur les origines et le développement de cette langueChapitre 84 sur 320 · LES SUFFIXES POPULAIRES · texte numérisé non relu

LES SUFFIXES POPULAIRES

féminins. Ces substantifs sont : 1° des noms de qualité, £x. : bizarrerie, étourderie ; 2" des noms d'art ou de métier qui en général désignent aussi le lieu où cet art s'exerce. Ex. : verrene, brasserie ; 3° des noms qui expriment le résultat concret ou abstrait de l'action signifiée par le verbe auquel on a joint le suffixe. Ex. : tromperie, criaillerie.

esque (du lat. iscum, par l'intermédiaire de l'italien esco) exprime la manière, la ressemblance, l'origine. Ex. : arabesque, barbaresque. Il a souvent un sens péjoratif. Ex. : tiidesque, soldatesque.

esse, ise (du lat. itiam) forment des substantifs féminins. Ex. : richesse, franchise.

esse (du lat. issam, grec issan) s'ajoute à des noms pour former des noms féminins d'hommes ou d'animaux. Ex. : mulâtresse, dnesse.

et. ette, it, ot, otte (du lat. ittum)se joignent à des noms ou à des verbes pour donner des substantifs, à des adjectifs pour donner des adjectifs. On intercale souvent les syllabes el, er entre le suffixe et le radical. L'idée est diminutive sans aucune nuance péjorative. Ex. : pauvret, tablette, pâlot, boulotte, côtelette.

eul, euil, ol (du lat. olum. olam, eolam, eolum, iolum, iolam) avaient autrefois une valeur diminutive. Ex. : chevreuil, filleul, rossignol', ils sont aujourd'hui éteints.

eur (du lat. orem) a donné des substantifs à signification abstraite. Ex. : froideur, noirceur.

eur, euse (du lat. atorem, anc. fr. edor, eor, eeur) sert à former des noms d'agents. Il est encore très fécond. Ex. : joueur, receveur. Dans la langue populaire eur se confond avec eux, euse, il a sous cette forme une signification péjorative. Ex. : partageux.

eux, euse (du lat. osum, osam) est toujours fécond, et donne une masse d'adjectifs. Ex.: pierreux, poussiéreux.

ie (du lat. îam pour îam) est aujourd'hui éteint. 11 servait à former des noms abstraits comme folie, jalousie. Dans quelques-uns d'entre eux, le peuple tend à remplacer io par erie et a dire mairerie, jalouserie suivant l'analogie des mots nouvellement formés, où le suffixe ie s'est fait précéder de er.

ien, ienne (du lat. anum) paraît d'abord dans certains mots. comme païen (paganum), où a latin tonique entre une palatale et une nasale a donné ie; puis ien est devenu, par analogie, un véritable suffixe, qui sert à la dérivation de noms et d'adjectifs. Ex. : luthérien, Capétien.

ier, ière (du lat. arium, ariam) aurait dû prendre la forme air. Mais, précédé dans un grand nombre de mots d'une gutturale, il est devenu régulièrement ier en pareil cas. Ainsi dans 6er^ier, de *vervecarium. Puis, par analogie, il s'est maintenu sous cette forme dans d'autres mots. Ex. : batelier, chandelier. 11 se réduit quelquefois à er, ère, Ex. : poulailler, genouillère. Très fécond, il sert k former des noms d'hommes comme serrurier, des noms de choses comme guêpier, théière et aussi des adjectifs. Ex. : fruitier, viager.

il (du lat. iculum, ilé) qui se retrouve dans pérU, chenil, n'est plus vivant.

ille (du lat. iculam) se retrouve dans aille, eille, ouille. Il s'emploie encore pour former des noms qui désignent une collection de menues choses et qui sont assez nombreux. Ex. : brindille, flottille.

ïn, ine (du lat. inum) donne naissance à des noms propres ou communs et à des adjectifs. Ex. : messin, terrine, enfantin. Ce suffixe est commun à la langue savante et à la langue populaire. (Voir par. 156.)

oir, cire (du lat. atorium, atoriam; anc. fr. edoir, edoire, eoir, eoire) sert à tormer des substantifs désignant le lieu où se fait une action, ou l'instrument qui sert à celle action. Ex. : mangeoire, encensoir.

on (du lat. onem) forme des dérivés avec les verbes ou les noms. Ces dérivés sont des noms de personnes, comme piéton. Saxon-, ou d'animaux : oison, étalon; ou des noms de choses : jambon, chiffon. Ce suffixe donne au mot, tantôt une valeur augmentative, Ex. : caisson ; tantôt, au contraire, une valeur diminutive, Ex. : veston. Dans ce dernier cas, on est souvent précédé de er ou de ill. Ex. : puceron, carpillon.

té, été (du lat. tatem) s'ajoute aux adjectifs pour former des noms abstraits exprimant l'idée de la qualité signifiée par l'adjectif. Ex. : 6onté, chasteté. Ité, d'origine savante, tend à remplacer té et été. (Voir par. 156. y

LES SUFFIXES POPULAIRES. iW

u (du lat. utum) servait dans l'ancienne langue à former des adjectifs qui exprimaient un développement particulier d'une partie du corps. Ex. : têtu^ charnu. Il n'est pas encore éteint. Le dérivé moustachxi est de notre siècle.

ure (du lat. aturam, anc. fr. edure, eure) marque l'action subie et le résultat concret de l'action. Ex. : blessure, gravure. Ce suffixe est encore vivant, mais souffre de la concurrence du suffixe savant ature. (Voir par. 156.)

it^. Suffixes verbaux,

ir (du lat. ire) a servi à former de nombreux verbes tirés surtout d'adjectifs, comme :

blanchir, noircir, grandir.

L'emploi de ir est aujourd'hui très restreint.

er (du lat. are) est le véritable suffixe de la dérivation verbale. Le nombre des verbes qu'il sert à former est illimité. Tous les jours il en apparaît de nouveaux : patronner, sauvegarder, luncher.

En outre, ce suffixe er s'ajoute à des suffixes que nous avons déjà vus et l'idée exprimée se marque alors d'une nuance spéciale généralement diminutive et méprisante. On forme ainsi des verbes en

ailler : towssailler, philosophaiUer, qui ont un sens péjoratif.

eler : bosseler.

iller : sautiller.

iser : macadamiser, hypnotiser, dépoétiser. onner : chantonner.

ocher : ^dnocher.

oter : bibeloter, pensoter.

fis. Suffixe adverbial.

Le suffixe ment, qui a servi à former la plupart des adverbes français, dérive du latin mente, ablatif du mot me7is, esprit. On a d'abord dit prudente mente, pour prudenter, en rapprochant ce mot mens d'adjectifs qui pouvaient qualifier l'esprit. Puis peu à peu la signification de ce mot s'est perdue et l'on n'a plus vu en lui qu'un suffixe ordinaire servant à former les adverbes; on l'a alors accolé à toutes sortes de radicaux. Une multitude

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