JUXTAPOSITION
fois à la composition et à la juxtaposition. Nous l'étudierons à part.
118. Resterait à faire la chronologie de la composition. Il est impossible d'en donner une idée générale. La langue a formé des composés et des juxtaposés à toutes les époques de son histoire :
à l'époque latine : Forum Julii, Fréjus;
à l'époque romane : lunœ diem^ lundi;
au moyen âge : Hôtel-Dieu;
dans les temps les plus modernes : timbre-poste.
Il est vrai que, comme on peut le voir par ces exemples, elle n'a pas toujours procédé de la même façon. Nous l'indiquerons en parlant de chaque type de composés.
Juxtaposition.
119. La juxtaposition donne : des substantifs^ des adr jectifs, des pronoms^ des verbes^ des mots invariables.
120. Substantifs. — A. Beaucoup de substantifs sont issus de la juxtaposition de deux termes dont l'un qualifie l'autre. Ainsi en latin classique :
reS'publica; jus-jurandum (serment);
en latin populaire :
dies dominica (dimanche) ;
avis tarda (oiseau lent) (outarde) ;
De même en français :
aubépine, beau-père, beau-fils, bonheur, bonjour, midi, minuit;
ou bien avec l'adjectif en second :
i66 DU LEXIQUE.
amour-propre y bœuf gras, raifort, saindoux (de sain = sagimen (graisse) et doux).
A côté des mots de cette première catégorie trouvent place des mots comme :
blanc-bec, pied-bot,
dans lesquels on voit souvent des composés.
Généralement on les analyse en disant : pied-bot, c'est-àdire homme qui a le pied bot. Il n'y a aucune ellipse de ce genre. Il y a simplement dénomination d'un objet par une de ses parties saillantes; puis le nom de cette partie devient par image le nom de la substance même, c'est-à-dire de l'objet.
C'est ainsi que pied-plat désigne finalement l'homme même qui a le pied plat.
Ces locutions juxtaposées donnent naissance à de nombreux substantifs, et comme elles s'emploient pour qualifier les personnes, elles deviennent peu à peu noms propres. Ex. : Guillaume Longue Epée, Jacques Bon Dos.
Le genre du juxtaposé est celui du substantif qui lecompose. Mais il arrive souvent qu'il change de genre. Autrefois rougegorge était féminin, comme le substantif ^org^e dont il est formé. Aujourd'hui, on dit un rouge-gorge.
fXl. D'autres substantifs sont issus de la juxtaposition de deux termes dont l'un dépend de l'autre.
On trouvait en latin classique et en latin populaire des juxtaposés de ce genre en assez grand nombre. Ex. : pater familias (père de famille), legislàtio (législation), lunœ dies (lundi), /)wWi/)ec^em (polpier,poulpier), cornes stabuli (conestable).
En vieux français le régime pouvant, comme en latin, s'exprimer sans préposition, la langue avait formé un assez grand nombre de mots, comme :
Hôtel-Dieu, fête-Dieu, trou-madame, Bourg-la-Reine, Montilz-les-tours.
La langue moderne, outre ces débris, fait encore des iaxtaposés analogues :