JUXTAPOSITION
la maison Pierre et C", le ministère Gambetta, le chocolat Peyron, etc..
laa. Mais généralement le régime est précédé d'une préposition, suivant les règles de la syntaxe actuelle. Les prépositions employées sont :
à. Ex. : ver à soie, chambre à coucher, pain à cacheter; en. Ex. : arc-en-ciel, croc-en-jambe, bachelier es [eii les)
lettres ; sur. Ex. : Arcis-sur-Aube; lez (de latus = près). Ex. : Plessis-lez-Tours ;
enfin et surtout de. Ex. : aide de camp, eau de vie, champ de Mars, chemin de fer, hôtel de ville,
123. A ces juxtaposés de subordination se rapportent les juxtaposés du type de pied-d'alouette, qui p?" métaphore s'appliquent à un objet autre que celui qu'ils désignent proprement.
Absolument comme on dit : feuille en parlant d'un livre comme d'un arbre, on dira : rat de cave, non pas seulement de l'animal, mais d'un employé de la régie que la malignité populaire lui compare.
De même : œil-de-bœuf désigne une fenêtre, pied-d'alouette une plante, etc.
1*4. Adjectifs. — Ils sont formés ou bien d'un adverbe et d'un adjectif. Ex. :
bien heureux, mal adroit, dés honnête,
ou bien d'un adjectif pris adverbialement et d'un autre adjectif. Ex. :
clair voyant, nouveau^néy ou enfin d'un adjectif et d'un adjectif. Ex. :
sourd-muet, aigre-doux, ivre mort; Les adjectifs juxtaposés sont rares. Notez cependant dans
ia numération les formes : deux mille, quatre-vingts y vingt-deux, etc. qui sont des juxtaposés.
««5. Pronoms. — Nous aurons à les étudier en détail. Disons tout de suite que la plupart des pronoms français sont des juxtaposés. Le latin avait déjà une tendance marquée à agglomérer les thèmes pronominaux. Le français accentue encore. Ainsi :
celle correspond à ecce illam, celtes — ecce istas, etc.
Et les pronoms sont à peine formés qu'on les renforce déjà fpar des adjonctions : à celui s'ajoute ci (ecce hic), et on a : celui-ci [= ecce illui ecce hic).
Lequel, aucun, même, s'expliquent par des formations analogues.
l««. ¥erbcs. — Ils peuvent être formés d'un verbe et d'une particule comme défaire (Voir plus loin) ou d'un verbe régi par un autre verbe : faire cuire, faire faire,
iîMf. Mots invariables. — Adverbes, prépositions, conjonctions.
Le français n'a conservé que peu de particules latines. Il les a remplacées dès l'époque romane par des mots nouveaux dans la formation desquels la juxtaposition a joué un rôle considérable. Et depuis, il n'a pas cessé d'en former de semblables :
V II combine plusieurs particules. Exemples :
Latin classique : desuper, subinde.
Latin populaire : abante.
Français : dont correspondant à de unde,
ensemble — in simul,
arrière correspondant à ad rétro, dans — de intuSy
Cf. dés-or-mais, dor-én-av-ant, de-hors, etc. 2" Il combine une préposition et un nom. Exemples : Latin : in-vicem, oh-viam.
Français : a-mont, a-val, à Ventour, à la fois, à présent, au reste, à gauche, à la dérobée, à la prussienne, à tue-tête, à reculons, tour à tour, vis-à-vis.
C'est ainsi que sont formées les prépositions ou locutions prépositives : avec, parmi, à travers, à cause de, et autres.
3° Il prend un nom et un adjectif à l'ablatif absolu ou en latin populaire à l'accusatif. Exemples ;
Latin : hodiè, reipsâ;
Latin populaire : hanc horam (encore);
Français : une fois, autrefois, toujours, longtemps.
Nous avons déjà eu l'occasion de signaler le substantif men^e, qui a donné un véritable suffixe. Notons seulement ici que les premiers adverbes formés avec mente avaient le caractère de véritables juxtaposés. Ex. : fera-mente (fièrement).
k" Il prend une phrase entière pour en faire un adverbe. Exemples :
pie ça (pièce y a),
naguère (n'y a guère),
peut-être (il peut être, arriver),
nonobstant,
cependant.
Composition par particules,
128. Orig^ine des particules. — Le latin, classique OU vulgaire, possédait un grand nombre de mots formés d'un simple ou d'un composé et d'une particule. Mais certains d'entre eux, pour des raisons diverses, sont apparus comme des mots simples et ont passé en français suivant les lois ordinaires qui régissent les mots simples, Ge sont par exemple des mots comme conswere, coudre, qui avait
supplanté et remplacé complètement le simple suere disparu de la langue ; ou bien conficere, qui avait un sens si éloigné du primitif facere qu'on n'y retrouvait plus ce primitif, d'autres enfin où la fusion entre les éléments avait été, on ne sait pourquoi, très intime. Ex. : infans (de m, non, et fans, parlant) = enfant. Tous ces mots ont été traités comme des simples.
Mais, sauf ces exceptions, la plupart des composés latins se sont décomposés à l'époque romane. Quelquefois il y avait eu altération de la préposition ou du radical, chacun de ces éléments reprend sa forme propre. Ainsi : ac-cepto était formé de ad, le d s'étant assimilé au c et de capto où Va avait été affaibli en e, accepta est remplacé par la forme aô.-cdLpto; in-imicus formé de in (=non) et de amicus (ami), affaibli en imicus, redevient inamicws. On sent que le mot est fait de deux parties distinctes; on leur rend leur intégrité, souvent même on recompose ce mot en y introduisant une particule différente de celle qui s'y trouvait anciennement. Ainsi, dans dedignari on introduit, au lieu de de, la forme dis. De là : disdignare, desdaigner; snhmittere, devient snhius-mittere, d'où sosmettre, soumettre; iiluminare se change en a.àluminare, allumer, invitare en convitare, convier.
Ce sentiment très vif de la composition rend aux particules leur vie propre et va leur permettre de donner dans la nouvelle langue de nombreux rejetons.
t29. Nature des particules. — Les particules sont des adverbes ou des prépositions : des adverbes. Ex. :
mal (malgré, ïnal/iewr), bien [bienheureux), non [nonchaloir);
des prépositions. Ex. : sur (surfaire), par [pardonner).
130. Ces particules sont séparables ou inséparables, c'està-dire que les unes gardent leur rôle d'adverbes, et de prépositions. Ainsi : bierij sur, contre^ par.
Les autres au contraire n'existent plus dans la langue en dehors des mots où elles sont entrées en composition. Ainsi in, con, qu'on retrouve dans enfant, confesser, sont des particules inséparables.
131. Emploi des particules. — Les particules se combinent avec les radicaux de deux manières :
1<* Il y a simplement composition.
Une particule et un verbe forment un verbe. Ex. : abattre, combattre.
Une particule et un nom ou un adiectif forment un nom ou un adjectif. La particule est alors un adverbe ou une préposition. Ex. : malheureux, avant-bras, contrepoison.
2** Il y a dérivation en même temps que composition, c'est-à-dire qu'on ajoute un suffixe en même temps qu'on prépose une particule. Le radical est toujours un nom ou un adjectif, mais suivant que le suffixe est un suffixe nominal ou verbal, on a un verbe ou un nom.
a. Il y a beaucoup de verbes formés suivant ce procédé. Ainsi, de barque, par l'adjonction du préfixe em, et du suffixe er, on tire directement : em-barqu-er, sans l'intermédiaire d'un mot barquer qui n'existe pas. De même
de an, sur-anné, de courage, encourager^ de friche, défricher, de gaine, dégainer, de ligne, aligner, de table, attabler.
On fait de même des verbes avec des adjectifs. Ainsi :
de pire, empirer , de niais, déniaiser, àe juste, ajuster.
Les verbes de la deuxième conjugaison en ir, ainsi dérivés et composés, comme : atterrir, s'enorgueillir, abêtir, sont généralement de formation plus ancienne.
p. Les noms sont beaucoup moins nombreux que les verbes. En voici quelques exemples :
entre-colonnement, soubassement.
Les adjectifs sont en assez grande quantité. Citons : souterr-ain, sur-hum-ain, qui ont de nombreux analogues.
i3t. liiste des particules. — Voici maintenant la liste des particules principales qui ont servi à composer les mot.<» français :
p Particules prépositionnelles :
ad (qu'on retrouve par assimilation avec la consonne voisine sous les formes : oc, af, ag^ ab, ap, ar, as, at, a) est très usitée. Elle signifie une idée de direction, au propre vers un lieu, au figuré vers un but. Exemples :
Qiiabler, a.'ppauvrir, accabler, assoler, attaquer.
L'ancien français avait laissé tomber le d repris depuis sous l'influence savante. Il disait :
a-emplir {ad-implere) ; a-guarder, a a subsisté sous cette forme dans des substantifs comme:
acompte, aguet, aloi.
ante, franc. : an se retrouve dans :
ances^re {ante-cessor), autan {ante-annum).
Cette particule n'a rien donné dans la langue populaire, sinon sous la forme composée : abante, avant. Ex. :
avant- cowrewr», aYant-garde.
contra, franc. : contre, qui signifie la réciprocité, ropposition^ la réaction, donne de nombreux composés :
contredire, contre-révolution, contTemarche.
Cette particule a été principalement usitée au xvi* siècle. Il est à noter qu'elle ne s'unit jamais à des noms de personnes, où elle est remplacée par la particule savante anti. Ex. : antipape, Anti-Lucrèce,
cum, qu'on retrouve dans les mots venus du latin, tels que correspondre, combattre, n'est employé en français qu& dans la langue savante.
de, conservé dans : décliner, délecter, a été chassé par dis, franc. : des, dé, qui signifie éloignement, et au figuré, privation, cessation. Ex. :
descharger, décharger, déshonneur, désagréable.
ex, franc. : es, é, exprime l'extraction, l'éloignement, la privation, avec des sens voisins de de. Ex. :
échanger, égrener, égoutter, foris, franc. : for, four, hors, signifie dehors, à côté. Ex. :
tor faire, tourvoyer, hormis;
c'est une particule très peu féconde.
in, franc. : en, em, forme de nombreux composés :
enjoindre, enfermer, enfoncer, encablure, encorbellement.
inde, franc. : end, ent, en, inconnu dans la composition latine, exprime l'idée de sortie, d'éloignement. Ex. :
enlever, enfuir (fuir de là, porter hors de là).
Comparez : s'en aller, s'en retourner,
inter, franc. : entre, signifie par le milieu, ou à demi; il indique aussi la réciprocité. Ex. :
entrecoi^per (couper par la moitié)*
entre-6di/^er (ouvrir à demi).
s'entfç,ider (s'aider l'un l'autre). . .
per, franc. : par, qui a le sens de jusqu'au bout, était très usité dans l'ancienne langue. Citons les verbes :
■g-cTachever, parvenir, parcownr.
post, franc. : puis, se conserve dans quelques mots comme : puîné.
pressus, franc. : prés, entre en composition sous la forme après. Ex. : après-demain.
pro, franc. : pour, a donné :
pour/enrfre, pourpoint, etc.
re, franc. : re, marque répétition, Exemple : refaire, rétablissement dans un état, — regagner,
augmentation, — reluire, raffoler,
rétrogradation, — retourner,
réaction, — récrier,
réciprocité, — racheter.
sub, franc. : sou, se, qui se retrouve dans des mots venus du latin, comme sourire, secourir, est remplacé par
subtus, franc. : sous, sou. Ex. :
soupesé?', sosmettre, soumettre, soutenir, souligner. super, franc. : sur, a donné :
surajouter, surenchérir, surprendre, etc.
sursum, susum, franc. : sus (dessus), entre dans :
susdit, susnommé'.
trans, franc. : très, tré, quelquefois tray se retrouve dans :
trai^erser, trahir, trépasser, trébucher. (Gomp. très bon.) ultra, franc. : outre, signifie : au delà. Ex.:
outrecuidant, outrejoasser.
vice, franc. : vi, se trouve dans les mots :
YÏcomte, Yidame.
Mais la forme savante vice s'introduit dans la langue courante. Ex.:
vice-amirai, vice-roi
2«> Particules quantitatives.
bis. franc, bis, bes, bas, bar, bé, ba, gui, signifie: doublement. Ex. :
hisaïeul^ hesaiguë, balance. (Voyez plus bas, 3**.)
plus se rencontre dans des mots comme : la -plupart^ le ]plvLS-que-parfait.
trop, dans : trop-p?em, etc.
mi, demi sont des adjectifs.
semi n'est pas populaire : semi-voyelle , semi-historique^ sont des mots savants.
3° Particules qualificatives.
bene, franc. : bien, est séparable. Du latin viennent : hénir {benedicere) et quelques autres.
Le français a formé bien-dire, bien-aimé, hienfait, bienvenir.
maie, franc, mal, est passé dans des mots latins. Ex.: maie dicere : maudire.
Mais le français a fait :
malavisé, malhonnête, maussade.
minus, franc. : mes, me, indique une idée de déchéance. Ex. :
mé^^ris, méconnaître, mésuser, mésestimer, mégarde, méchant.
bis, indique une défectuosité choquante, une bizarrerie baroque. Ex. :
herlue (bis lux),
hévue,
Mais fbifacem),
biscornw.
Cette particule est morte.
cal (d'origine inconnue) entre dans !
cagot, camus, galvauder, Galuchard, Calino, etc.
4* Particules négatives.
non, qui se trouve dans : nonpareilf nonobstant, nonc/iatant, était autrefois très usité ; mais cette particule cède peu à peu à in, qui de la langue savante commence à pénétrer dans le neuple.
Composition proprement dite,
133. iVoms composés. — Composés formés par apposition. Deux substantifs sont placés en apposition de telle façon que l'un devient un véritable adjectif qui détermine l'autre, comme dans :
chef-lieu (lieu qui est un chef),
roi-prophète (un roi qui est en même temps un prophète).
Ce procédé de composition n'est guère latin ; il a donné et donne encore en français un assez grand nombre de mots :
Tantôt le déterminant précède le déterminé. Ainsi dans .
maître clerc ^ mère patrie.
Tantôt le déterminant suit, c'est le cas le plus fréquent. Exemples :
bateau-mouche, café-concert, châle-tapis, commis voyageur, gom,me laque, jardinier fleuriste, paletot-sac, pierre ponce, sabre-baïonnette, saisie-arret, sergentmxijor.
134. Composés formés d'une préposition et d'un nom ou d'un verbe.
Il en existe déjà en latin. Exemples :
proconsul, pro consule (pour le consul), inter-vallum (intervalle) .
De même en latin populaire : in odio (en haine).
Beaucoup des composés de cette sorte ont été originairement des adverbes, puis ils ont passé à l'état de substantifs. La plupart du temps, ils sont masculins comme : enjeu, abandon, le masculin représentant ici un neutre.
Mais quelquefois, quand la soudure a été assez complète pour que le mot parût simple, il a pris le genre qu'indiquait sa finale : c'est ainsi que soucoupe, affaire, autrefois masculins, sont devenus féminins.
On trouve ainsi formés de a : a.bandon, diverse, adieu; de avant : avant-scène; de après : 2i^Tès- dîner ; de contre : contrepo^on; de en : embonpoint; de entre : entr'ac^e; de hors : hors- d' œuvre, îâubourg (îovsbourg); de par : iparterre, pardessus; de sans : sans-cœur, sans culte; de sous : sous-mam; de sur : surlendemain, surplis.