Substantifs formés de deux noms dont l'un est
BRUNOT. i 2
ils DU LEXIQUE.
subordonné à Vautre. Le second nom se trouve par suite à un cas régime qui devrait être marqué par une préposition, mais cette préposition est sous-entendue.
La langue a répugné à cette formation. Elle n'a guère que quelques composés de ce genre :
appui-main, quartier-maître.
Mais il est à remarquer qu'elle commence à en former de nouveaux :
timbre-quittance y mandat-poste^
et quelques autres qui sont de véritables composés de dépendance et non d'apposition, et ne peuvent s'expliquer quepar l'ellipse d'une préposition.
13». Substantifs formés d'un verbe à Vimpératif suivi de son complément.
Cette composition est très féconde, elle a donné dans la langue populaire bien près d'un millier de mots, la plupart expressifs et pittoresques. Le principe en a été très discuté. Il n'est pas douteux aujourd'hui qu'on a commencé par mettre le verbe à l'impératif, puis comme la forme del'impératif, dans couvre-chef par exemple, est semblable à celle de l'indicatif, et que d'autre part la transformation du sens fait disparaître la notion de l'impératif, on est arrivé par erreur à former des composés analogues avec l'indicatif^.
A cette classe appartiennent des mots comme :
suivez-moi jeune homme, ne m'oubliez pas, laissez passer, marchepiedy abat-jour, attrape-nigaud , bouche-trou, cache-nez, casse-noisette, chasse-mouches, chausse-pied, coupe-bourscy couvre-lit, croque-mort, essuie-main, gagne-pain, garde-cendre, pèsevin, porte-allumettes, baisemain , passe-partout „ rendez-vous.
« 38. Verbes composés d'un substantif régime et d'un verbe.
Le latin connaissait cette formation, comme le prouvent les mots animadvertere, manumitterey d'autres encore.
Le substantif se trouvait là à un cas oblique, il devenait une espèce de thème, le sens seul du verbe indiquant par quel rapport le substantif lui était uni. De ces types latins on peut rapprocher les composés français :
manœuvrer (manu operare), travailler avec la main; bouleverser : verser en boule ; chavirer : virer de tête ; vermoulu : moulu des vers.
Remarque. — Le latin composait, par suite d'une fausse analogie, avec un verbe fictif : ficare venu de facere (faire) . De là des mots comme :
sanctificare (sanctifier), ludificare (jouer).
Ce verbe ficare prend en français la forme fier et devient un véritable suffixe de dérivation très usité aujourd'hui, comme le prouvent les composés français ; certifier, clarifier, vérifier, versifier, et une foule d'autres comme barbifier, qu'on forme tous les jours.
139. Il faut ajouter quelques composés irréguliers : coq-à'Vâne, à la queue leu leu (à la queue du loup),
des composés enfantins faits d'une syllabe répétée : bébé, nounou, dodo,
des onomatopées :
cricriy crincrin, flonflon, etc..