CHAPITRE IY
Lexique du Commandement.
Nous faisons suivre la description de chaque mouvement d’une note indiquant les principales fautes qu’on peut accomplir avant ou pendant l’exécution. Nous avons cherché ainsi à bien faire comprendre la valeur capitale de la position fondamentale en gymnastique éducative. Nous avons voulu surtout éviter les tâtonnements et les erreurs aux exécutants et aux maîtres, persuadé que nous sommes que le peu de résultats obtenus provient de l’ignorance des fautes commises et par cela même de l’incorrection des mouvements exécutés. La position de Fixe est l’attitude gymnastique la plus difficile à conserver sans commettre de fautes. C’est de sa pureté que dépend la valeur des mouvements exécutés de plain pied. Nous en donnons une description aussi complète que possible ; nous signalons les fautes commises dans cette attitude.
Terminologie.
Positions fondamentales.
I. Fixe. — Corps reposant sur la plante des pieds en position debout. Pieds en équerre, jambes tendues, bras tendus en bas, poitrine développée en avant, épaules rejetées en arrière, tête dans l’axe du corps, menton dans le plan vertical, non relevé, axe de la bouche dans le plan horizontal, mains ouvertes, face palmaire tournée du côté de la cuisse, doigts tendus.
La position fondamentale de Fixe, en forme pure, est assurée par huit temps préparatoires, i" Temps : Fixation de l’articulation du cou-de-pied. 2” Temps: Fixation de la jambe par la contraction des muscles de la cuisse avec fixation de la rotule contre l’articulation du genou. 3' Temps : Fixation du bassin par la contraction des muscles du massif lombaire et extension de la colonne verté-
braie fixée dans le plan vertical par les muscles de toute la région dorso-lombaire. 4" Temps : Fixation de l’abdomen par la contraction du muscle grand droit de l’abdomen en lixant l’appendice xyphoïde dans le plan vertical du pubis. Contraction des muscles de la ceinture abdominale. Ventre enfoncé et creusé faisant opposition à l’ensellure des lombes et la corrigeant. 5' Temps : Fixation des épaules par la contraction des faisceaux musculaires du trapèze et du rhomboïde pour la fixation du bord interne des omoplates le long- de la colonne vertébrale et sur la cage thoracique, dans un plan vertical. Projection sans raideur du moignon des épaules en arrière, développement de la poitrine sans forte tension du grand et du petit pectoral, la cage thoracique devant fonctionner facilement pour le libre jeu des poumons. 6' Temps : Fixation de la tête par la contraction des muscles du cou, trapèze (faisceau supérieur), splenius, scalènes, sterno-cleïdo-mastoïdien pour la fixation de la tête sur la colonne vertébrale dans le plan vertical. f Temps : Fixation des bras par la contraction des muscles de l’épaule, et du bras (triceps brachial) pour la fixation de l’avant-bras sur le bras tendu le long du corps. 8' Temps : Fixation de la main par la contraction des muscles extenseurs de la main sur l’avant-bras, et fixation des doigts tendus sur la paume de la main.
Fixe. — Fautes : 1. Les pieds sont mal posés sur le sol. Ils ne reposent pas complètement sur leur plante.
2. L 'articulation du cou-de-pied est relâchée en flexion interne ou externe.
3. Les rotules ne sont pas solidement fixées, les genoux sont anguleux. Le muscle quadriceps fémoral n’est pas assez contracté.
4. Les reins sont, ou trop creusés en avant avec ensellure concave ; ou trop arrondis en arc convexe en arrière.
5. L 'abdomen est trop projeté en avant avec ensellure de compensation des reins. Le muscle grand droit de l’abdomen n’est pas assez contracté et tendu entre le pubis et le sternum. La ceinture musculaire abdominale est relâchée, elle n’est pas resserrée au maximum pour former un ventre rétréci en maintenant la masse gastro - intestinale d'avant en arrière et de dehors en dedans, en dilatant la cage thoracique de bas en haut.
6. La colonne vertébrale est tassée sur elle-même, d’où dés attitudes de compensation en cyphose, en lordose, en scoliose, etc., ou des chutes du tronc en avant ou latéralement.
La onzième vertèbre dorsale, où se trouve situé le centre de gravité du corps, n’est pas fixée par les muscles extenseurs de la colonne vertébrale.
7. Les épaules tombent. Le moignon est affaissé, il est porté en avant, avec creux caractéristique sous-claviculaire.
8. L 'angle inférieur des omoplates est projeté d’avant en arrière avec soulèvement. On peut passer le bout des doigts sous cet angle, non fixé dans le plan vertical contre la cage thoracique. La cause en est dans
]o défaut d’entraînernont du grand dorsal, fixateur de cet angle et dans la traction antagoniste du petit, pectoral qui s’insérant à l’apol'hyso coracoïde fait basculer l’omoplate de haut en bas et d’arrière en avant.
i). La te te tombe en avant, elle n’est pas fixée dans le plan vertical. La septième vertèbre cervicale fait une saillie en arriére. Par effet compensateur de bascule l’angle inférieur des omoplates est repoussé en arrière en raison de la projection de la tête en avant. La tête doit être fixée parles faisceaux supérieurs du trapèze, par le splcnius, par l’action synergique et antagoniste des scalènes, etc.
10. Le dos est voûté en cgphose en raison même de la chute de la tête on avant. Cette voussure est en raison directe de la longueur du cou. Plus le bras de levier formé par les vertèbres cervicales est long, plus le poids de la tête est grand ; et plus il agit par compensation sur les vertèbres dorsales supérieures et sur la cage thoracique, d’où la voussure de celle-ci et projection des omoplates en arrière. D’où nécessité absolue de bien fixer tout d’abord la tête dans tout mouvement de gymnastique respiratoire.
11. Les bras sont anguleux au coude. Il faut les tendre le long du corps en agissant fortement sur le triceps brachial.
12. Le poignet est anguleux, il forme un coude avec l’avant-bras, il est fléchi en dedans. Il faut le placer dans le même plan que l’avantbras et le bras par l’entraînement des extenseurs.
13. Les doigts sont à demi fléchis ou les poings sont fermés. Il faut que les mains soient ouvertes et les doigts tendus au maximum par l’action des extenseurs.
14. Le sternum est aplati, enfoncé d’avant en arrière, et concave à son sommet par compensation du dos qui est convexe.
15. Au commandement de Fixe, l’exécutant mal entraîné prend automatiquement des attitudes de compensation suivantes :
S’il tend les jambes en fixant les rotules, il incline le tronc en arrière.
S’il fixe le tronc, il plie les jambes.
S’il fixe le sommet du thorax, il projette l’abdomen en avant.
S’il fixe l’abdomen, il porte le sommet du thorax en avant.
S’il fixe la tête, il porte le thorax et le ventre en avant, il plie les genoux.
Les attitudes de compensation se révèlent quand on étalonne la face postérieure du corps contre un mur.
16. Le commandement de Fixe consiste à remonter bout à bout toutes les articulations du corps dans le plan vertical.
Il faut toujours commencer par la base, c’est-à-dire par les pieds.
On commande : Pieds — Genou — Reins — Ventre — Épaules — - Tête — Coude — Mains.
1° Pied : Fixation du cou-de-pied.
2° Genou : Fixation du genou.
3° Reins : Fixation du bassin.
4° Ventre : Fixation de la ceinture abdominale et surtout du grand droit de l’abdomen tendu au maximum entre le pubis et le sternum.
5° Épaules : Fixation des omoplates avec projection en dehors du moignon des épaules.
6° Tête : Fixation de la tête dans le plan vertical par les scalènes, par le sterno-cleïdo-mastoïdien et les faisceaux supérieurs du trapèze.
7° Coude : Fixation du coude par l’action du triceps brachial.
8° Mains : Fixation de la main dans le plan du bras.
On peut compter 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, dès que l’exécutant connaît l’équivalent du chiffre, par rapport au segment à immobiliser.
II. A Genoux. — Corps reposant sur les genoux, le buste vertical, dans la position de Fixe, bras tendus en bas, etc.
A Genoux. — Fautes : Les pieds sont obliquement déviés en dedans ou en dehors, ils ne portent pas dans le plan vertical.
Los genoux ne sont pas fixés sur une même ligne, un genou avance au devant de l’autre.
Les jambes sont écartées (à moins qu’on n’impose les jambes écartées comme position dérivée).
Le tronc est projeté en dehors de la verticale, le plus généralement en arrière, ou latéralement à droite ou à gauche, ou en avant.
La ceinture abdominale n’est pas fixée, le plus souvent l’abdomen forme un arc de cercle.
La tête tombe en avant.
Le dos est voûté.
Les épaules tombent avec projection en avant. C’est la même faute qu’en Fixe mais amplifiée.
Les bras sont anguleux.
Correction : Fixer la tête, le tronc (dos, cage thoracique, abdomen) et les cuisses dans le plan vertical.
III. Assis. — Corps reposant sur le siège, le buste vertical dans la position de Fixe, bras tendus en bas, jambes pliées à angle droit, la plante des pieds reposant sur le sol.
Assis. — Fautes : Les pieds ne reposent' pas sur le sol par leur plante ou bien ils sont mal assujettis aux agrès servant de point d’appui ; celui-ci doit être pris sur les orteils dans les mouvements de flexion du tronc en arrière.
Les jambes sont mal fixées ou elles sont trop ouvertes ou trop pliées, elles ne forment pas un angle droit avec les cuisses.
Tète et tronc , mêmes fautes qu’en Fixe et à Genou avec affaissement plus grand du dos voûté et des épaules tombant en avant, par relâchement des muscles extenseurs du rachis et fixateurs des omoplates.
Bras et mains, mêmes fautes qu’en Fixe.
Correction : Il faut placer les jambes à angle droit.
Si l’on fixe les pieds à l’agrès ou si on les fait tenir par un opposant comme point d’appui pour une extension du tronc en arrière, il faut tendre les jambes en fixant fortement les rotules par 1« moyen du quadriceps fémoral.
Redresser la colonne vertébrale, du sacrum à la tête, en fixant chaque vertèbre.
Provoquer une légère ensellure des reins, la faute alors commise très fréquemment est la flexion des jambes avec relâchement du quadriceps fémoral, les genoux plient. Il faut que les jambes soient bien tendues, les reins bien creusés, la colonne vertébrale verticale à angle droit sur le siège donnant le point d’appui au sacrum.
L’abdomen doit être creusé, le muscle droit antérieur bien tendu.
IV. Couché. — Corps allongé par terre, sur le dos, clans la position de Fixe, bras tendus le long des jambes, etc.
Couché. — Fautes : Le corps étant étendu sur le dos sur le plancher ou sur le banc suédois, doit porter entièrement de la tête aux pieds sur la surface horizontale.
Les fautes commises le plus souvent sont les suivantes :
Les pieds ne reposent pas complètement sur la face postérieure des talons.
Les genoux sont anguleux, le creux de la cuisse (creux proplité) ne porte pas sur le sol.
L’ abdomen est projeté de bas en haut par l’ensellure des reins.
Les reins ne portent pas sur le plan horizontal à cause de l’ensellure do compensation provoquée par la voussure en cyphose des épaules.
La tete est rejetée en arriére, elle ne porte pas sur l’occiput.
Le cou est trop rejeté en arrière, il n’est pas droit.
Les omoplates ne sont pa's rapprochées, l’angle inférieur proéminant appuie plus que l’épine de l’omoplate.
Les bras placés le long du corps sont anguleux. L’olécrane porte plus que le dos de la main, l’avant-bras étant légèrement fléchi sur le bras.
V. Suspendu. — Corps suspendu en l’air par les mains, à un point d’appui (barre, espalier, poutre, etc.), dans la position de Fixe, sauf pour les bras qui sont tendus en haut.
Suspendu à, l’Espalier. — Fautes : Les mains sont mal accrochées au barreau supérieur de l’espalier par le bout des doigts. Le pouce ne serre pas la pince formée par la main saisissant en entier le barreau.
Les coudes sont anguleux, les bras ne s’étalonnent pas contre l’espalier dans le plan vartical.
Les bras sont, ou trop rapprochés ou trop écartés et entr’ouverts, les mains sont ainsi placées trop près ou trop loin de l’axe du corps. Les bras doivent être tendus parallèlement à l’axe du corps.
Le tronc est projeté en avant en raison du degré de la voussure des épaules. La colonne vertébrale ne s’étalonne pas contre le plan vertical de l’espalier. Le tronc est alors rejeté en avant, ou par côté à gauche ou à droite, selon que le point d’appui des mains est plus ou moins bien fixé au premier barreau par l’une ou l’autre main.
L’ensellure des reins est en raison de la voussure du dos.
L 'abdomen est projeté en avant d’après le degré de l’ensellure, il est projeté latéralement ainsi que le tronc d’après la courbure de la lordose à droite ou à gauche. Le muscle droit antérieur n’est pas fortement tendu.
Le bassin est mal assujéti, il ne porte pas sur l’espalier par le sacrum.
L’espace qui sépare le sacrum de l’espalier dépend du degré de voussure du dos.
Les attitudes de compensation sont prises mais la rigidité du plan vertical sur lequel le tronc est étalonné rend ces attitudes très douloureuses d’où la courte durée de leur tenue. Les douleurs se produisent aux épaules, au bassin, au pubis, au sacrum, etc.
Les jambes anguleuses sont projetées en avant ; elles ne portent pas complètement contre l’espalier ; les mollets en sont éloignés plus ou moins, les talons ne touchent pas à l’espalier.
Correction : Placer les bras parallèles à l’axe du corps ; fixer la colonne vertébrale contre l’espalier ; fixer l’abdomen, tendre surtout le muscle droit antérieur. Éviter l’ensellure des reins, tendre les jambes, toucher l’espalier avec les talons.