Chapitre 7. — Art
Ne pas se laisser serrer de trop près, tromper rennemi sur le point de passage, fondre sur le corps qui barre la retraite, avant que celui qui suit en queue puisse se rallier à lui, sont les uniques préceptes à donner. On peut y ajouter celui de ne jamais se placer en pareille position, car il est rare qu'on puisse s'en tirer.
Si Tarmée en retraite doit tout faire pour mettre ses ponts à l'abri d'insulte, soit par une tête de pont régulière, soit par une ligne de redoutes qui protègent du moins l'arrière-garde, il est naturel aussi que l'ennemi poursuivant prenne toutes les mesures possibles pour détruire les ponts. Lorsque la retraite se fait en descendant le cours du Heuve, il peut y jeter des bâtiments en bois, des brûlots, des moulins, comme les Autrichiens le firent contre l'armée de Jourdan, en 1796, près de Neuwied sur le Rhin, où ils faillirent compromettre l'armée de Sambre et Meuse. L'archiduc Charles en fit autant en 1809, au fameux passage d'Essling ; il rompit le pont du Danube, et mît Napoléon à deux doigts de sa perte.
H y a peu de moyens pour placer un pont à Tabri de pareilles attaques, à moins qu'on ait le temps de préparer des estacades de pilotis. On peut aussi amarrer, par des câbles, quelques bateaux pour arrêter les matériaux lancés sur le courant, et avoir le moyen d'éteindre les brûlots.
Des cantonnements et quartiers d'hiver. UiJ
ABTICLE XL.
Les cantonnements en marche ou en quartiers d'hiver.
On a tant écrit sur cette matière, et elle tient si indirectement à notre sujet, que nous n'en dirons que peu de mots. .
Les cantonnements en pleine guerre sont en général une opération assez délicate ; quelque resserrés qu'on puisse les faire, il est toujours difficile qu'ils le soient assez pour ne pas donner prise à l'ennemi. Un pays où il y a abondance de grandes villes, comme la Lombardie, la Saxe, les Pays-Bas, la Souabe, la vieille Prusse, présente plus de facilités pour y établir des quartiers, que des pays où les villes sont rares : on y trouve non seulement des ressources pour la subsistance des troupes, mais des abris rapprochés qui permettent de tenir les divisions ensemble.
En Pologne, en Russie, dans une partie de l'Autriche et de la France, en Espagne, dans l'Italie méridionale, il est plus difficile de s'établir en quartiers d'hiver.
II« PART. ï>
130 Chapitre 7. — Art. 40.
Autrefois chaque parti y entrait de son côté à la fin d'octobre, et on se contentait de s'enlever réciproquement quelques bataillons trop isolé» aux avant-postes ; c'était la guerre des partisans.
La surprise des quartiers d'hiver autrichien» par Turenne, dans la Haute-Alsace, en 1674, est une des opérations qui indiquent le mieux ce qu'on peut entreprendre contre des cantonnements ennemiSj et les précautions qu'on doit prendre de son côté pour que Tennemi ne formé pas les mêmes entreprises.
Etablir ces cantonnements très serrés, et sur un espace aussi étendu en profondeur qu'en largeur , afin d'éviter une ligne trop longue ,. toujours facile à percer et impossible à rallier; les couvrir par une rivière ou par une première ligne de troupes baraquées et appuyées d'ouvrages de campagne ; fixer les lieux de concentration de manière à pouvoir en tout cas y arriver avant l'ennemi ; faire battre les avenues de l'armée par des patrouilles permanentes de cavalerie, enfin établir des signaux d'alarme pour le cas d'une attaque sérieuse; voilà, selon moi, les meilleures maximes qu'on puisse donner.
Dans l'hiver de i807. Napoléon cantonna son armée derrière le Passarge, en face de l'ennemi r les avant-gardes seules furent campées dans des
Des cantonnements et quartiers d^hwer. i3i
baraques à proximité des villes de Gutstadt, Osterode, etc. Cette armée dépassait 120 mille hommes, et il fallut beaucoup d'habileté pour la maintenir et la nourrir dans cette position jusqu'au mois de juin. Le pays prétait, il est vrai, à ce système ; Ton n'en rencontre pas partout d'aussi convenable.
Une armée de 100 mille hommes peut trouver des quartiers d'hiver serrés dans les pays où les villes abondent, et dont nous avons parlé plus haut. Quand l'armée est plus nombreuse, la difficulté s'accroît ; toutefois, il est vrai que si l'étendue des quartiers s'augmente à mesure de la force numérique, il faut avouer aussi que les moyens de résistance à opposer à une irruption ennemie s'accroissent dans la même progression : l'essentiel est de pouvoir réunir 50 à 60 mille hommes en 24 heures; avec cette force et la certitude de la voir augmenter successivement, on peut résister jusqu'au rassemblement de l'armée, quelque nombreuse qu'elle soit.
Malgré cela il faut convenir qu'il sera toujours délicat de cantonner lorsque l'ennemi, restant réuni, voudrait y mettre obstacle, et on doit en conclure que le seul moyen assuré de reposer une armée durant l'hiver, ou au milieu d'une campagne, c'est de lui donner des quartiers garantis par un fleuve ou par un armistice.
I3Î Chapitre V. — Art. 40.
Dans les positions stratégiques qu'une armée prend dans le courant de la campagne, soit en marches soit pour rester en observation, ou pour attendre roccasion de ressaisir Tofifensive, elle occupera probablement aussi des cantonnements serrés : ces sortes de positions exigent , de la part du général, un calcul exercé, pour juger tout ce qu'il peut avoir à redouter de l'ennemi. L'armée doit embrasser un espace suffisant pour y trouver des moyens d'existence, et cependant elle doit demeurer, aussi bien que possible, en mesure de recevoir l'ennemi s'il se présentait: deux conditions assez difficiles à concilier. Il n'y a pas de meilleur moyen que de placer ses divisions sur un espace à peu près carré, c'est-à-dire aussi étendu en profondeur qu'en largeur, de manière qu'en cas d'événement on puisse réunir l'armée sur tout point de l'échiquier où l'ennemi viendrait rinquiéter, — Neuf divisions, placées ainsi à une demi-marche l'une de l'autre, peuvent, en douze heures, être réunies sur celle du centre. On doit, du reste, pratiquer en pareil cas tout ce qui est recommandé pour les quartiers d'hiver.
Des descentes. 133