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ARTICLE XLI

Des descentes.

Les descentes sont une des opérations de la guerre qui se voient le plus rarement, et qu'on peut ranger au nombre des plus difficiles, lorsqu'elles ont lieu en présence d'un ennemi bien préparé.

Depuis l'invention de l'artillerie et les changements qu'elle a dû produire dans la marine, les vaisseaux de transport sont trop subordonnés aux colosses à trois ponts armés de cent foudres de guerre, pour qu'une armée puisse effectuer des descentes sans le secours d'une flotte nombreuse de vaisseaux de haut bord, qui tiennent la mer, du moins jusqu'au moment du débarquement.

Avant cette invention, les vaisseaux de transport étaient à la fois des vaisseaux de guerre ; ils allaient au besoin à la rame, étaient légers et pouvaient longer les côtes; leur nombre était proportionné aux troupes à embarquer ; et, à part la chance des tempêtes, on pouvait presque combiner les opérations d'une flotte comme

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celles d'une armée de terre. Aussi Thistoire ancienne offre- t-el le Texemple de plus grands débarquements que les temps modernes (*).

Qui no se rappelle les grands armements des Perses dans la mer Noire, le Bosphore et l'Archipel ; ces innombrables armées de Xerxès et de Darius, transportées en Thrace, en Grèce ; les expéditions nombreuses des Carthaginois et des Romains en Espagne et en Sicile ; Texpédition d'Alexandre en Asie -Mineure ; celles de César en Angleterre et en Afrique ; celle de Germanicus aux bouches de l'Elbe ; les croisades ; les expéditions des peuples du Nord en Angleterre, en France et jusqu'en Italie ?

Depuis rinvention du canon, la trop célèbre Armada de Philippe II fut la seule entreprise colossale , jusqu'à celle que Napoléon forma contre T Angleterre en 1803. Toutes les autres expéditions d'outre- mer furent des opérations partielles : celles de Charles-Quint et de Sébastien de Portugal sur la côte d'Afrique; plusieurs descentes^ comme celles des Français aux Etats- Unis d'Amérique, en Egypte et à St-Domingue, celles des Anglais en Egypte, en Hollande, à

{') Voir, dans la première Partie, chapitre in, article 29, la notice sur les priucipales expéditions d'outre-mer.

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Copenhague, à Anvers, à Philadelphie, rentrent toutes dans la même catégorie. Je ne parle pas du projet de Hoche contre l'Irlande, car il ne réussit pas, et signale toute la difficulté de ces sortes d'entreprises.

Les armées nombreuses que les grands états entretiennent aujourd'hui ne permettent pas de les attaquer par des descentes de 30 à 40 mille hommes : on ne peut donc former de pareilles entreprises que contre des états secondaires, car il est bien difficile d'embarquer 100 à 150 mille hommes avec- l'attirail immense d'artillerie, de munitions, de cavalerie, etc.

Cependant on a été sur le point de voir résoudre, de nos jours, cet immense problème des grandes descentes, s'il est vrai que jamais Napoléon ait eu réellement le projet sérieux de transporter ses 160,000 vétérans, de Boulogne au sein des îles Britanniques ; malheureusement 1» non exécution de ce projet colossal a laissé un voile impénétrable sur cette grave question.

Il n'était pas impossible de réunir 50 vaisseaux de ligne français dans la Manche, en donnant le change aux Anglais; cette réunion fut à la veille de s'effectuer ; dès lors, il n'était donc pas impossible, si le vent favorisait l'entreprise, de faire passer la flottille en deux jours et d'opérer

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le débarquement. Mais que serait devenue Parmëe^ si un coup de vent dispersait la flotte de haul-bord, et si les Anglais revenus en forces dans la Manche, la battaient ou la contraignaient à regagner ses ports?

La postérité regrettera , pour l'exemple des siècles à venir, que cette immense entreprise n'ait pas été menée à sa fin, ou du moins tentée» Sans doute bien des braves y eussent trouvé le trépas ; mais ces braves n'ont-ils pas été moissonnés moins utilement dans les plaines de la Souabe, de la Moravie, de la Castille, dans les montagnes du Portugal ou dans les forêts de la Lithuanic ? Quel mortel ne serait glorieux de contribuer au jugement du plus grand procès qui ait jamais été débattu entre deux grandes nations î Du moins nos neveux trouveront-ils, dans les préparatifs qui furent faits pour cette descente, une des plus importantes leçons que ce siècle mémorable ait fournies à l'étude des militaires et des hommes d'état. Les travaux de toute espèce, faits sur les côtes de France de 1803 à 1805, seront un des monuments les plus extraordinaires de Tactivité, de la prévoyance et de rhabilelé de Napoléon ; on ne peut trop les recommander à Tétude des jeunes militaires. Mais en admettant môme la possibilité de réussir

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dans une grande descente, entreprise sur une côte aussi voisine que Boulogne Test de Douvres, quel succès pourrait-on s'en promettre si une pareille Armada avait une navigation plus longue à faire pour atteindre son but ? Quel moyen de faire marcher une pareille multitude de petits bâtiments, seulement pendant deux jours et deux nuits? Et à quelles chances ne s'exposerait-on pas en s'engageant dans une telle navigation en haute mer, avec de légères péniches ? Outre cela, l'artillerie, les munitions de guerre, l'équipement, les vivres, l'eau douce qu'il faut embarquer avec cette multitude d'hommes, exigent des prépararatifs et un attirail immenses.

L'expérience a démontré les difficultés d'une expédition lointaine, même pour des corps qui n'excèdent pas 30 mille hommes. Dès lors, il est évident qu'une descente ne peut s'effectuer avec telle force que dans quatre hypothèses :

1® Contre les colonies ou possessions isolées ;

2^ Contre les puissances de second rang . qui ne sauraient être immédiatement soutenues ;

3® Pour opérer une diversion momentanée, ou enlever un poste dont l'occupation pour un temps donné aurait une haute importance ;

4® Pour une diversion à la fois politique et militaire contre un état déjà engagé dans une

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grande guerre, et dont les troupes seraient employées loin de là.

Ces sortes d'opérations sont difficiles à soumettre à des règles : donner le change à l'ennemi sur le point de débarquement ; choisir un mouillage où il puisse se faire simultanément ; y mettre toute Tac ti vite possible, et s'emparer promptement d'un point d*appui pour protéger le développement successif des troupes ; mettre aussitôt à terre de Fartillerie pour donner assurance et protection aux troupes débarquées , voilà à peu près tout ce que l'on peut recommander à rassaillant.

La grande difficulté d'une telle opération vient de ce que les vaisseaux de transport, ne pouvant jamais approcher de la plage, il faut mettre les troupes sur le peu de chaloupes qui suivent la flotte, ensorte que la descente est longue et successive ; ce qui donne à l'ennemi de grands avantages, pour peu qu'il soit en mesure. Si la mer est tant soit peu houleuse, le sort des troupes de débarquement sera fort hasardé ; car que peut de rinfanterie entassée dans des chaloupes, battue par les vagues, ordinairement éprouvée par le mal de mer, et à peu près hors d'état de se servir de ses armes ?

Quant au défenseur, on ne peut que lui con-

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seiller de ne pas trop diviser ses troupes pour tout couvrir. Il est impossible de garnir toutes les plages d'un pays de batteries de côtes, et de bataillons pour les défendre ; mais il faut du moins couvrir les approches des points où Ton aurait de grands établissements à protéger. Il faut avoir des signaux pour connaître promi>tement le point de débarquement, et réunir s'il est possible tous ses moyens, avant que rennemi ait pris pied solidement avec tous les siens,

La configuration des côtes influera autant sur la descente que sur la défense : il est des contrées dont les côtes sont escarpées et offrent peu de points accessibles à la fois aux vaisseaux et aux troupes qu'il s'agit de mettre à terre ; alors ces points connus étant peu nombreux, sont plus faciles à surveiller, et l'entreprise en devient plus difficile.

Enfin les descentes offrent une combinaison stratégique qu'il est utile de signaler. C'est que le principe qui interdit à une armée continentale de porter ses principales forces entre la mer et l'armée ennemie, exige au contraire que l'armée qui opère une descente conserve toujours sa force principale en communication avec le rivage, qui est à la fois sa ligne de retraite et sa base d'approvisionnements. Par la même raison.

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son premier soin doit être de s'assurer d'un port fortifié, ou du moins d'une langue de terre facile à retrancher et à portée d'un bon mouillage, afin qu'en cas de revers le rembarquement puisse se faire sans trop de précipitation et de perte, au moyen de cette presqu'île qui servirait de place d'armes pour mettre les troupes à l'abri pendant ropération.

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